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⚖️ POLICIERS DU 36 QUAI DES ORFÈVRES ACCUSÉS DE VIOL : ACQUITTÉS 8 ANS APRÈS LES FAITS

avril 23, 2022

Condamnés en première instance, relaxés en appel malgré des éléments accablants, applaudis au tribunal


À l’énoncé du verdict, un acquittement pour les accusés, Emily S. est partie du tribunal en courant, en larmes. Au même moment, des applaudissements retentissaient dans la salle. Ceux qui acclamaient le verdict ? Des policiers, nombreux, venir soutenir leurs collègues, jugés pour viol en réunion.

Les faits sont accablants. Le 22 Avril 2014, Emily, touriste canadienne, croise la route de policiers de la BRI dans un pub en face du célèbre commissariat parisien du 36 quai des orfèvres. Elle est en état d’ébriété très avancé. Vers minuit 40 les policiers l’invitent dans le commissariat. «Ils pensaient pouvoir avoir une relation sexuelle consentie avec elle. Mais elle ne veut pas. Alors on lui sert un verre de whisky pour forcer son consentement» a expliqué l’avocat général, Christophe Auger, durant son réquisitoire, lors du procès.

Elle ressort à 2h du matin, en état de choc et parvient à identifier deux de ses trois à quatre agresseurs : les agents Antoine Quirin et Nicolas Redouane. Sperme, alcoolémie, textos, suivi psychologique, les faits sont difficilement contestables. Pourtant, comme souvent, la violence psychologique des agresseurs consiste à faire passer la victime pour responsable, à insinuer qu’elle l’aurait «cherché». Les policiers décrivent une «relation sexuelle consentie» voire des «attouchements réciproques». L’avocat général leur répond par ces questions au procès : «Parce qu’une femme a une jupe courte ou des shorts, elle voudrait forcément avoir des rapports sexuels?» L’avocate de la victime s’insurge contre l’image que les agents donnent de leur victime, basée sur des sous-entendus indignes sur sa vie intime.

Les deux policiers sont donc acquittés. Il y a trois ans, le ministère de la justice avait requis sept ans de prison à l’encontre de deux policiers ayant participé à un viol en réunion. Ils avaient été reconnus coupables et condamnés. Cette fois-ci, ils ressortent sans aucune charge. Quant aux autres potentiels agresseurs, ils n’ont jamais été retrouvés ni poursuivis.

Ce jugement intervient dans un pays où le chef de la police, le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin, est lui-même accusé de viol, harcèlement, abus de confiance et le ministre de la justice sous enquête pour «prise illégale d’intérêts». L’année dernière, Gérald Darmanin se vantait d’une nouvelle mesure mise en place dans le commissariat d’Orléans pour les victimes de viol, violences conjugales ou intrafamiliales : une file d’attente spéciale identifiée par un cercle orange.

Une mesure publicitaire qui n’est pas suivie d’effet. Le 4 mai 2021, à Mérignac, Chahinez Daoud était assassinée par son ex-mari, devant son domicile. Un mois plus tôt, elle avait porté plainte une énième fois au commissariat, sans suite. Le policier qui avait pris la plainte venait lui-même d’être condamné en février pour violences conjugales : 8 mois de prison avec sursis. Et pourtant, sa hiérarchie l’autorisait à travailler sur des affaires de violences sexiste.

Quelques semaines plus tôt, un major de gendarmerie était visé par une enquête pour harcèlement sexuel. Le 23 février 2020, un policier de la bac tirait sur son ex-femme avec son arme de service.

Les violences sexistes et sexuelles commises par les forces de l’ordre sont parfaitement connues de la justice et du ministère de l’intérieur, comme le rappelle le livre édifiant de Sophie Boutboul coécrit avec Alizé Bernard : «Silence on cogne», paru aux éditions Grasset. Une enquête de terrain sur les violences conjugales au sein de la police et de la gendarmerie. De trop nombreux exemples soulignent l’importance de la culture patriarcale qui conduit à des viols, des violences et des féminicides.

Ce verdict indigne, blanchissant les policiers du 36 quai des orfèvres, révèle une institution profondément sexiste, criminelle et impunie.

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