Nantes Révoltée

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FACEBOOK CENSURE-T-IL LES MÉDIAS INDÉPENDANTS ?

août 30, 2019
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L’audience de Nantes Révoltée et d’autre médias, anéantie brutalement sur Facebook

Depuis maintenant 7 années, Nantes Révoltée contribue, sur internet, à construire un autre récit, une autre parole dans le paysage médiatique. Nous sommes un média local et autonome, créé en 2012 pendant la campagne présidentielle. Depuis, nous couvrons inlassablement les manifestations, les occupations, les révoltes, de la ZAD aux ronds-points, des rues de Nantes aux Champs-Elysées. Nous documentons les violences policières, et donnons la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Ces derniers mois, Nantes Révoltée a été au cœur de la révolte des Gilets Jaunes, en proposant un récit de l’intérieur du mouvement. La page a aussi été très suivie après la disparition de Steve, elle a révélé des vidéos déterminantes sur les agissements de la police à Nantes. Sur Facebook, la page compte près de 110 000 abonnés, et touche en moyenne entre 1 et 2 millions de personnes par semaine. On y trouve des milliers d’articles, vidéos, montages et photos originales.

Mais depuis jeudi 29 août, la page facebook est devenue invisible. L’audience du média a été, subitement, divisée par 1000, sans explication.

UNE CENSURE QUI NE DIT PAS SON NOM

Nantes Révoltée n’est pas seule : il semble que cette invisibilisation touche d’autres pages facebook de médias indépendants : Lille Insurgée, ou Cerveaux non Disponibles, entre autres.

C’est une censure qui ne dit pas son nom, une manœuvre ambivalente et sournoise. La page n’est pas supprimée, il ne s’agit donc pas d’une véritable censure. Elle est « déréférencée » : elle n’apparaît plus sur les comptes de ses abonnés. C’est comme couper l’électricité d’un concert mais dire au chanteur qu’il peut continuer sans micro : il ne sera plus entendu que par le premier rang. Le concert ne sera pas pour autant interdit. La sournoiserie est la marque du régime en place.

POURQUOI ?

Nantes Révoltée a été plusieurs fois la cible de menaces. Des « raids » de forces de l’ordre, ou de fascistes, signalant massivement la page. Une plainte de la procureur de Nantes en 2015 pour avoir dénoncé l’impunité policière. Des propos diffamatoires à notre encontre dans certains médias aux ordre. Et même, pendant les Gilets Jaunes, la rumeur d’une dissolution par le ministère de l’intérieur. Mais jamais la page n’avait été invisibilisée de la sorte.

Alors, pourquoi aujourd’hui ? Est-ce une vengeance après la découverte d’une policière infiltrée au sommet du G7 ? Ou pour notre travail sur la disparition de Steve ? Impossible d’affirmer quoi que ce soit.

Une chose est sûre : les grands médias ont prouvé leur servilité sans limite ces derniers mois, en relayant sans nuance tous les éléments de langage du pouvoir. Les réseaux sociaux se sont imposés comme un outil déterminant dans les luttes en cours. Ils ont permis de faire exister la question des violences policières. Sans eux, les médias classiques auraient tout passé à la trappe. Il n’y aurait ni affaire Benalla, ni vrais récits de manif, ni images de la répression. C’est dans ce contexte de disparition des contre-pouvoirs que Facebook tente de faire taire les plateformes qui donnent d’autres informations. Pour asphyxier les rares contre-discours qui restent.

FACEBOOK EN FRANCE

En France, Facebook est dirigé par un certain Laurent Solly. C’est un cadre de droite dure, proche de Nicolas Sarkozy, qui a été plusieurs fois préfet avant d’entrer das le groupe Bouygues et de rejoindre TF1 où il est numéro 2. Chargé de la campagne présidentielle de Sarkozy en 2007, il avait déclaré: « La réalité n’a aucune importance, il n’y a que la perception qui compte ».

En mai dernier, le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, et le président, Emmanuel Macron, se rencontraient à l’Élysée pour discuter « des moyens de lutter contre les contenus haineux sur Internet ». Autrement dit, le chef de l’État demandait plus grande marge de manœuvre pour réprimer l’usage contestataire du réseau social. Peu après, Facebook s’engageait à délivrer systématiquement les adresses IP lorsque la justice française le lui demanderait : un sort qui était jusqu’alors réservé aux affaires de pédopornographie ou de terrorisme. Quelques jours plus tôt, on apprenait que l’Assemblée Nationale achevait l’examen d’une nouvelle proposition de loi « visant à lutter contre la haine sur internet ».

QUE FAIRE ?

Il s’agit manifestement d’une nouvelle offensive d’un pouvoir en difficulté contre tout ce qui pourrait s’opposer à lui. En ce qui concerne l’invisibilisation de notre page facebook, des solutions existent. Nous publions depuis deux ans une revue sur papier, pour s’émanciper des grands groupes numériques. Elle est trouvable dans toutes les bonnes librairies et bar nantais. Nous sommes aussi présents sur Twitter, Youtube et Instagram. Pour l’instant, ces réseaux ne sont pas touchés. Sur facebook, vous pouvez aussi cliquer sur « voir en premier » en vous abonnant à la page, ce qui permettra de contourner la censure, en recevant quoiqu’il arrive nos publications.

Alors que les médias classiques n’ont jamais été autant à la botte du pouvoir, et que les plateaux télés ne sont plus composés que de chroniqueurs allant de la droite extrême à l’extrême droite, quand ils ne sont pas directement issus de la police, la seule bulle d’oxygène que constitue encore les réseaux sociaux est ciblée par le régime de Macron. Développons nos propres médias !

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