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đź”´ MAIN ARRACHÉE LORS D’UNE FREE PARTY Ă€ REDON : CLASSEMENT SANS SUITE ! đź”´

mars 12, 2022

La fête avait été organisée à Redon en hommage à Steve. Des centaines de grenades explosives avaient été tirées


Le 19 juin 2021, une Free Party est organisée à Redon, en Ille-et-Vilaine, pour rendre hommage à Steve au deuxième anniversaire de sa disparition. Un convoi de véhicules avec du matériel sonore est empêché de se rendre à l’endroit prévu et s’installe finalement dans un champ près de l’hippodrome de la petite ville bretonne. Pas moins de 500 gendarmes, sans doute plus nombreux que les teufeurs, donnent l’assaut. Dans la foule, des agents des services de renseignement infiltrés ont été déployés. Les moyens de répression sont colossaux. Il y a aussi une unité du GIGN : un dispositif digne d’une opération antiterro­riste.

Dans la nuit noire et près d’une rivière, les forces de l’ordre tirent 58 balles en caoutchouc, 1741 grenades lacrymogènes, 239 grenades explosives GM2L et de 24 grenades de dĂ©sencerclement. A l’aveugle, sur des fĂŞtards. «On a rĂ©ussi Ă  rentrer dans le champ, et lĂ  les gendarmes ont commencĂ© Ă  nous gazer vĂ©nère. D’abord juste les grenades [lacrymo­gènes]. Après ils ont commencĂ© Ă  tirer avec les LBD et lancer des grenades explosives dans le tas. Ils tiraient partout, sur tout le monde. Il y a eu plein de blessĂ©s» raconte une personne prĂ©sente. «Des blessĂ©s, j’en ai vu 5 de mes propres yeux […] C’était la panique, tout le monde courait partout». La fĂŞte transformĂ©e en zone de guerre. «On leur a demandĂ© d’arrĂŞter les tirs pour Ă©vacuer mais rien Ă  faire ils ont continuĂ©.»

Cette nuit-là un jeune de 22 ans a la main arrachée par une grenade explosive. Mutilé à vie pour avoir voulu danser. Bloqué par les cordons de gendarmes, il doit se rendre à l’hôpital par ses propres moyens malgré sa terrible blessure. Le lendemain les gendarmes bouclent la zone et empêchent les journalistes de couvrir l’événement. Les gendarmes attaquent à nouveau, et saccagent avec une extrême violence le matériel sonore : enceintes, tables de mixage, barnums, à coup de hache, de marteau et de matraque. La barbarie d’État contre une fête. Et tout cela deux ans après une charge mortelle lors d’une précédente fête de la musique, à Nantes, qui a coûté la vie au jeune Steve.

Un an a passĂ©. Un jeune homme a vu sa vie bouleversĂ©e. Entre-temps une expertise confirme que c’est bien une grenade explosive GM2L qui a occasionnĂ© sa mutilation. Pourtant, ce samedi 12 mars, le procureur de Rennes, Philippe Astruc, annonce le classement sans suite de l’affaire. Une plainte pour violences volontaires aggravĂ©es, ayant entraĂ®nĂ© une infirmitĂ© permanente ? Le parquet a retenu la lĂ©gitime dĂ©fense des gendarmes. Les centaines de grenades Ă©taient «proportionnĂ©e». Il explique : «L’usage des armes par les forces de l’ordre s’est fait en riposte et s’est avĂ©rĂ© proportionné» car les gendarmes avaient dĂ» faire face Ă  des «approches hostiles et violentes des “teufeurs” [qui] ont lancĂ© des projectiles».

Concernant sa plainte pour non-assistance Ă  personne en danger, puisque le blessĂ© grave n’a pas pu ĂŞtre pris en charge et que mĂŞme des pompiers ont protestĂ© contre le barrage des gendarmes, mettant en danger la prise en charge des blessĂ©s : le procureur l’a Ă©galement classĂ©e sans suite. «Est-ce admissible d’utiliser des grenades GM2L, en pleine nuit, de façon aussi massive, sur des jeunes venus faire la fĂŞte ? Cette question de la lĂ©gitimitĂ© de l’usage de telles armes n’est absolument pas posĂ©e au cours de l’enquĂŞte», dĂ©plore l’avocat du mutilĂ©, StĂ©phane VallĂ©e.

Philippe Astruc, le procureur de Rennes, est Ă©galement en charge de l’affaire de Steve. Il a aussi demandĂ© des condamnations d’une extrĂŞme duretĂ© contre des manifestants ou des teufeurs ces dernières annĂ©es. Jusqu’Ă  quand tolĂ©rerons nous ces injustices d’une violence absolue ?


Un article de MĂ©diapart : https://www.mediapart.fr/journal/france/120322/main-arrachee-lors-d-une-operation-de-gendarmes-un-classement-sans-suite-et-des-questions