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PÉAGE DE NARBONNE : 21 PEINES DE PRISON FERME POUR DES DÉGÂTS MATÉRIELS !

janvier 7, 2020

Retour sur un grand procès politique. La Justice veut terroriser les Gilets Jaunes –

Samedi 1er décembre 2018. Le pouvoir est terrifié. Les Champs Elysées ont été envahis pour la troisième semaine consécutive par des dizaines de milliers de manifestants. Une préfecture a pris feu, de même que plusieurs des hôtels particuliers et des voitures de luxe. Des barricades ont poussé dans plusieurs de villes. Des milliers de ronds-points sont occupés. La police est débordée. Il s’en faut de peu pour que l’Élysée soit pris d’assaut. C’est une des rares journée de toute la 5ème République où le pouvoir est réellement effrayé. Macron a beaucoup plus peur que face aux défilés actuels, massifs mais totalement pacifiés et sous contrôle.

AUDACE

Ce samedi là, à Narbonne, des centaines de Gilets Jaunes se retrouvent au péage à la sortie de la ville. Un péage de la multinationale Vinci. Cette entreprise qui fait des milliards de profits sur les autoroutes françaises, jadis publiques, qui devraient être gratuites. Vinci, qui bétonne, saccage, détruit et précarise aux quatre coins de la planète. Au cours de cette soirée, sur cette autoroute, les gendarmes sont chassés par les Gilets Jaunes. Le péage est incendié. Le « peloton autoroutier » des gendarmes aussi est mis à sac, dans une sorte de liesse insurrectionnelle que les témoins ont eux même du mal à décrire. “Je ne reverrai plus jamais ça de ma vie” déclare un prévenu.

Il n’y a pas de blessés. Les dégâts sont uniquement matériels. Mais c’est une offense majeure pour l’Etat : les gueux ont mis en échec les forces de l’ordre et détruit un péage. Audace ultime, un véhicule en feu a même été projeté, grâce à un engin de chantier sur la structure de Vinci. Les images font le tour des réseaux sociaux. C’est cette audace qu’il faut briser, anéantir, terroriser. Des moyens gigantesques sont mis en œuvre pour arrêter un maximum de personnes présentes.

PROCÈS POUR L’EXEMPLE

Il y aura trois vagues d’interpellations pendant plus de 6 mois. Au total, 31 personnes inculpées. Et un procès à grand spectacle, organisé en décembre 2019, un an après les faits. Il ne faut pas moins de 10 jours d’audience. On entendra beaucoup les gendarmes lors de ce procès. « Psychologiquement, la blessure est profonde. Abandonner des locaux de service, c’est douloureux, c’est une forme de défaite. » se lamente un colonel, « voir des énergumènes revêtir des uniformes de gendarmerie sur les réseaux sociaux, ce sont autant de coups de poignard. » Un capitaine se plaint d’avoir utilisé tout son arsenal : « à un moment, il n’y a plus de grenade de désencerclement, on n’a plus de Flash-Ball. » La commissaire ajoute : « on a 200 personnes enfermées en train de faire la fête dans une gendarmerie et dans les locaux de Vinci. Je suis seule au monde, ma ville va cramer, voilà ce que je me dis.”

Tout le monde s’accorde à dire que ce soir là, la situation bascule. C’est l’ insurrection. La commissaire : « on a fait la chasse dans la ville, avec le PSIG et huit policiers. C’était apocalyptique. […] On ne s’y attendait pas. On ne pouvait pas le prédire. Quand ça pète partout, au même moment comment on fait ? »

Les Gilets Jaunes sont salis, décrits comme des fous ou des animaux par les forces de l’ordre : « ils étaient dans un état de démence totale, du fait de l’alcool et de la drogue. C’était des sauvages. » Les gendarmes réclament 12 000€ chacun au titre du « préjudice moral ». Vinci va demander de son côté plus de 10 millions d’euros !

La procureure parle d’une foule « bête et brutale », ce qui mérite une punition collective, pour toutes les personnes arrêtées. Elle fait le parallèle avec un acte terroriste, et multiplie les diatribes félicitant les gendarmes, et regrettant presque qu’ils n’aient pas tiré à balles réelles.

Les prévenus sont décrits et interrogés un par un. On dissèque leurs vies. On parle de leurs problèmes sociaux, familiaux, ou d’alcool. On les humilie. Parmi eux, Sofiane, accusé d’avoir volé un playmobil dans les locaux de Vinci. Oui, un playmobil. La procureure demande « deux ans d’emprisonnement dont un an de sursis » ! Pour un autre, dont le téléphone a simplement borné sur place, « 12 mois de prison avec sursis ». Autrement dit, pour rien. Un Gilet Jaune qui s’est filmé avec une veste de gendarme ? 30 mois de prison. Pour Jeremie, accusé d’avoir emporté une veste de flic : 30 mois de taule. Pour Adrien, qualifié de « révolutionnaire », 5 ans de prison dont deux avec sursis mise à l’épreuve. Ou encore, pour Kevin, soupçonné d’avoir conduit le fameux engin de chantier : 5 ans ferme. Les réquisitions sont délirantes. Digne du grand banditisme. On demande des dizaines d’années de prison pour des dégâts matériels.

BALANCES

Ce procès est celui de la délation. La plupart des personnes arrêtées l’ont été sur dénonciation. Beaucoup se sont balancés mutuellement en garde à vue, ou on fait des aveux stupides. Parmi les pires balances, un certain Jimmy, qui a « identifié » plusieurs prévenus. Il a notamment chargé Kevin, en l’accusant de tous les faits les plus grave. Sa lâcheté ne sera même pas payante, puisque la procureure demande quand même de la prison pour lui.

A la lecture des déclarations, si personne n’avait balancé ou parlé en garde à vue, il y aurait eu très peu d’arrestations.

Ce procès laisse un goût amer : des dizaines de vies détruites par la naïveté ou par la collaboration. Sur 31 personnes jugées, le parquet aura demandé l’enfermement de 27. Tous auront été humiliés lors de l’audience, et contraint de s’excuser platement. La plupart devront rembourser « solidairement » les millions d’euros de dommages estimés.

VERDICT

Le 7 janvier, le verdict final tombe. Les juges suivent les réquisitions : 21 peines de prison ferme. Plusieurs maintiens en détention. Et surtout, 5 années de taule pour Kevin, accusé sans preuve d’avoir conduit le véhicule avec la camionnette en feu. La seule preuve, c’est la dénonciation de son ancien « ami », Jimmy. Pourtant, à la sortie du verdict, plusieurs personnes remercient les juges, et se félicitent de leur « clémence ». Comme si le fait de distribuer des années de prison pour des dégâts matériels n’était finalement pas si grave. Alors que les policiers assassins et les criminels en col blanc se pavanent en tout impunité.

A Narbonne, ce sont donc 21 vies heurtées en ce début d’année 2020. Brisées par l’enfermement, ou les dettes à vies qui découleront de ce procès. 21 personnes qui paient très cher le fait d’avoir effrayé, un soir de fête, ce pouvoir mortifère.

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