Nantes Révoltée

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🌿 DES CAMERAS CACHÉES POUR ESPIONNER LES MOUVEMENTS ÉCOLOGISTES

mars 19, 2022

Dans les Deux-Sèvres, près de Niort, une mobilisation monte en puissance contre les «mĂ©ga-bassines», des lacs artificiels destinĂ©s Ă  irriguer les grosses exploitations d’agriculture intensive. Ces bassines viennent pomper la nappe phrĂ©atique et assèchent une zone entière, en particulier les terres des petits paysans, pour le profit des grosses productions bourrĂ©es de pesticides.

Des personnes mobilisĂ©es ont eu la surprise de dĂ©couvrir qu’elles Ă©taient surveillĂ©es illĂ©galement. Du matĂ©riel de surveillance, dont une camĂ©ra, a Ă©tĂ© dĂ©couvert Ă  proximitĂ© de l’endroit oĂą le collectif « Bassines non merci » organise rĂ©gulièrement des rĂ©unions. C’est près d’une maison, le domicile du père d’un militant, qu’une première camĂ©ra cachĂ©e sous une toile de camouflage a Ă©tĂ© dĂ©couverte, enfoncĂ©e dans le sol. La camĂ©ra est dirigĂ©e vers le portail d’entrĂ©e de la maison, pour filmer toutes les allers et venues. Dans un fossĂ© qui longe le mur Ă  l’extĂ©rieur, il y avait d’autres dispositifs de surveillance enveloppĂ©s dans un sac poubelle et recouverts par un filet de camouflage. Il s’agit de deux mallettes en plastique noir, des batteries, et ce qui ressemble Ă  un rĂ©cepteur. La batterie est une unitĂ© d’Ă©nergie mobile portable, fabriquĂ© par la sociĂ©tĂ© Accuwatt Technologies, spĂ©cialisĂ©e dans la fourniture des forces opĂ©rationnelles et des forces armĂ©es. Il s’agit probablement d’un dispositif «IMSI Catcher», qui aspire les donnĂ©es des appareils numĂ©riques qui passent Ă  proximitĂ©.

Ce type d’opĂ©ration a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© vu près de Nantes. Dans l’estuaire de la Loire, une lutte est en cours pour prĂ©server 150 hectares de zone naturelle du bĂ©tonnage. Ă€ la rentrĂ©e 2020 des camĂ©ras et des moyens de surveillance avaient Ă©tĂ© dĂ©couverts, cachĂ©s dans des troncs d’arbre ou des pierres. Il s’agissait de «camĂ©ras très sophistiquĂ©es et camouflĂ©es» retrouvĂ©es par des militants au Carnet, oĂą des Ă©cologistes luttent contre le bĂ©tonnage d’un site naturel. Un dispositif illĂ©gal, dont les images accusent la gendarmerie locale. Elles avaient Ă©tĂ© installĂ©es Ă  la veille d’un «weekend de rĂ©sistance» prĂ©vu Ă  proximitĂ© du Carnet. Ces quatre camĂ©ras filmaient en continu et Ă©taient reliĂ©es, via des câbles enterrĂ©s, Ă  des grosses batteries et modems, Ă©galement dissimulĂ©s, permettant d’envoyer directement les images Ă  un poste Ă  distance.

La captation d’images sur la voie publique est encadrĂ©e par la loi. Comme le rappelle la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertĂ©s), en principe les personnes filmĂ©es doivent en ĂŞtre informĂ©es par des panneaux visibles, affichĂ©s en permanence, comprenant au minimum un pictogramme reprĂ©sentant une camĂ©ra. Il s’agit ici d’opĂ©rations secrètes de renseignement. Mais cette activitĂ© est elle aussi encadrĂ©e par la loi. La captation d’images dans un lieu privĂ© fait partie des techniques ne pouvant ĂŞtre dĂ©ployĂ©es que pour «la dĂ©fense et Ă  la promotion des intĂ©rĂŞts fondamentaux de la Nation», par exemple pour «la prĂ©vention du terrorisme» ou encore la prĂ©vention «des violences collectives de nature Ă  porter gravement atteinte Ă  la paix publique». ProtĂ©ger l’écosystème en plein effondrement est donc une atteinte Ă  leur ordre.

Pour surveiller les personnes qui luttent pour la justice ou la dĂ©fense d’une planète vivable, les moyens de surveillance et de rĂ©pression sont illimitĂ©s. Pendant que les semeurs de guerres, les Ă©vadĂ©s fiscaux, les tueurs en uniforme et autres puissants bĂ©nĂ©ficient d’une impunitĂ© totale.

Dans les Deux-Sèvres, le collectif opposĂ© au «mĂ©ga-bassines» a annoncĂ© qu’il compte dĂ©poser plainte contre X pour surveillance illĂ©gale. Plusieurs journĂ©es de mobilisation Ă©cologiste doivent justement avoir lieu du 24 au 27 mars Ă  la RochĂ©nard.

Voici le programme : https://lessoulevementsdelaterre.org/blog/un-printemps-maraichin-contre-les-megabassines