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ISRAËL-PALESTINE : DOSSIER

janvier 11, 2021

Introduction

Nombreux.ses sont celles et ceux qui répondent “c’est compliqué” lorsqu’on tente de parler de la question Israélo-Palestinienne. En réalité, c’est une manière de balayer le fait de se plonger dans le sujet, qui n’a rien de compliqué : il s’agit d’un conflit colonial combinant nationalisme et impérialisme occidental. Un conflit entre un colonisateur et un colonisé, un oppresseur et un opprimé. 

Ce qui en fait son aspect “compliqué”, tient en premier lieu du traitement politico médiatique visant à éteindre toute contestation anticoloniale. Comme dit Julien Salingue, c’est l’équivalent d’un syndrome de “Tom et Jerry” : ils s’attaquent et se détestent sans jamais que l’on sache pourquoi. Jamais les fondements de ce qui a amené à ce conflit sont reposés et bien évidemment, il n’est pas non plus précisé qu‘il s’agit d’un combat inégal, opposant un peuple autochtone sans Etat qui lutte contre la spoliation de ses terres, face à un pays occidental nouvellement créé devenu la 3e puissance armée mondiale.

Ainsi, les médias présentent le conflit comme deux communautés “égales” qui s’attaqueraient à coup de “représailles” itératives, mais rarement il est expliqué le contexte ou la raison de ces agissements, se contentant de présenter vaguement deux peuples qui s’opposent inlassablement, évoquant à demi mot des motifs purement religieux. Par exemple, jamais personne ne se demande pourquoi des réfugiés israéliens, ça n’existe pas alors qu’on présente médiatiquement un conflit équitable “israélo-palestinien”

Cependant, il faut noter que la prolongation du conflit sur plusieurs décennies et ses multiples facettes et conséquences peuvent aussi facilement perdre et noyer l’opinion sur la réalité de la question. La question Palestinienne a transformé le Proche-Orient, impliqué de nombreux pays dont chacun des pays voisins, déclenchant parfois des conflits secondaires menant à la mutation douloureuse de toute une région.

Dans ce dossier, nous allons donc rappeler les origines historiques des positions qui animent actuellement ces territoires et leurs conséquences : nous n’avons pas l’ambition d’être exhaustifs, mais de poser des bases géopolitiques, tenter de détailler davantage les affirmations de cette introduction et matérialiser l’abjection de la colonisation par des exemples, des témoignages, des cartes et des photos, dont certaines ont été prises par notre reporter sur place. 

Les astérisques apportent des précisions en bas de rubrique.  Le sujet est dense, ainsi, de nombreux liens (en rouge) sont incorporés dans l’article redirigeant vers des vidéos, des articles de presse ou des articles plus détaillés, et également dans la dernière rubrique, pour aller plus loin.

Si vous ne souhaitez cependant retenir qu’une image de ce dossier, ce doit être celle ci :

NB : Le Proche-Orient fait référence à la zone géographique de la mésopotamie à la méditerranée, entre le Naqab et l’actuelle Turquie. Le Moyen-Orient englobe de façon plus générale tous les pays au carrefour de l’Afrique, l’Asie et L’Europe, de l’Égypte jusqu’en Iran et de la Turquie au Yémen. 

NB : Toute critique d’Israël est accusé d’antisémitisme : cette pratique vise «à dévier la conversation du message vers le messager» (Richard Falk) pour accuser les lanceurs d’alerte et se dédouaner. Heureusement, de nombreux Juifs et Juives s’élèvent contre la politique d’Israël et son régime d’apartheid.

Aux origines du conflit

Pour bien comprendre les bouleversements qui se sont enchaînés dans la deuxième moitié du XXe siècle, il faut remonter plusieurs siècles en arrière. 

