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🎆 NANTES : DÉMONSTRATION DE FORCE POUR LA JUSTICE ET CONTRE LE FASCISME

janvier 22, 2022

Une contre-attaque qui crépite



Agressions d’extrĂŞme droite, mesures liberticides, meetings pĂ©tainistes, mĂ©pris gouvernemental, racisme dĂ©complexĂ©. Le climat est irrespirable dans ce pays oĂą quelques milliardaires ont fait main basse sur les mĂ©dias, et imposent un agenda toxique. Ce vendredi 21 janvier, une marche antifasciste, pour la justice et les libertĂ© a lieu Ă  Nantes. L’évĂ©nement a Ă©tĂ© annoncĂ© dans la ville par des collages massifs et des banderoles au-dessus des grands axes.

Vendredi 21 janvier, Ă  19h, des centaines de personnes rĂ©pondent Ă  l’appel. Des torches s’enflamment et illuminent la nuit. Des feux d’artifice crĂ©pitent. Plusieurs banderoles apparaissent, et emmènent le cortège le long des rues. «L’horizon dit rien de bon, faire bloc, seule solution», «Entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines?» ou «Mettre une extrĂŞme gauche Ă  l’extrĂŞme droite».

Un serpent de deux mètres de haut, allĂ©gorie du fascisme, est en tĂŞte de la manifestation. Visuellement, la mobilisation est impressionnante. Un petit journal titrĂ© «Faire bloc» circule. Premier arrĂŞt Place de la Bourse : une statue de Georges Villebois-Mareuil, militaire du 19ème siècle nĂ© Ă  Nantes, auteur de massacres en AlgĂ©rie et membres fondateur du groupuscule nationaliste et royaliste l’Action Française, est dĂ©noncĂ©e. Le bronze reçoit de la peinture alors que dĂ©tonnent les feux d’artifice.

Le cortège monte vers la Place Graslin. L’ambiance est de plus en plus chaude, les tags fleurissent, les fumigènes sont innombrables, les slogans rĂ©sonnent. Sur la place, le serpent gĂ©ant reprĂ©sentant le fascisme prend feu. Devant la Maison du Peuple, centre social essentiel, expulsĂ©e Ă  plusieurs reprises pour implanter un complexe rĂ©sidentiel et commercial haut de gamme, les soutiens s’expriment par la peinture et par la voix. Plus loin, les premières grenades lacrymogènes sont tirĂ©es. La vitrine d’une boutique Zara, qui fait des profits sur le travail d’OĂŻghours rĂ©duits en esclavage, vient de tomber.

Devant la prĂ©fecture, le dispositif policier est de plus en plus menaçant. Le cortège bifurque vers la CathĂ©drale. Sur la Place Foch, anciennement baptisĂ©e Place Louis XVI, des royalistes ont organisĂ© un rassemblement pour rendre hommage au roi dĂ©capitĂ© le 21 janvier 1793. Nantes est la seule grande ville avec une colonne Ă  la gloire du roi dĂ©chu. En chemin, une altercation Ă©clate devant un bar rĂ©putĂ© pour accueillir des militants d’extrĂŞme droite. Nouvelle salve de gaz.

Le cortège est repoussĂ© rue de Strasbourg par des tirs de grenades. Une vitrine tombe. L’Ă©tau se resserre. Des charges ont lieu devant le CHU. Plusieurs personnes sont interpellĂ©es. Il est 21h30, et la manifestation a fait grand bruit.

Les forces de l’ordre patrouillent encore quand la maire socialiste et la prĂ©sidente de rĂ©gion, très Ă  droite, ont dĂ©jĂ  publiĂ© des communiquĂ©s outrĂ©s. Elles qualifient le dĂ©filĂ© «d’extrĂŞmement grave», «condamnent avec force» et rendent «hommage» Ă  la police. Classe politique illĂ©gitime et indigne qui a installĂ© le pire. Ce qui est «extrĂŞmement grave» en rĂ©alitĂ©, c’est que de telles mobilisations contre le climat prĂ©-fasciste en France n’aient pas lieu dans toutes les villes, chaque semaine. Ce qui est grave, c’est la tenue d’un grand rassemblement nĂ©ofasciste au ZĂ©nith de Nantes, le 30 octobre dernier, avec l’accord de la mĂ©tropole PS. Ă€ NĂ®mes, ce mĂŞme vendredi soir, un groupe d’extrĂŞme droite tabassait des personnes opposĂ©es Ă  Zemmour, sous l’œil de la police.

Face à l’asphyxie ambiante, une partie de la jeunesse a décidé de ne pas détourner le regard, de ne pas se soumettre, et commence à faire bloc.


đź“· : Estelle Ruiz, Marion Lopez, NR