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🛩️LA MORT VENUE DU CIEL AU MALI

janvier 9, 2021

Les drones militaires de l’armée française sont appelés « reaper », c’est à dire « la faucheuse »


🔴« DOMMAGES COLLATÉRAUX » ?

Dimanche 3 janvier 2021, jour de mariage dans un village du centre du Mali, Bounti. La région, semi-désertique, est une zone de guerre, car il s’y trouve des groupes djihadistes combattus par l’armée française. A la fin de la cérémonie, les hommes discutent au milieu des champs. Ils sont fauchés par des tirs. Une vingtaine d’hommes meurent, et sont enterrés peu après. Des images diffusées sur les réseaux sociaux par les villageois montrent des corps entassés avant l’inhumation.

C’est justement le jour et l’endroit où l’armée française menait une opération. Elle assure avoir tiré sur des djihadistes. Si les autorités françaises nient avoir fait une « erreur », tout le monde s’accorde sur l’existence de tirs ce jour là. L’association Tabital Pulakuu, qui promeut la culture de l’ethnie Peul, fait état d’une « frappe aérienne » et diffuse les noms es 19 victimes. Les sources n’arrivent pas à certifier si les morts ont été causées par des hélicoptères ou des avions de chasse, mais du côté des victimes, on pose la question du manque de précision : « Comment, depuis un avion, peut-on faire la différence entre un regroupement de djihadistes et une réunion d’hommes pour un mariage » ?

Ce n’est pas la première affaire de ce type. Le 1er décembre 2016, dans le nord du Mali, un hélicoptère de combat français abattait un enfant de 10 ans, Issouf Ag Mohamed, qu’ils accusaient ensuite d’être un « guetteur des djihadistes ». Un rapport de l’ONU contestait cette version. En octobre 2017, un raid mené contre un camp de djihadistes tuait 11 soldats maliens – alliés de la France – captifs et 3 combattants islamistes.

🔴DRONES TUEURS

Récemment, en plus des hélicoptères et des avions, la France déploie des drones tueurs au Mali. Et pratique une peine de mort extra-judiciaire et à distance. En 2019, la France a déployé ses premiers drones militaires dans cette partie de l’Afrique, rejoignant le club restreint des Etats utilisant ces armes télécommandées : Etats-Unis, Royaum-Unis, Israël… 6 drone de combat baptisés « Reaper » – traduction anglaise : « la faucheuse », la mort – ont été livrés en 2020. Et ce « parc de drones français » sera progressivement renforcé. Le Mali est donc une zone d’expérimentations technologiques pour l’impérialisme français.

A quoi servent ils ? A tuer à distance, en dehors de tout cadre judiciaire ou légal, pour « éliminer » des « cibles » désignées. En 2020, l’armée française reconnaissait avoir « neutralisé » 600 personnes présentée comme « djihadistes ». Lors d’une audition au Sénat sur l’usage de ces drones, un général avait reconnu des exécutions de mineurs, en expliquant que les « combattants » recrutés étaient « de plus en plus jeunes ».

Le 7 février 2020, dans le nord du Mali, plusieurs dizaines de civils dont des femmes et des enfants ont été tués juste après une frappe de drones français. Ici encore, l’armée française niait toute erreur.

Plus encore que les avions de chasse, ces drones modifient fondamentalement les données des conflits : le drone est l’instrument d’une violence à distance, où l’on peut voir sans être vu, toucher sans être touché, ôter des vies sans jamais risquer la sienne. Une guerre totalement asymétrique. Suite au décès de soldats français ces derniers jours, la ministre des armées semblant découvrir ce qu’est une guerre, dénonçait les « méthodes pernicieuses de guérilla » des islamistes maliens qui « refusent le combat » car « ils n’auraient aucune chance dans un combat régulier ». Elle visait l’usage de mines comme « l’arme des lâches ». Que dire d’engins volants téléguidés à distance, qui peuvent tuer par surprise n’importe qui, dans l’un des pays les plus pauvres du monde, depuis le ciel ?

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