1. La Palestine antique.

La Palestine est initialement une région géographique imprécisément définie le long de la rive méditerranéenne orientale, limitée par le désert du Sinaï au sud. Une partie de cette région était déjà connue à l’époque romaine sous le nom de “Philistin”. De nombreux peuples s’y sont succédés, ainsi que dans les régions voisines, au carrefour de l’orient et de l’occident, sur la route de soie, lien entre méditerranée et océan Indien. Ces peuples, à l’origine bédouins, se sont sédentarisés et ont formé les populations sémites et cananéennes. Puis les territoires du proche Orient, au fil des époques, ont fait l’objet de nombreuses conquêtes, rattachés aux empires, royaumes et califats, ptolémaïques, perses, romains ou encore omeyyade, abbasside ou babylonien. Il serait ici trop ambitieux de décrire 5000 ans d’histoire, résumons simplement que de très nombreux peuples, civilisations et cultures se sont succédés.  

2. La Palestine, terre sainte. 

Religieusement, la région a une grande importance pour les trois principales religions monothéistes : 

Judaïsme : le judaïsme s’est développé en Palestine dès l’époque antique. D’après la Bible, c’est Moïse qui guide le peuple hébreu depuis l’Egypte vers la «  Terre promise  » par Dieu : le Pays de Canaan, en Palestine. Il devient quelques siècles plus tard le Royaume d’Israël, incluant les régions bibliques de Judée et de Samarie. David et Salomon sont parmi les premiers rois d’Israël et les plus connus ; Le Temple de Salomon est l’édifice religieux le plus important, construit à Jérusalem. Il est détruit avec la ville une première fois au VIe siècle avant J-C par les babyloniens (Nabuchodonosor II), suivi par l’exil d’une partie du peuple juif, puis une seconde fois en 70 après J.-C., par les Romains (Empereur Titus) alors que les juifs se révoltaient contre la domination romaine.  Depuis, il reste du Temple le mur des Lamentations, lieu spirituel majeur du Judaïsme. 

Lors de leurs nombreux exodes et expulsions, les Juifs se sont répartis en diaspora à travers le monde et établissent des communautés pérennes inclusives aux sociétés dans lesquelles ils vivent. En Europe, les juifs sont qualifiés d’Ashkénaze et parlent le Yiddish, un dérivé de l’hébreu et de langues germaniques. Au Maghreb, ce sont les séfarades, au Moyen-Orient les mizrahim et dans la corne de l’afrique les falasha, considérés comme les descendants de la reine de Saba.

Christianisme : Si le monde occidental se revendique de culture chrétienne, c’est bien au Proche-Orient, en Palestine, que le christianisme est né. Jésus est né de mère juive originaire de Nazareth (Galilée), dans la ville Palestinienne de Bethléem (et probablement aux alentours de -4/-6 « avant JC » !), située actuellement en Cisjordanie occupée. Il est considéré comme le Messie unique par les chrétiens (Et les musulmans le reconnaissent, eux, comme un des cinq principaux prophètes de l’islam*), fils de Dieu, qui a prêché la parole divine auprès de la population locale. N’étant pas reconnu comme tel par une partie de la population juive, cette différence est le début de l’apparition du christianisme, qui se sépare des pensées judaïques. Actuellement, tous les lieux de la vie du Christ situés en Palestine, de sa naissance à sa mort en passant par la Passion puis sa résurrection, font l’objet d’un culte important de la part de la communauté chrétienne à travers le monde, quelque soit le courant (Orthodoxe, évangélique, catholique… pour ne citer que les principaux.). Si les chrétiens sont très présents autour de la planète, la Palestine, est, comme pour le Judaïsme, l’épicentre de leur spiritualité. 

