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🚓 FOUS DE LA GÂCHETTE : À PARIS, LA POLICE TUE ENCORE

juin 6, 2022

Militarisation : explosion du nombre de tirs policiers et de morts lors de contrĂ´les


Samedi 4 juin, fin de matinĂ©e, dans le 18ème arrondissement de Paris. Des policiers Ă  vĂ©lo disent avoir vu une voiture dont l’un des passagers «ne porte pas sa ceinture de sĂ©curité». Ils cherchent Ă  contrĂ´ler le vĂ©hicule, qui dĂ©marre. Les policiers tirent. Deux personnes sont très gravement blessĂ©es : le conducteur et sa passagère. Ce dimanche, nous apprenons que la passagère est morte, après avoir reçu une balle dans la tĂŞte. Pour une ceinture qui n’Ă©tait pas mise et un refus d’obtempĂ©rer. La consigne des autoritĂ©s n’est plus d’interpeller, ni Ă©ventuellement de relever une plaque pour donner une amende, mais de tuer.

En France, la police organise de plus en plus rĂ©gulièrement des fusillades mortelles. Dimanche 24 avril dernier, sur le Pont Neuf, situĂ© près du commissariat du 36 quai des Orfèvres et de la PrĂ©fecture de police de Paris, un policier ouvrait le feu avec un fusil d’assaut. Pour un refus d’obtempĂ©rer, l’agent avait dĂ©gainĂ© une arme de guerre : un fusil HK G36 destinĂ© Ă  l’antiterrorisme. Une dizaine de tirs en quelques secondes, dont «cinq ou six impacts ont atteint les individus». Deux jeunes hommes de 25 et 31, deux frères, sont tuĂ©s sur le coup. Le fou de la gâchette est placĂ© en garde Ă  vue mis en examen pour «homicide volontaire», une qualification rarissime pour un policier. Mais malgrĂ© les Ă©lĂ©ments accablants, le tireur est laissĂ© libre Ă  l’issue de sa garde Ă  vue. Quelques semaines plus tĂ´t, c’est un père de famille qui Ă©tait abattu au volant, d’une balle dans le dos Ă  Sevran. L’Ă©tĂ© dernier, plusieurs contrĂ´les policiers se sont conclus par des voitures criblĂ©es de balles. Alors qu’il n’y avait aucun danger, comme le montraient les vidĂ©os des faits, dans les villes de Stains et Rosny. OĂą s’arrĂŞtera le massacre ?

Le nombre de tirs à balles réelles par la police française explose ces dernières années. Il n’est plus exceptionnel de voir les forces de l’ordre sortir leur arme à feu, voire même de tirer sur des véhicules ou des individus. En France, la police se militarise. Et elle se donne le droit de mettre à mort.

Lorsque le gouvernement distribuait pour la première fois le Flash-Ball puis le LBD, il justifiait ces nouvelles armes en les prĂ©sentant comme «anti-bavure» : elles permettraient au policier de tirer sans tuer. C’est tout l’inverse qui s’est passĂ©. Non seulement les armes dites «non lĂ©tales» sont massivement utilisĂ©es, mais les tirs Ă  balles rĂ©elles n’ont pas arrĂŞtĂ© d’augmenter. Les policiers se sont dĂ©complexĂ©s de la gâchette.

Durant la campagne prĂ©sidentielle de 2012, les policiers manifestent dans des vĂ©hicules de police, sur les Champs-ÉlysĂ©es, pour rĂ©clamer une «prĂ©somption de lĂ©gitime dĂ©fense» – autrement dit, un permis de tuer. Une revendication qui vient de l’extrĂŞme droite. La mesure sera mise en Ĺ“uvre par le Parti Socialiste qui «assouplit» en 2017 le cadre de la lĂ©gitime dĂ©fense et Ă©tend l’usage des armes Ă  feu. Les policiers obtiennent le droit de tirer non seulement pour se dĂ©fendre, mais aussi pour «dĂ©fendre un lieu sous leur responsabilité» – on devine les interprĂ©tations qui peuvent ĂŞtre faites dans le cas de luttes contre des grands projets –, «lorsqu’ils doivent empĂŞcher un dĂ©tenu de s’échapper» mais aussi «pour empĂŞcher une voiture de se soustraire Ă  un contrĂ´le». En 2020, dans le cadre de la «Loi de sĂ©curitĂ© globale», le Parlement vote l’autorisation, pour les policiers, de se promener armĂ©s dans les Ă©tablissements publics.

Le geste de brandir une arme Ă  feu n’est donc plus rare. Les tirs pour de simples contrĂ´les non plus. Une jeune femme vient de mourir parce qu’elle Ă©tait passagère d’un vĂ©hicule qui refusait un contrĂ´le. En 2019, le Ministère de l’IntĂ©rieur a commandĂ© simultanĂ©ment plusieurs dizaines de milliers de grenades pour le maintien de l’ordre et 25 millions de cartouches destinĂ©es aux fusils d’assaut. Les autoritĂ©s elles-mĂŞmes s’alarment dans une note confidentielle du nombre de tirs «accidentels» ou commis «par imprudence» avec les nouvelles armes de guerre.

Suite au drame qui a eu lieu ce week-end, trois fonctionnaires ont Ă©tĂ© placĂ©s en garde Ă  vue, mais il n’y a guère d’illusion Ă  se faire. D’ailleurs la justice lance une enquĂŞte qui vise les occupants de la voiture pour « tentative d’homicide sur personnes dĂ©positaires de l’autoritĂ© publique». Comme si ce n’Ă©taient pas les passagers qui avaient Ă©tĂ© mitraillĂ©s, mais que les victimes Ă©taient les tireurs.