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⚫ VIOLENCES CARCÉRALES : BRÈVES PRISON

novembre 30, 2020

« Je vois les jambes des surveillants me frapper, mon corps faire des sursauts »

Derrière les murs des prisons, la violence est souvent invisible et silencieuse. Morts suspectes de détenus, coups de la part de matons : trois histoires qui viennent d’avoir lieu dans les prisons françaises.

AGRESSION D’UN DÉTENU PAR DES SURVEILLANTS PÉNITENTIAIRES

Par une lettre adressée à L’Envolée, journal anti carcéral, un détenu, raconte son agression par des surveillants pénitentiaires, lors d’une fouille, à la prison de Vendin-le-Vieil. Ne pas se méprendre, ce n’est pas exceptionnel. La violence en prison est monnaie courante, certains matons n’hésitant pas à abuser de leur position de pouvoir pour assouvir des pulsions sadiques. Les faits racontés sont presque illisibles, tellement ils sont violents. Nous les relayons pour qu’ils cessent. Aussi pour que les gens découvrent ce qu’il se passe, malheureusement trop souvent, derrière ces grands murs de béton. Voici des extraits de la lettre de celui dont le pseudonyme est « l’infâme » :

«J’ai peur qu’ils réussissent à me tuer. Une fois encore, ça recommence. Ils me font du mal. (…) Samedi, j’ai subi salement deux agressions en une fois».
«KO, à terre, je suis roué de coup de pieds ! Combien de temps ? Je sais pas, mais ça m’a paru interminable. ¾ KO, ¼ conscient, je vois les jambes des surveillants me frapper, mon corps faire des sursauts – mais impossible de me protéger. Aucune partie de mon corps ne voulait bouger à cause de l’état de KO dans lequel j’étais. Puis celui qui m’a mis le KO est monté sur mon dos, m’a fait un espèce d’étranglement, puis il m’a dit : ”On va voir c’est qui l’enculé !” Ensuite, ben ça a été la lacrymo. Ils m’ont mis 27 jets de gazeuse (mes oreilles ont entendu 27 pshitt) ! Les endroits visés sont multiples : les yeux, le nez, l’intérieur des narines, sur et dans la bouche, sur et dans les oreilles, sur les testicules et sur le sexe.
(…) La première surveillante a éclaté de rire en disant : « Bon alors, enculé, tu fais encore le malin maintenant ? C’est qui qui commande ici, hein ? » Vu que je répondais pas, elle m’a dit : « J’entends rien ! Je t’ai posé une question, tu vas répondre, sinon on va te retomber dessus… » «Ils étaient comme possédés. Rien ne les aurait fait arrêter»

Lue dans leur émission de radio du 23 novembre 2020, à 5:33 : https://lenvolee.net/lettre-de-linfame-revoltes-et-repression-au-cra-de-lyon-sortie-du-n52-du-journal/

Également publiée sur le site de l’Envolée : https://lenvolee.net/lettre-de-linfame/

LA FAMILLE DÉCOUVRE LA MORT DE TAOUFIK 23 JOURS APRÈS

Taoufik Belrithi était incarcéré au centre pénitentiaire de Perpignan.
Sa famille n’ayant pas de nouvelles depuis quelques temps, appelle, le 2 novembre dernier, la prison, puis le SPIP (service pénitentiaire d’insertion et de probation, ndrl): on leur répond que Taoufik va bien, qu’il a même reçu le mandat que sa mère lui a envoyé quelques jours auparavant.
Mais le 9 novembre dernier, c’est l’état civil de la Mairie de Perpignan qui appelle son ex conjointe: Taoufik est décédé. La famille se rendant immédiatement à la prison découvre alors que Taoufik est mort le 18 octobre 2020, soit 23 jours auparavant.

Que s’est-il passé?

L’administration pénitentiaire déclare qu’il se serait étouffé avec un «morceau de viande».
Transféré à l’hôpital le 14 octobre, les médecins le débranchent le 18. Personne ne préviendra la famille pendant 23 jours. Par ailleurs, la famille n’a pas accès au corps: il serait «trop abîmé» …

Que s’est-il réellement passé pour que l’administration pénitentiaire souhaite à ce point cacher le décès de Taoufik à sa famille?

La famille, qui ne croit pas à la version de l’administration pénitentiaire, a, via son avocat, adressé une lettre au Procureur de la République de Perpignan, ainsi qu’à la direction du centre pénitentiaire, afin de connaître les réelles circonstances du décès de Taoufik.

MORT D’IDIR AU MITARD DE LYON CORBAS

Quelques mois plus tôt, le 9 septembre, c’était Idir, alors au mitard du centre pénitentiaire de Lyon Corbas, qui mourrait. Selon l’administration pénitentiaire, il se serait suicidé. Seulement, Idir était à deux semaines de la sortie, et la version du suicide est démentie par ses proches, ainsi que par des témoins. Il aurait été tué par les surveillants pénitentiaires, venus le rouer de coups, comme cela est de coutume au mitard, parce qu’il aurait, avec un autre détenu, insulté les surveillants suite à une coupure d’eau et d’électricité visant à les punir, ce qui les obligeait à boire l’eau des toilettes.

Une marche blanche a eu lieu le 11 octobre dernier. La famille ne compte pas en rester là.

A l’instar des crimes policiers, l’administration pénitentiaire maquille elle aussi ses crimes: arrêts cardiaques, suicides… Il est important de relayer ces faits et la parole des détenus afin qu’ils puissent témoigner de la réalité de la prison, qui est bien plus facile à cacher que ce qui se passe dehors.

A l’intérieur, si les détenus entendent les «punitions» infligées à des détenus trop insolents, ils ne peuvent pas filmer, puisqu’ils sont enfermés et n’ont, en théorie, pas de téléphone. Les lettres sont par ailleurs lues par l’administration pénitentiaire.

Les informations sur les circonstances des décès sont très souvent floues, et les familles se heurtent au mutisme de l’administration pénitentiaire. Les familles se retrouvent parfois démunies face à l’institution carcérale tant il est compliqué de savoir vraiment ce qu’il se passe à l’intérieur.

Soutien à l’Infâme, soutien à la famille de Taoufik, soutien à la famille d’Idir, soutien à toutes et tous les détenus, et toutes les familles de détenus. Vérité et justice pour Taoufik, Idir, Amara Fofana et tous les autres.

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