– Islam : Il apparaît au VIe siècle après J.-C. avec Muhammad, considéré comme le principal prophète de la religion. Comme le christianisme, l’islam trouve ses premières racines dans le Judaïsme et les récits bibliques. Bien que l’œuvre de Muhammad débute dans l’actuelle Arabie Saoudite autour de La Mecque, l’islam en tant que religion “cousine” du christianisme et du judaïsme, donne beaucoup d’importance aux lieux sacrés de ces deux religions et les reconnaît également comme saints. Si le mur des lamentations ou le Saint Sépulcre n’ont pas autant d’importance spirituelle pour les musulmans, la ville de Jérusalem et la Palestine sont des lieux majeurs d’action et de vie des différents prophètes et califes de l’islam**. Par ailleurs, la Mosquée Al-Aqsa constitue le troisième lieu saint de l’islam. Celle-ci a été construite autour du VII siècle à l’emplacement du Second Temple de Salomon détruit 6 siècles auparavant et dont il ne restait que le mur des Lamentations. 

Ces trois religions descendantes d’Abraham ont ainsi un puissant passé religieux sur les terres palestiniennes, tantôt commun, tantôt divergent, concourant à générer pour ceux qui prônent l’intolérance, des prétextes pour imposer une domination sur les autres communautés. 

3. Prémices d’un nouvel état nationaliste : racisme et bouleversements démographiques servant les causes identitaires

Au XIXe siècle, la Palestine est donc une province de l’empire ottoman, avec une riche diversité ethnique et religieuse : Juifs, chrétiens (à majorité orthodoxe), musulmans (à majorité sunnite), mais aussi Druzes, Samaritains, Tcherkesses ou Bahaï *** cohabitent sur le territoire. Il existe une certaine répartition géographique des communautés  au sein des régions mais aussi des quartiers et des villes, ainsi qu’une répartition communautaire des domaines de la société. Par exemple, les Juifs peuplent surtout la partie nord de la Palestine et certaines villes côtières avec également une majorité de Druzes. Les Samaritains, eux, sont établis en deux principales communautés, autour de Naplouse et de Jaffa…etc. 

Pendant ce temps, en Europe, l’antisémitisme****, latent depuis de nombreuses décennies, s’exprime de manière manifeste à la fin du XIXe siècle. Déjà, les Juifs/Juives sont accusés de détenir les économies et les banques et font l’objet de discriminations et de brimades répétées. C’est l’affaire Dreyfus qui révèle au grand jour le profond racisme d’Etat envers les Juifs : Dreyfus, capitaine dans l’armée, juif – et qui plus est Alsacien – représente tout ce qui à l’époque était la cible des pires accusations. Il est donc le bouc émissaire tout trouvé pour lui imputer une trahison avec la Prusse, sans l’ombre d’une preuve.

Parallèlement à l’antisémitisme croissant, se développent des courants nationalistes et identitaires juifs : les mouvements sionistes. Alors que l’établissement d’un pays réservé aux juifs était réfuté par la communauté juive, l’idée refait surface et est portée par Théodor Herzl et les courants sionistes qui réussissent à en imposer la nécessité, faisant notamment référence à la terre sainte en Palestine, qui doit leur revenir en tant que “terre promise” de Dieu. Theodor Herzl déclarera à Bâle en 1897 : “il faut encourager la colonisation de la Palestine par des agriculteurs, ouvriers et artisans juifs, renforcer le sentiment national juif et obtenir des différents gouvernements le consentement nécessaire à la réalisation de l’aspiration du sionisme”. Un vrai programme d’extrême droite.

Ainsi, de premières colonies de peuplement commencent à être créées en Palestine à la fin du XIXe siècle : On parle ici de migrants européens juifs s’appropriant des terres palestiniennes, plus ou moins consciemment. D’autres s’intègrent aux communautés juives palestiniennes. Ainsi, progressivement, la proportion de la communauté juive parmi les Palestiniens augmente, créant un déséquilibre social et démographique. 

L’idée déjà à l’époque des mouvements sionistes est de rapatrier des juifs pour faire de la Palestine un pays pur en Juifs : c’est ainsi l’objet de la déclaration de Balfour en 1917, qui promet un “Foyer national Juif en Palestine”. Cela traduit la volonté des mouvements sionistes de créer un Etat-Nation identitaire où seuls auraient leur place des citoyens correspondant à des critères ethniques et religieux, chassant les Palestiniens n’y correspondant pas.

