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🌹ROSA LUXEMBURG : RÉVOLUTIONNAIRE ASSASSINÉE LE 15 JANVIER 1919

janvier 16, 2022

«Ceux qui ne bougent pas ne remarquent pas leurs chaînes»



En Allemagne, la fin de la Première Guerre mondiale est rĂ©volutionnaire. Des soulèvements ouvriers ont lieu partout. La RĂ©publique est proclamĂ©e, des «conseils» d’ouvriers et de soldats se crĂ©ent pour organiser la rĂ©volution. Le SPD – Ă©quivalent du Parti Socialiste – trahit tous ses idĂ©aux et organise une rĂ©pression fĂ©roce du soulèvement.

Berlin vit un moment insurrectionnel entre le 5 au 15 janvier 1919 : le soulèvement «spartakiste», du nom de l’esclave de l’Ă©poque Romaine Spartacus, qui avait dĂ©fiĂ© l’Empire. Lors de cette semaine sanglante, le gouvernement socialiste s’appuie sur des milices d’extrĂŞme droite, les «corps francs», pour organiser la rĂ©pression. Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg et son conjoint Karl Liebknecht sont assassinĂ©s et jetĂ©s dans un fleuve. Cette exĂ©cution sommaire sonne la mort de la rĂ©volution et le dĂ©but du processus qui mènera au nazisme.

Rosa Luxemburg fut une personne hors du commun, d’une dĂ©termination sans borne. Juive polonaise, elle subit l’antisĂ©mitisme virulent de la fin du XIXème siècle. Femme, elle fait face au sexisme, y compris dans le mouvement social. Elle allie l’intellect et la pratique : Rosa soutient une thèse d’Ă©conomie et participe aux luttes de son temps. Elle va haranguer les foules lors de grèves, elle est l’une des rares en Allemagne Ă  s’opposer Ă  la guerre de 14-18. Elle se mĂ©fie dès le dĂ©but de l’autoritarisme de la rĂ©volution bolchĂ©vique en Russie.

Dans son dernier article, paru le 14 janvier 1919, Rosa titre «L’ordre règne Ă  Berlin». Un ordre imposĂ© avec une extrĂŞme violence par ses anciens camarades du SPD. D’une certaine manière, l’assassinat de Rosa Luxemburg rappelle celui de Jean Jaurès, autre homme de gauche opposĂ© Ă  la guerre, assassinĂ© par un nationaliste le 31 juillet 1914.

L’Ă©crasement de la rĂ©volte Spartakiste, c’est l’effondrement d’un espoir rĂ©volutionnaire en Allemagne. Alors que des millions d’allemands ont Ă©tĂ© tuĂ©s pendant la guerre, la mort de Rosa Luxemburg et des perspectives d’un changement rĂ©el provoquent un grand vide, dont bĂ©nĂ©ficie l’extrĂŞme droite. Les «corps francs» continueront de semer la terreur. Certains rejoindront Hitler, d’autres crĂ©eront des groupes ultra-nationalistes pratiquant la lutte armĂ©e. La RĂ©publique allemande, nĂ©e du massacre de la rĂ©volution, restera fragile, instable, et s’effondrera avec la montĂ©e du nazisme. La rĂ©pression de la rĂ©volte sociale et la complicitĂ© d’un gouvernement rĂ©publicain avec l’extrĂŞme droite mènent toujours au pire. Rosa proclame d’ailleurs ces deux alternatives : «Socialisme ou barbarie». PrĂ©monitoire : ce sera la barbarie.

Rosa laisse de nombreuses analyses et une vie de luttes contre l’injustice. «Avant qu’une rĂ©volution arrive, elle est perçue comme impossible ; après cela, elle est considĂ©rĂ© comme inĂ©vitable» Ă©crivait-elle ou encore : «La chose la plus rĂ©volutionnaire que l’on puisse faire est de proclamer haut et fort ce qui se passe». MĂŞme lors de ses sĂ©jours en prison, elle gardait une foi inĂ©branlable et cultivait la joie de vivre : «Dans le domaine social comme dans la vie privĂ©e, il faut tout prendre avec calme, gĂ©nĂ©rositĂ©, et un petit sourire aux lèvres». Mais aussi : «Il faut travailler et faire ce que l’on peut, et pour le reste, tout prendre avec lĂ©gèretĂ© et bonne humeur. On ne se rend pas la vie meilleure en Ă©tant amer». Toujours aussi juste, Ă©tant donnĂ© la morositĂ© du milieu militant.

Le13 juin 1919, une foule immense suit, dans les rues de Berlin, la dépouille d’une femme repêchée quelques jours plus tôt et identifiée comme celle de Rosa Luxemburg. Le recueillement populaire se mue en manifestation de masse.