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👓 ÉPREUVES DU BAC : UN SUJET DE « SCIENCES ÉCONOMIQUES ET SOCIALES » ULTRA-LIBÉRAL

mai 13, 2022

Catéchisme macroniste


Les Ă©preuves du nouveau Bac version Jean-Michel Blanquer ont lieu pour des centaines de milliers de lycĂ©ens et lycĂ©ennes. Parmi les Ă©preuves phares, celles de SES, la fameuse spĂ©cialitĂ© «sciences Ă©conomiques et sociales», l’une des plus prisĂ©es des Ă©lèves. Les enseignant-es ont dĂ©couvert, avec les Ă©lèves, les questions de cette annĂ©e : un concentrĂ© de nĂ©olibĂ©ralisme. Montrer que le travail est «source d’intĂ©gration sociale», montrer que l’innovation aide Ă  «reculer les limites Ă©cologiques de la croissance», montrer que «l’action des pouvoirs publics en faveur de la justice sociale» a des effets «pervers», et que «l’approche en terme de classes sociales» est dĂ©passĂ©e.

Il ne s’agit pas de discuter ces affirmations, ni de disserter, de donner des arguments et des contre-arguments. Non, les Ă©lèves doivent «montrer» que ces phrases de droite sont LA vĂ©ritĂ©. Que les classes sociales ça veut rien dire, que les politiques de justice sociale pour aider les pauvres sont inutiles et dangereuses, et que nous serons sauvĂ©s de la crise Ă©cologique par la Start-Up Nation. Un vrai catĂ©chisme macroniste.

Pourtant ce sujet de SES n’est pas le vĂ©ritable problème : c’est tout le programme scolaire imposĂ© par Blanquer et rĂ©digĂ© par ses sbires qui est en cause. Ce sujet scandaleux du Bac de 2022 n’en est que la consĂ©quence.

Rappelons que la rĂ©forme de Blanquer, c’est une attaque sur tous les fronts : sĂ©lection accrue avec Parcoursup, Ă©clatage des filières, rĂ©duction des moyens d’enseignement, fin de l’interdisciplinaritĂ©, rĂ©forme des concours de l’enseignement… Tout est passĂ© Ă  la moulinette macroniste ces dernières annĂ©es. Et au milieu de ce saccage Ă©ducatif, les programmes ont changĂ©, et pas qu’Ă  moitiĂ© : les sciences Ă©conomiques et sociales sont dans le viseur des gouvernements depuis des dizaines d’annĂ©es. Quelle idĂ©e aussi de vouloir Ă©manciper les Ă©lèves en leur apportant des notions de sociologie et de science politique ! Cela pourrait aiguiser leur conscience et affirmer leurs engagements !

Ce n’est pas un hasard si les rĂ©actionnaires du monde entier tapent sur la sociologie, du militaire Bolsonaro qui a fait fermer des filières au BrĂ©sil, Ă  Trump en passant par Manuel Valls. En France, Jean-Michel Blanquer a donc chargĂ© ses petits potes lobbyistes de rĂ©diger des programmes bien libĂ©raux, bien capitalistes, bien individualistes. Dès 2018, la principale association de profs de SES, l’APSES, s’Ă©tait insurgĂ©e : https://www.apses.org/petition-programmes/

Aujourd’hui, avec cette première fournĂ©e officielle du nouveau BAC, on peut enfin affirmer avec certitude que les craintes des enseignant-es Ă©taient fondĂ©es. Finalement, ces sujets n’y sont pour rien, ils ne sont qu’Ă  l’image de Blanquer : un gloubi-boulga capitaliste avec la conscience sociale d’une moule au soleil. Il ne manquerait plus que le terme d’islamogauchisme apparaisse directement dans les sujets et la ressemblance serait parfaite.

Si ces Ă©preuves sont consternantes, la consternation des profs de SES est dĂ©jĂ  lĂ , et depuis longtemps. Pour Ă©viter le bourrage de crâne nĂ©olibĂ©ral, les enseignant-es devront contourner les programmes de Blanquer, et se faire les ennemis politiques d’un système qui veut les broyer. Très risquĂ©. Cette annĂ©e, Blanquer a nommĂ© Mark Sherringham, un religieux conservateur comme prĂ©sident du Conseil SupĂ©rieur des Programmes. Il est chargĂ© d’imprimer «une marque idĂ©ologique» sur les programmes scolaire… Et gare Ă  qui veut rĂ©sister : Macron a promis de conditionner le salaire des profs Ă  leur soumission Ă  l’institution et de casser leur statut protecteur !

Jean-Michel Blanquer va quitte d’ici peu son ministère. Sa mission est terminĂ©e : l’Éducation Nationale est dĂ©truite, plus personne ne veut devenir professeur, les lycĂ©en-nes sont plus angoissĂ©-es que jamais, les programmes sont transformĂ©s en propagande de droite. Tout est prĂŞt pour une privatisation progressive. Comme partout, il va falloir rĂ©sister.