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💥ESTHÉTIQUE DU CORTÈGE DE TÊTE

décembre 26, 2020

Nos partenaires du media HIYA ont interviewé des créateurs de banderoles nantaises, qui racontent une histoire du cortège de tête et de son impact politique et esthétique.

« -Comment avez-vous découvert le cortège de tête ? Et qu’est-ce qui vous a donné envie d’en faire partie ?

-Traditionnellement en France, les manifestations sont des rituels très organisés, bien cadrés par les partis et les syndicats : des sortes de processions assez tristes où rien ne dépasse et qui ne dérangent personne. A partir des mobilisations contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, notamment en 2014, et surtout pendant la Loi Travail en 2016, les manifestations changent de forme. Le carré syndical et son camion sono qui n’a pas changé de playlist depuis 1981 est débordé par les forces vives des luttes sociales : la jeunesse, les désaffiliés, les révoltés de tout horizon, les syndicalistes qui en ont marre de leurs directions … C’est l’apparition du « cortège de tête », qui déborde dans tous les sens, qui tague, qui crépite de fumigènes, qui cible les banques, qui chante, qui jette de la peinture : une vraie protestation quoi.

Avec les Gilets Jaunes, ce sont carrément les manifestations toutes entières qui deviennent des « cortèges de tête » incontrôlables et offensifs, sans leader, sans parcours défini ! Ce cortège marque aussi un surgissement visuel : les bâches hideuses imprimées sur du plastique sont dépassées par des banderoles colorées, inventives, provocatrices, et surtout « faites maison ». […]

– Pourquoi être allé vers des banderoles avec une esthétique ? Comment élaborez-vous vos visuels ? Y a-t-il une amplification de l’impact de la manifestation, choc visuel, relai médiatique ?

-D’une certaine manière, ces banderoles sont comme des graffitis mobiles.[…] En termes de visuels, on reprend souvent des codes de la culture populaire, en détournant les séries, les films du moment, en reprenant des personnages célèbres de bande dessinée ou de comics. C’est un imaginaire auquel tout le monde peut se raccrocher, que tout le monde connaît … mais on y ajoute des phrases subversives, des punchlines qui transforment totalement le message visuel. Ça n’est pas nouveau : c’est une technique popularisée par le courant révolutionnaire situationniste dans les années 1960, un héritage dans lequel on se retrouve.
[…]

– La banderole, bouclier ou porter étendard ? Comment procédez-vous pour faire pénétrer vos œuvres parfois monumentales dans le corps de la manif ? Que deviennent les banderoles ?

– Ces banderoles sont souvent « renforcées », pour amortir les coups de matraque et les munitions de la police. Elles remplissent une double fonction : à la fois la diffusion d’un message et elles constituent une protection pour les premiers rangs. A la manière des parapluies à Hong Kong. […]
En somme, comme les graffitis réalisés sur des murs, ces banderoles sont éphémères. Le risque n’est plus le nettoyage à coup de karcher mais les assauts de policiers armés qui attaquent pour voler les banderoles. A Nantes, ce matériel confisqué est stocké au commissariat central, la hiérarchie policière avait même montré fièrement ces « prises de guerre » à la presse. Nos banderoles sont peut-être entreposées dans ce « musée » répressif … »

Article complet : https://hiya.fr/2020/12/21/cortege-de-tete/

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