Elle traduit également la volonté des autorités britanniques de faire en sorte de fournir ce territoire. Car l’objectif est double pour les britanniques : ils diminuent la population juive sur leur territoire tout en s’assurant de liens solides avec les sionistes pour espérer un pied à terre au Proche-Orient. 

A l’inverse des idéologies identitaires, d’autres mouvements Juifs sont créés à la même époque, notamment le BUND, l’Union générale des travailleurs juifs : créé dans la capitale de l’actuelle Lituanie, le mouvement, révolutionnaire et laïc, milite pour la représentation de la minorité Juive à travers les travailleurs et travailleuses, pour une société antireligieuse, l’égalité homme-femme, la justice sociale. Parti politique et syndicat, il compte des milliers de membres avant son déclin, suite à la forte émigration de Juifs des territoires d’URSS puis la Shoah.

4. 1920 : France et Grande-Bretagne découpent le Proche-Orient

En 1914, la première guerre mondiale oppose l’Allemagne, l’empire Austro-hongrois et l’empire ottoman aux Alliés. Ces derniers remportent la victoire, avec la participation des armées arabes qui ont combattu l’empire ottoman. Si les peuples arabes aspirent à vivre hors des tutelles européennes, les occidentaux fomentent leurs plans à propos du Proche Orient, au mépris de ceux qui leur ont permis des victoires. Ainsi, en 1916, les accords de Sykes Picot prévoient déjà le découpage du Moyen-Orient en temps venu. En 1917, la déclaration de Balfour en Grande Bretagne, promet un état nationaliste juif qui serait établi sur les terres de Palestine, comme expliqué précédemment. 

En 1920, les peuples arabes proclament l’établissement au Proche Orient d’un royaume uni et basé sur une constitution respectueuse des droits des minorités. Mais 1 mois plus tard, France et Grande Bretagne, qui ne l’entendaient pas comme ça, actent leur emprise coloniale et le partage du Proche Orient à la conférence de San Remo, confirmée par le traité de Sèvre en Août. Des décisions occidentales unilatérales pour former des protectorats (des colonies, quoi.)

Source de l’image : Le Monde

La conférence de San Rémo, qui s’appuie en partie sur l’exemple de Sykes et Picot, découpe ainsi le Proche Orient : 

  • • Syrie et Liban deviennent protectorats français
  • • Palestine, Transjordanie – future Jordanie – et Irak protectorats britanniques. 

La Palestine, en raison de sa spécificité multi culturelle et religieuse que nous avons évoqué plus haut, notamment la présence de Jérusalem, avait été préconisée comme zone internationale dans les accords de Sykes Picot de 1916. On peut au moins reconnaître à ces accords une éventuelle préoccupation pour un accès plus libre et plus large aux Terres Saintes, mais les acteurs de San Remo n’en ont pas décidé ainsi, influencés par les déclarations de Balfour de 1917 : La Palestine revient aux britanniques.

Pendant 28 ans, les britanniques ont donc la mainmise sur la Palestine. De leur accord avec les sionistes et les déclarations de Balfour, tout est organisé pour mettre en place un “Foyer National Juif” et donc les structures d’un Etat (la communauté juive représentait en 1920 12% des palestiniens). Les places de pouvoir et de responsabilités sont octroyées à la puissance coloniale et aux dirigeants sionistes. Les terres sont progressivement spoliées aux populations non juives par les autorités britanniques. Alors qu’elles rejetaient majoritairement le projet sionisme, les populations juives d’Europe et ailleurs dans le monde, sont poussées à émigrer et à venir s’installer en Palestine pour créer le futur Etat d’Israël. L’antisémitisme européen prononcé et violent, favorise également cette migration massive. Il en résultera, en 1936, une révolte des populations autochtones non juives en Palestine, majoritairement arabes, qui sont lésées et expropriées par les manœuvres sionistes et britanniques. Cette révolte est atrocement réprimée par les britanniques, secondés par les milices sionistes « Special Night Squads » et la « Jewish Settlement Police » et aboutit à des milliers de morts.

