Nantes Révoltée

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🥀 LA « GAUCHE » NANTAISE AU FOND DU GOUFFRE

janvier 23, 2022

Les responsables qui pleurent davantage sur du verre brisé que sur les attaques néofascistes ont du sang sur les mains


Dans le monde entier, l’extrĂŞme droite organise partout la mĂŞme offensive idĂ©ologique : faire croire que l’antifascisme serait la mĂŞme chose que le fascisme. C’est ce qu’a fait le chef d’État brĂ©silien Bolsonaro lorsqu’il dĂ©clarait que les nazis Ă©taient «de gauche», ou Trump qui mettait sur le mĂŞme plan les milices d’extrĂŞme droite et les mobilisations contre le racisme. Ou encore Zemmour en France rĂ©cemment. C’est une stratĂ©gie rĂ©visionniste : celles et ceux qui luttent pour l’Ă©galitĂ© et la libertĂ© seraient au moins aussi dangereux que les nostalgiques du rĂ©gimes totalitaires, racistes et gĂ©nocidaires. Ă€ Nantes, cette offensive n’est pas rĂ©servĂ©e aux fans de Trump ou aux nostalgiques de PĂ©tain : la «gauche» reprend exactement les mĂŞmes arguments.

Pourtant, l’antifascisme Ă©tait encore rĂ©cemment le plus petit dĂ©nominateur commun. Le PS, malgrĂ© toutes ses traĂ®trises, continuant de dĂ©noncer «la bĂŞte immonde», et avait au moins la courtoisie de ne pas s’en prendre aux combats antifascistes. En 2002, toute la gauche communiait contre Le Pen. Aujourd’hui, mĂŞme ce socle minimal a disparu. Cette «gauche» est intĂ©gralement alignĂ©e sur les Ă©lĂ©ments de langage rĂ©actionnaires.

C’est ce qui s’est passĂ© vendredi soir Ă  Nantes. Une manifestation antifasciste rĂ©unissait des centaines de manifestants. Un dĂ©filĂ© haut en couleur, avec beaucoup de feux d’artifices et de fumigènes, mais relativement calme. Après une heure de parcours, une vitrine de la multinationale Zara a Ă©tĂ© brisĂ©e, puis, alors que la police tirait des grenades lacrymogènes, celle d’un vendeur d’or. Quelques dĂ©gâts matĂ©riels. Rien de très inhabituel, ni de particulièrement terrible.

Pourtant, la «gauche» nantaise s’est littĂ©ralement dĂ©chaĂ®nĂ©e. Le dessinateur du journal Presse OcĂ©an, Eric Chalmel, proche du Parti Socialiste, a publiĂ© plusieurs dessins partagĂ©s par la droite sur internet, comparant les antifascistes Ă  des nazis, et la manifestation Ă  la «nuit de cristal». Cette nuit durant laquelle des magasins juifs et des synagogues avaient Ă©tĂ© saccagĂ©s en Allemagne, en 1938. Selon lui «le lien est simple : les SA brisaient les vitrines». RĂ©visionnisme mortifère. Selon le dessinateur, les opposants au fascisme et les nĂ©o-nazis seraient mĂŞme des «alliĂ©s». Bouillie intellectuelle. Lucie Aubrac et le rĂ©gime de Vichy seraient aussi identiques, puisque tous les deux approuvaient l’action violente ?

PlutĂ´t que de retirer ces dessins dignes d’un hebdo d’extrĂŞme droite, le dessinateur justifie : «Les petits bourgeois feraient mieux d’intĂ©grer la lutte des classes, la vraie […] On prĂ©fĂ©rerait les voir aux cĂ´tĂ©s des travailleurs lorsque les usines ferment». Eric Chalmel de Presse OcĂ©an est-il un habituĂ© des grèves devant les usines ? L’arrière-garde du Parti Socialiste se permet donc des leçons de lutte des classes et de grèves ouvrières ? Dans leur bassesse infinie, ces gens font semblant d’oublier que les antifascistes sont justement de toutes les luttes sociales, dans les grèves comme avec les Gilets Jaunes. Contrairement Ă  eux.

Au mĂŞme moment, la maire socialiste de Nantes Johanna Rolland condamnait illico et «avec force» la manifestation, comme le «groupe Ă©cologiste et citoyen» de la mairie. La palme du ridicule Ă©tant dĂ©tenue par un membre du conseil municipal, Tristan R., qui après avoir saluĂ© ce dĂ©filĂ© «musical» a virĂ© Ă  360°, en condamnant sur Twitter «les violences et dĂ©gradations», pour conserver son poste, alors que la droite rĂ©clamait sa dĂ©mission. PlutĂ´t que d’affirmer une position claire contre l’extrĂŞme droite, cette gauche continue de se soumettre aux injonctions des rĂ©actionnaires. C’est littĂ©ralement la dĂ©finition de la collaboration.

Rappelons que cette mĂŞme gauche, si rapide pour «dĂ©noncer» les combats antifascistes, n’a pas bougĂ© lorsque Marine Le Pen Ă©tait au second tour lors des dernières prĂ©sidentielles, ni lorsque deux jeunes Ă©taient tabassĂ©s par l’extrĂŞme droite en mai 2017 Ă  Nantes. Elle n’a rien fait non plus contre les mesures racistes et liberticides du gouvernement, ni contre les agressions fascistes qui se multiplient ici comme ailleurs. Elle n’a, Ă©videmment, rien fait non plus lors de la venue d’Eric Zemmour au ZĂ©nith de Nantes. Et ces gens prĂ©tendent dire en quoi consisterait un «bon» antifascisme ?

Cette gauche, celle du PS, du PCF, des Verts, c’est celle qui est allĂ©e manifester avec le syndicat policier d’extrĂŞme droite Alliance le 19 mai dernier. C’est celle de la dĂ©chĂ©ance de nationalitĂ© sous Hollande, celle des expulsions massives de Valls, celles qui a militarisĂ© la police et imposĂ© l’État d’urgence. Cette gauche, c’est aussi celle qui, Ă  Nantes, offre des salles Ă  l’extrĂŞme droite. En fĂ©vrier 2020, la mairie PS donnait la Maison des Syndicats aux Rassemblement National pour un Meeting. En octobre 2021, la mĂ©tropole socialiste ouvrait le ZĂ©nith Ă  Zemmour.

Cette gauche qui a tout trahi, tout reniĂ©, tout dĂ©truit, est dĂ©sormais la courroie de transmission des pires offensives idĂ©ologiques de l’extrĂŞme droite. Elle est l’ennemie de toute mobilisation Ă©mancipatrice, et la complice active du dĂ©sastre politique actuel. Comme l’extrĂŞme droite, cette gauche qui pleure davantage sur du verre brisĂ© que sur les attaques nĂ©ofascistes a du sang sur les mains.