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MANTES-LA-JOLIE : RETOUR SUR UN SCANDALE D’ETAT

juillet 27, 2019
Les lycéens de Mantes-la-Jolie le 6 décembre 2018.

En mai, l’IGPN avait tenté d’enterrer l’affaire. La procureure de Nanterre vient de la classer sans suite.

Ce sont des images de guerre civile. Elles datent du 6 décembre dernier. Au plus fort du mouvement des Gilets Jaunes. Des dizaines de lycéens mineurs, à genoux, menottés, les mains sur la tête, entourés par des policiers qui les humilient, et parfois les frappent. Une rafle.

151 arrestations d’un coup. Des centaines d’autres lycéens interpellés le même jour, dans d’autres villes. Plusieurs adolescents gravement mutilés devant leur lycée la même semaine. En décembre 2018, le régime de Macron organise de véritables persécutions policières contre des jeunes qui manifestent, pour étouffer la révolte. Les images font le tour du monde. 700 lycéens sont arrêtés rien que le 6 décembre. Mantes-la-Jolie reste un symbole.

« L’enquête a permis d’établir qu’il n’y avait pas de fautes », l’IGPN, le 16 mai 2019

Au mois de mai 2019, la « police des police », l’IGPN, se prononce : « il n’y a pas de faute ». Il aura fallu 6 mois à cette sinistre officine pour rendre son rapport. Et il ne sert qu’à dédouaner les forces de l’ordre.

Un lycéen de 15 ans, arrêté à Mantes-la-Jolie raconte que ce jour là, il sortait de son lycée quand il a été pris dans la nasse de la police. Il ne pouvait pas s’en extraire. Avec des dizaines d’autres jeunes, il était mis à genoux. Pendant plus de deux heures. Couché au sol, il avait reçu des coups de matraque. Son téléphone portable, qui était dans son sac, était cassé par ces coups. Un agent lui avait écrasé le dos, marché dessus. Ce jeune de 15 ans était ensuite placé en garde à vue. Les policiers lui avaient fait du chantage en lui disant que s’il voulait un avocat, il devait attendre une nuit de plus. Il a donc été entendu sans avocat. Finalement, il n’avait eu qu’un rappel à la loi : il n’y avait rien à lui reprocher. Une pure humiliation, une vengeance d’État sur des mineurs.

A la tête de l’IGPN, c’est Brigitte Jullien, l’ancienne cheffe de la police de Bordeaux. Elle a été propulsée à la tête de la police des polices par Castaner en décembre 2018. Au plus fort de la révolte des Gilets Jaunes. Au plus fort de la répression. Quelques jours seulement après la rafle de Mantes-la-Jolie.

« Position à genoux et mains entravées : justifié » 26 juillet 2019

« Le fait de retenir les personnes interpellées en position à genoux ou assise, entravées pour certaines d’entre elles, apparaît justifié par le contexte exceptionnel de violences urbaines graves et le nombre de personnes devant être conduites dans les locaux de police ».

Ce sont les mots de la justice. Ceux de la procureure de Nanterre, quasiment 8 mois après la rafle de Mantes-la-Jolie : elle classe l’affaire. Une impunité d’État. La magistrate parle de « violences urbaines » alors que l’immense majorité des lycéens arrêtés est sortie de garde à vue sans aucune poursuite. Humiliés et enfermés pour rien.

L’affaire de Mantes-la-Jolie fait partie des centaines d’enquêtes ouvertes pour violences policières. A ce jour, pas une seule de ces enquêtes n’a débouché sur quoique ce soit. Pas même un blâme.

Les proches des jeunes de Mantes s’organisent : « Ces mômes ce jour là n’ont rien fait, mis à part le fait d’être présents aux abords de l’établissement. » L’affaire ne s’arrête pas là. Les avocats des lycéens ont saisi un juge d’instruction : « Nous sommes déterminés, les avocats également. Il va réellement y avoir une enquête, une vraie, qui sera indépendante, et ça c’est plutôt une bonne chose. »

Mais sans illusion. La justice ne se gagne que par la lutte collective et déterminée.

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