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💊 POLICE, DROGUE ET IMPUNITÉ

février 26, 2022

L’histoire digne d’un mauvais feuilleton dĂ©bute dans un appartement de Moissy-Cramayel en Seine-et-Marne, le 15 juillet 2020. MickaĂ«l M, brigadier sort d’une vacation de nuit. Le flic est chauffeur du commissaire divisionnaire SĂ©bastien Durand. Depuis plus d’un an, il escorte le directeur territorial de la police nationale du Val-de-Marne. Dans son logement, vers 3 heures du matin, Ă  peine quelques heures avant de reprendre le travail, le policier va consommer des stupĂ©fiants.

Une consommation dont le fonctionnaire de police est coutumier d’après l’enquĂŞte de Politis. Jusqu’ici, une banale histoire d’addiction. Sauf que le brigadier est armĂ©, donc dangereux, et qu’il va ĂŞtre soudain pris de bouffĂ©es dĂ©lirantes. Complètement dĂ©foncĂ© aux amphĂ©tamines, sujet Ă  des hallucinations, le policier s’embrouille avec son compagnon, tire avec son arme de service dans l’appartement avant de se retrancher dans sa chambre. Depuis l’Ă©tat d’urgence, les agents ont le droit de conserver leur arme chez eux, ce qui a provoquĂ© de nombreux drames.

EnfermĂ© dans la pièce, flingue Ă  la main et pensant que des personnes vont s’en prendre Ă  lui, il faut carrĂ©ment l’intervention d’un Ă©quipage du RAID pour extraire le brigadier forcenĂ©. Des moyens anti-terroristes utilisĂ©s pour intervenir sur un policier droguĂ© et armĂ©. Une belle image de la « police rĂ©publicaine ». La suite de l’affaire va prendre une tournure tragi-comique inquiĂ©tante. Le fou de la gâchette sous amphet’ est donc interpellĂ© et placĂ© en garde Ă  vue. Le parquet de Melun dĂ©cide de relâcher MickaĂ«l M. avec un simple rappel Ă  la Loi pour usage de stupĂ©fiants. Aucune mention n’est faite de l’usage de l’arme par le policier.

Après un cours passage Ă  l’hĂ´pital et en clinique psychiatrique, le policier ressort. En septembre 2020, rebelote. C’est fois-ci, l’agent assermentĂ© se bourre d’anxiolytiques : nouvelle dispute avec son conjoint, nouvelle altercation. Ă€ l’arrivĂ©e de la police, l’agent tente de s’enfuir avant d’ĂŞtre Ă  nouveau arrĂŞtĂ©. Encore une fois, zĂ©ro poursuite judiciaire. De son cĂ´tĂ©, la police nationale fait le dos rond. Certes, une enquĂŞte administrative est ouverte.

L’institution admet volontiers que le brigadier a manquĂ© «au devoir d’exemplaritĂ© […] par l’usage de stupĂ©fiants et l’usage illĂ©gitime et dangereux de l’arme administrative». La sanction proposĂ©e : trois jours d’exclusion sans conseil disciplinaire. Une punition de premier groupe, l’une des plus lĂ©gères dans la police. MĂŞme dans un collège, les enfants sont sanctionnĂ©s plus durement qu’un flic droguĂ©, violent et dangereux. Une situation particulièrement prĂ©occupante.

Pire, MickaĂ«l va ĂŞtre rĂ©affectĂ© au commissariat d’Alfortville dès l’automne 2020, quelques semaines après son arrestation, avant d’ĂŞtre ensuite rĂ©armĂ© en janvier 2021 dans une brigade de police secours. Et sans aucun suivi mĂ©dical particulier. Un vĂ©ritable danger public, renvoyĂ© sur le terrain avec son arme de service. Tout va bien.

Pour rĂ©sumer, on peut donc en France : ĂŞtre policier, consommer des produits psychotropes, utiliser son arme hors service au risque de tuer, dĂ©clencher des opĂ©rations anti-gang pour ĂŞtre extrait de sa chambre d’appartement et ĂŞtre rĂ©habilitĂ© par l’administration, au point de porter de nouveau une arme quelques mois plus tard dans l’exercice de ses fonctions. ImpunitĂ© totale. Comme Ă  quasiment Ă  chaque fois, les policiers les plus violents sont blanchis par la hiĂ©rarchie et protĂ©gĂ©s par l’institution judiciaire. Mais dormez sur vos deux oreilles braves gens : la police vous protège.


Source : https://www.politis.fr/articles/2022/02/police-indulgence-avec-arme-44120/