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🌊 IL Y A 8 ANS À NANTES : LA DÉFERLANTE CONTRE L’AÉROPORT

février 22, 2022

Le 22 février 2014 : le jour où le projet de Notre-Dame-des-Landes a été vaincu


C’Ă©tait il y a 8 an jour pour jour. Une date qui a marquĂ© l’histoire nantaise : le 22 fĂ©vrier 2014. La ville en Ă©tat de siège. 3 000 policiers mobilisĂ©s, un hĂ©licoptère au dessus des immeubles, des contrĂ´les partout et des artères barrĂ©es. Les titres de presse anxiogènes. La veille de la manifestation, Nantes est quasiment sous couvre-feu. La mobilisation contre l’aĂ©roport de Notre-Dame-des-Landes s’apprĂŞte Ă  prendre la ville pour une vĂ©ritable dĂ©monstration de force.

Après la tentative d’expulsion particulièrement violente de l’hiver 2012, qui s’est soldĂ©e par un Ă©chec de la gendarmerie, la ZAD envahit la mĂ©tropole. Lieu de dĂ©part devant la prĂ©fecture. Ce samedi ensoleillĂ©, un triton gĂ©ant apparaĂ®t dans la rue. Des centaines de tracteurs ont fait le dĂ©placement. Il y a des instruments, de la musique, des dĂ©guisements. On monte des cabanes dans les arbres. Il y a mĂŞme une flottille anti-aĂ©roport qui navigue sur l’Erdre, face Ă  la prĂ©fecture. De belles affiches dĂ©corent les murs. Le cortège s’Ă©lance, compact.

Nous sommes 50 000 dans les rues de Nantes. C’est la plus grande dĂ©monstration de force depuis le dĂ©but de la lutte anti-aĂ©roport, dĂ©marrĂ©e près de 40 ans plus tĂ´t. Toute la rue de Strasbourg est couverte de peinture : mairie, banques, et mĂŞme les lignes de CRS. Le local de Vinci est dĂ©vastĂ© avec une approbation quasi-gĂ©nĂ©rale. Le cortège bifurque vers la place du commerce, et c’est dĂ©jĂ  la fin du parcours officiel. Au dernier moment, le tracĂ© a Ă©tĂ© modifiĂ© : les autoritĂ©s ont confinĂ© tout le centre-ville derrière des grilles, des murs, et des vĂ©hicules lourds. Quelques manifestants tambourinent en rythme sur les plaques de plexiglas. Les premières grenades sont envoyĂ©es.

Par vagues successives, les dizaines de milliers de manifestant-es vont venir se heurter au dispositif. Extincteurs de peinture, projectiles divers, tags et affrontements vont durer jusqu’Ă  la nuit. Le commissariat situĂ© en amont est entièrement repeint, est quelques flammes noircissent sa façade. Les camĂ©ras sont dĂ©montĂ©es. Une partie de la barricade policière tombe, arrachĂ©e par un grappin tirĂ© par des dizaines de personnes. Le local de la TAN est dĂ©valisĂ©. La voie de chemin de fer, plus loin, est bloquĂ©e et le trafic paralysĂ©. Une foreuse est en feu. Des barricades poussent dans les ruelles de Feydeau. Des concerts et un pic-nic continuent Place de la Petite Hollande. Plusieurs ambiances cohabitent. Personne n’a l’intention de cĂ©der au dispositif prĂ©fectoral. La situation est hors de contrĂ´le.

L’État va alors dĂ©chaĂ®ner sa violence. Pour la première fois, des groupes d’agents lourdement armĂ©s braquent des dizaines de LBD vers la foule, et tirent. Une unitĂ© du GIPN, brigade d’Ă©lite, entièrement vĂŞtue de noir et Ă©quipĂ©e de boucliers blindĂ©s, est mĂŞme dĂ©ployĂ©e pour prendre d’assaut les barricades, en tirant des dizaines de munitions. Plus de 2000 grenades sont envoyĂ©es en quelques heures sur un petit pĂ©rimètre du centre-ville de Nantes. Ă€ l’Ă©poque, c’est sans prĂ©cĂ©dent : les pandores envoient mĂŞme une estafette Ă  Rennes pour refaire le plein de lacrymos, les stocks de Loire-Atlantique n’ayant pas suffit Ă  faire partir les opposant-es !

Mais l’affrontement dure jusqu’Ă  la nuit. Une voiture est retournĂ©e devant le Tribunal Administratif. Les charges et le canon Ă  eau interviennent sur l’esplanade de la Petite-Hollande entre chien et loup, slalomant entre des feux. La violence d’État atteint alors son intensitĂ© maximale. Des blessĂ©-es sont pourchassĂ©-es jusque dans des rues dĂ©sertes. Lorsque les derniers gaz sont dissipĂ©s, il ne reste que les centaines de lueurs de gyrophares. Quatre manifestants ont Ă©tĂ© Ă©borgnĂ©s par des tirs. Des dizaines d’autres personnes sont blessĂ©es ou arrĂŞtĂ©es. Et la rĂ©pression ne fait que commencer.

Dans les semaines qui suivent, les mĂ©dias parlent de «saccage» et agitent le spectre de «l’ultra-gauche». Plusieurs personnes sont arrĂŞtĂ©es et jetĂ©es en prison. Il faut faire oublier l’immense intensitĂ© de cette journĂ©e de rage massive et populaire. Et l’affront qu’a Ă©tĂ© cette mobilisation plurielle pour le gouvernement Hollande.

Une manifestation importante, contre la rĂ©pression aura lieu dès le mois de mai, pour ne pas laisser s’installer le rĂ©cit mĂ©diatique tĂ©tanisant, qui fait planer sur la ville un arrĂŞt des mobilisations. Peu après, un ZADiste poursuivi en justice va rĂ©ussir l’exploit de s’Ă©chapper en plein procès, en vĂ©lo, du tribunal de Nantes. Le 21 juin, une «Maison du 22 fĂ©vrier» est occupĂ©e Ă  l’emplacement de ce qui sera, des annĂ©es plus tard, la «Maison du Peuple de Nantes». Elle est immĂ©diatement expulsĂ©e. RĂ©trospectivement, on peut considĂ©rer que ce 22 fĂ©vrier 2014, le projet d’aĂ©roport est dĂ©jĂ  abandonnĂ© dans l’esprit des dĂ©cideurs. C’Ă©tait il y a 8 ans, dĂ©jĂ .