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L’ENTREPRISE QUI FABRIQUE LES GRENADES DE LA POLICE MISE EN EXAMEN POUR « HOMICIDE INVOLONTAIRE »

décembre 28, 2019

Printemps 2018 à Notre-Dame-des-Landes. Des milliers de grenades sont tirées chaque jour dans le bocage nantais, pour détruire quelques cabanes habitées par des militants écologistes. L’État déploie un arsenal militaire. Les blindés sont déployés pour la première fois depuis des décennies sur le territoire métropolitain. Parmi les munitions tirées, des balles en caoutchouc, une profusion de grenades lacrymogènes, et des centaines de grenades explosives. Les fameux GLI F4. Tirées dans les champs, elles soulèvent des mottes de terre à plusieurs mètres de haut, et creusent de profonds cratères dans la boue. Les explosions évoquent des scènes de guerre. Des éclats de métal incandescent pénètrent profondément dans les chairs. Au mois de mai, un étudiant, Maxime, a la main soufflée, arrachée par une de ces munitions.

Cette opération d’envergure militaire est un prélude à la violence d’État qui sera déployée quelques mois plus tard contre les Gilets Jaunes. A nouveau les blindés, les tirs, les grenades, à grandes échelle.

Ces munitions tirées sur la population sont fabriquées sur le territoire français. Une poignée d’usines produisent les armes qui arrachent des membres qui crèvent des yeux. Une logistique de la douleur. Un business de la souffrance. Parmi ces promoteurs de la répression, l’entreprise Lacroix-Alsetex. Ces dernières années, elle s’est vue confier par le gouvernement français des marchés de plus en plus conséquents et juteux. Balles, lacrymogènes, et maintenant, les fusils LBD. C’est Alsetex qui vend depuis des années les terribles GLI F4, qui contiennent de la tolite, explosif militaire proche du TNT. C’est aussi Alsetex qui fabriquait les grenades « offensives », qui ont tué Rémi Fraisse en 2014. C’est Alsetex qui fabrique les nouvelles grenades GM2L, explosives elles aussi, ou encore les grenades de « désencerclement », qui propulsent 18 plots de caoutchouc dans toutes les directions en explosant.

Alsetex a du sang sur les mains. Son usine principale, un site classé SEVESO, est située dans la campagne Sarthoise. Aux abords du village de Précigné. Derrière le vaste grillage, une piste d’hélicoptère, des entrepôts, et régulièrement, des explosions impressionnante, qui témoignent de tests effectués sur le terrain.

Mais l’entreprise n’est pas responsable que de morts et de mutilation de manifestants. Elle a aussi causé le décès d’une employée. En juin 2014, Nathalie, 48 ans, meurt dans une explosion alors qu’elle manipule les produits destinés aux armes du maintien de l’ordre. Selon l’enquête judiciaire, de nombreuses failles de sécurité au sein de cette société ont été découvertes. L’opératrice a été tuée alors qu’elle préparait un lot destiné à « l’allumage » des munitions. La victime avait manipulé une mauvaise substance chimique faute d’un étiquetage correct des produits. L’enquête a mis en lumière une série de dysfonctionnements « constitutifs d’une infraction pénale ». « Nous avons appris que l’industriel avait connu sept incidents sur son site en 2016 et qu’il n’en avait pas informé l’inspection des installations classées ». Depuis 5 ans, la famille de Nathalie attend des réponses. La société est mise en examen pour « homicide involontaire ».

Il se murmure que ces profiteurs de répression ont des failles. Qu’il suffit de manifester en grand nombre autour d’un tel site SEVESO pour arrêter, ou au moins freiner la production. Il se dit aussi que cette entreprise exporte massivement ses grenades à l’étranger, pour mater les révoltes aux quatre coins du monde. Un rassemblement autour d’Alstex mettrait en lumière les pratiques du groupe Alsetex. Le village de Précigné est située entre Rennes, Nantes et Paris, non loin du Mans.


Source : https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/12/27/mort-d-une-ouvriere-dans-une-explosion-en-2014-la-societe-d-armement-alsetex-mise-en-examen_6024216_3224.html

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