Nantes Révoltée

Actualités en direct, infos sur les luttes environnementales et sociales à Nantes et dans le monde

🚓 POLICIER EN FUITE APRÈS UN FÉMINICIDE À PARIS : INVERSION MÉDIATIQUE ET IMPUNITÉ DES VIOLENCES SEXISTES

janvier 30, 2022

Impunité des violences policiÚres, armement permanent des policiers, inversion médiatique


Les faits sont Ă  la fois terribles et extrĂȘmement troublants. Selon la version officielle, tout commence vendredi, alors qu’un policier est absent de son service. Ses collĂšgues se rendent immĂ©diatement chez lui, et enfoncent la porte. L’agent est dĂ©crit comme «fragile». Dans l’appartement, le corps sans vie de la conjointe du policier. ÉtranglĂ©e. Lui est en fuite avec l’arme Ă  feu que lui a fourni l’État français. Cette effroyable affaire mĂȘle de nombreuses problĂ©matiques de l’Ă©poque : violences sexistes, impunitĂ© policiĂšre, armement des forces de l’ordre et infamie mĂ©diatique. Quelques Ă©lĂ©ments que vous ne verrez pas Ă  la tĂ©lĂ©.

âžĄïž Port d’arme

Comment un policier qui vient, manifestement, de commettre un assassinat peut-il partie en cavale avec avec son pistolet de service ? En 2020, dans le cadre de la «Loi de sĂ©curitĂ© globale», le Parlement vote l’autorisation pour les policiers de se promener armĂ©s dans les Ă©tablissements publics. DĂšs 2015, le gouvernement avait autorisĂ© les policiers Ă  garder leur arme de service en dehors du travail, y compris chez eux. Une mesure aux consĂ©quences trĂšs graves : immĂ©diatement, il y a une augmentation des fĂ©minicides perpĂ©trĂ©s par des agents contre leur conjointe. Et une explosion de l’usage des armes : les tirs Ă  balles rĂ©elles par la police augmentent de 54% Ă  partir de 2016 selon l’IGPN. Dans la nuit du 2 au 3 fĂ©vrier 2019, un policier de la BAC de Nantes dĂ©rangĂ© par «des Ă©clats de voix» dans la rue alors qu’il Ă©tait chez lui sort avec son arme. Une bagarre Ă©clate. L’agent tire sur un homme et le blesse gravement. «Il y avait consommation d’alcool de part et d’autres» selon le procureur qui classe l’affaire. En avril 2020, Ă  Noisy-le-Grand, en banlieue parisienne, un policier fait feu avec son arme de service sur son voisin qui «faisait du bruit», le blessant gravement. Le policier diffuse des images sur l’application Snapchat en arborant son arme dans son pantalon puis une photo du sol maculĂ© de de sang, avec ce sous-titre : «J’ai tiré». Armement 24h/24, permis Ă©tendu de tirer : voilĂ  les consĂ©quences.

âžĄïž ImpunitĂ© sexiste

Le policier recherchĂ© depuis deux jours Ă©tait dĂ©jĂ  connu pour des faits de violences sur conjointe. En 2019, il avait mĂȘme fait une Garde Ă  vue pour ces violences. Selon Le Monde «il avait Ă©tĂ© sanctionnĂ© d’un avertissement, une sanction disciplinaire parmi les plus lĂ©gĂšres de la fonction publique, dont aucune mention n’est portĂ©e dans le dossier de l’agent». Aucune poursuite sĂ©rieuse. Il s’agit d’un problĂšme structurel : non seulement les plaintes pour violences conjugales ou agressions sexuelles sont trĂšs mal prises en charge par la police, conduisant parfois Ă  des fĂ©minicides, mais en plus les agents baignant dans un univers violent et virilistes peuvent commettre eux-mĂȘmes des violences sexistes. Un livre intitulĂ© «Silence on cogne» compile des tĂ©moignages accablants de femmes de policiers ou de gendarmes racontant leur calvaire, et l’impunitĂ© de leurs maris. Le tueur parisien en est une nouvelle illustration.

âžĄïž Les mĂ©dias au chevet de l’assassin

ScĂšne surrĂ©aliste sur BFM TV : un syndicaliste policier passe en direct Ă  l’antenne pour «demander Ă  ce collĂšgue de se manifester trĂšs rapidement», il dĂ©clare : «on va tous trouver une solution ensemble, qu’il ne se sente pas seul et qu’il ne commette pas l’irrĂ©parable». Absolument rien ne va dans cette dĂ©claration. On n’interroge pas de spĂ©cialistes de ces questions, ni d’enquĂȘteur, ni de fĂ©ministes, mais un «collĂšgue» du tueur qui s’adresse Ă  lui avec gentillesse. «On va trouver une solution ensemble». Laquelle ? Plus hallucinant, lorsque ce policier dit qu’il ne faut pas «commettre l’irrĂ©parable», cela veut-il dire que tuer une femme n’est pas un acte «irrĂ©parable» ? Ce traitement abject s’inscrit dans un climat global oĂč, quoiqu’ils fassent, les policiers seront de toute façon considĂ©rĂ©s comme des victimes. Et leurs victimes comme des coupables. Par exemple, BFM insinue que la femme tuĂ©e Ă©tait elle-mĂȘme violente, parle de «diffĂ©rend» et dit que le policier tueur aurait eu «le visage tumĂ©fié». Un agent armĂ© en fuite accusĂ© de meurtre reste donc le «gentil».

âžĄïž Le policier a-t-il pris la fuite en train ?

Depuis le 1er janvier, le gouvernement offre le train gratuit aux policiers qui portent leur arme. Dans l’avalanche de cadeaux hallucinants offerts Ă  la profession, il y a les voyages gratuits : un partenariat gagnant/gagnant selon GĂ©rald Darmanin qui permettrait de «sĂ©curiser les trains et faciliter la vie de nos policiers». CoĂ»t de la mesure : 100 millions d’€ par an, selon Le Canard EnchaĂźnĂ©. Des milliers de Sig Sauer vont donc se promener dans les wagons. Dont, peut-ĂȘtre, celui du policier recherchĂ©.

Nous sommes en France, en 2022, et ce fĂ©minicide est un aperçu de la noirceur de l’Ă©poque.