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JUSTE UNE MISE AU POINT

juillet 25, 2021

– A propos de remarques entendues dans la mobilisation contre le pass sanitaire –

«La police avec nous»

Ce slogan avait disparu des manifestations ces dernières années tant la police se montre brutale avec tout ce qui s’oppose au pouvoir. S’il ressurgit à présent, c’est souvent chez des groupes de personnes qui n’ont pas l’habitude d’être confrontées à la police. Lors de la première semaine des Gilets Jaunes en 2018, la plupart des manifestants chantaient «la police avec nous». On connaît la suite : des dizaines de milliers de grenades tirées, des milliers de blessé-es, dont plusieurs centaines très gravement, des yeux crevés, des mains arrachées, des vies brisées, des milliers de personnes arrêtées. La police, en tant qu’institution, ne sera jamais «avec nous» puisqu’elle est la garante d’un ordre injuste. C’est la garde prétorienne d’un État autoritaire qui lui donne tous les droits. Nous l’avons encore vu samedi à Nantes : des salves de grenades ininterrompues sans autre motif que de se réunir devant la préfecture.

«Le COVID est un complot»

Le COVID est une pandémie très contagieuse et dangereuse, inutile de nier l’évidence. Elle touche gravement en majorité les personnes vulnérables et âgées mais aussi des personnes plus jeunes et sans facteurs de risques, beaucoup de personnes développant des séquelles à long terme (fatigue prolongée mais aussi problèmes inflammatoires voire amputations). Ce type d’épidémie est le produit du mode de production industriel : en saccageant la nature, en fabriquant des élevages gigantesques, en créant des zones en contact entre la faune sauvage et les industries, on crée les conditions de zoonoses : de passage d’un virus de l’animal vers l’homme, de mutations virales. S’il y a un «complot», il s’agit du capitalisme qui produit les conditions d’émergence de ces maladies, réellement mortelles. Par ailleurs, les fameuses «comorbidités» dont parlent les médecins sont pour certaines elles-mêmes le fruit du mode de consommation capitaliste : obésité, maladies liées à la malbouffe, etc. Être «radical», c’est chercher aller chercher les causes des choses à la racines et pas seulement des explications immédiatement satisfaisantes ou non-rationnelles.

«Unité avec l’extrême droite» ?

Des groupes ouvertement fascistes, royalistes ou intégristes tentent de s’emparer de la mobilisation contre le «pass sanitaire». Et dans les cortèges, de nombreuse-eux manifestant-es lambda n’y voient pas d’inconvénient au nom de «l’unité». Mais cette unité doit viser un objectif commun. L’extrême-droite rêve justement d’un monde de contrôle et de traçabilité, d’un monde de policiers et de militaires, où l’État gère la population. En plus, l’extrême droite française a voté contre la levée des brevets sur les vaccins, protégeant de fait l’industrie pharmaceutique. Enfin, l’extrême droite discrédite les manifs avec ses parallèles honteux sur la Shoah, dont les médias parlent tant pour salir le mouvement. Nous n’avons pas besoin d’elle, au contraire, il faut s’en débarrasser.

«Le vaccin est un poison»

Le principe du vaccin est un énorme progrès scientifique. Il a permis d’éradiquer de nombreuses maladies, notamment infantiles, et de renforcer notre immunité collective depuis un siècle. S’il est toujours légitime de se poser des questions sur les innovations qui touchent à nos corps et à notre santé – comme les nanotechnologies, les OGM ou les traitements expérimentaux par exemple –, focaliser le débat sur le vaccin est le meilleur moyen de perdre de vue le sujet crucial : l’extinction à marche forcée de nos libertés. Les médias qui cherchent à nous salir utilisent d’ailleurs cette méthode, en ne parlant que «d’antivax» plutôt que d’une opposition légitime à une mesure liberticide.

«On lutte pour les libertés individuelles»

C’est nécessaire, mais c’est insuffisant. Macron a été très clair le 12 juillet, le Pass sanitaire s’inscrit dans une batterie de mesures à la fois liberticides et anti-sociales. D’ailleurs, le gouvernement n’impose pas le vaccin par humanisme mais pour «relancer l’économie», comme l’a dit Bruno Lemaire. Depuis 5 ans, Macron s’en prend «en même temps» aux libertés – de manifester, de s’exprimer, de filmer la police – et aux droits sociaux – retraites, chômage, code du travail… C’est donc ici encore un package autoritaire ET anti-social qui nous tombe dessus, et il convient de lutter sur ces deux fronts. Se contenter des «libertés individuelles» ressemble à du libéralisme. Un message clair : libertés pour toutes et tous, égalité pour toutes et tous.

«C’est une manif de fachos», «Où étaient-ils pendant les précédents mouvements?»

Ces phrases méprisantes reviennent en boucle dans la bouche de militant-es sur internet, exactement comme au début des Gilets Jaunes. Des remarques hors sol face à un mouvement difficile à cerner. Qui, lors de ses premières manifestations, est arrivé parfaitement formé politiquement, parfaitement déconstruit ? Personne. D’autant plus dans un contexte d’omniprésence de la parole d’extrême-droite dans les médias et de confusion entretenue par le pouvoir. C’est la lutte qui est formatrice, c’est dans une mobilisation qu’on apprend, qu’on évolue. Se contenter de dénigrer depuis la fenêtre du net c’est précisément laisser le champ libre à l’extrême-droite. De même, se plaindre que les manifestant-es actuel-les n’étaient «pas là» lors de précédents mouvement est un procès d’intention : on pourra toujours reprocher à quelqu’un de n’avoir pas participé à telle ou telle mobilisation en 2018, 2016, 2006 ou 2003. L’important n’est pas le point de départ mais le chemin. Plutôt que de dénigrer par réflexe, on peut se réjouir de voir un tel mouvement se lever après près de deux années de peur et d’apathie.

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