Cette affiche ci contre est célèbre : elle a été créée par les institutions sionistes en 1936, à l’époque encore palestiniennes pour inciter les Juif.ves à venir en Palestine.

Depuis, ce poster a été de très nombreuses fois détourné : “Visit apartheid” ou Gaza Bombardé, Jérusalem rendue inaccessible par le mur israélien, où l’affiche elle-même dessinée à travers une brèche du mur…
Certains de ces détournements sont trouvables ici : https://www.palestineposterproject.org/special-collection/remixvisit-palestine


(*) Pour les musulmans, Jésus est né au pied d’un dattier dont Marie mange ensuite les dattes (sourate 19, versets 23-25). Les crèches réalisées par les Chrétiens Palestiniens représentent ainsi très souvent un palmier planté à côté de l’étable, offrant un clin d’oeil aux musulmans. 

(**) A Bethléem, une mosquée fait immédiatement face à l’Église de la Nativité. On doit l’origine de cette proximité au Calife Omar, 2ème calife de l’Islam qui, en arrivant à Bethléem, aurait rencontré l’évêque qui lui proposait de prier dans l’église, faute de lieu de culte musulman. Le calife lui aurait alors répondu “Si je prie dans ton église, des musulmans vont vouloir la transformer en mosquée. Je vais donc prier en face”.

(***)

  • • Les Druzes sont une communauté dont la religion est apparentée à l’islam chiite mais dont ils ne s’en reconnaissent pas. Ils sont apparus en Egypte mais sont désormais majoritairement établis au sud du Liban, au nord de la Palestine, au sud-ouest de la Syrie et au Golan. En Israël, ils ont un statut particulier qui est développé plus loin.
  • Les Samaritains sont une des 12 tribus originaires du Royaume d’Israël. A la chute du Royaume d’Israël vaincu par les Assyrien, une partie des israélites part en exil, principalement de Juda, formant le peuple juif et se différenciant ainsi des Samaritains, restés en Samarie. Ils ont actuellement eux aussi un statut particulier, un paragraphe leur est consacré dans la deuxième partie. 
  • Les Tcherkesses ou Circassiens ou Adyghéens, sont un peuple ethnico-linguistique originaire du Caucase, de religion musulmane. Ils sont répartis en diaspora au Proche Orient depuis les persécutions Russes et sont quelques milliers à avoir pu rester en Palestine, actuellement dans les villages de Kfar Kama et de Reyhaniya.
  • La religion Bahaï est une religion récente, apparue en perse au XIX siècle. Elle se proclame indépendante de toute religion connue et n’est pas reconnue comme religion et ses fidèles sont souvent forcés à l’exil. La communauté s’établit ensuite à Haïfa au début du XXe siècle par le biais de ses représentants.

(****) La définition d’antisémitisme fait l’objet d’un débat récurrent à savoir que la racine du mot définirait un racisme envers les “sémites”, qui sont bibliquement les peuples descendant de Sem, fils de Noé (donc grossièrement, les peuples arabes et juifs actuellement). Le terme antisémitisme, est apparu au XIXe siècle à l’époque où les juif représentaient la population “sémite” installée en Europe et faisait donc référence à eux. Actuellement, le terme n’est pas compris ou interprété comme anti+sémite dans nos sociétés occidentales, et nous convenons donc que dans ce texte, il signifie le racisme et la discrimination envers toute personne se revendiquant comme juive ou identifiée comme telle.

La “Nakba” et la création de l’Etat d’Israël

1. Le Plan de Partage de l’ONU

En 1947, l’ONU vote la résolution 181 qui prévoit le partage de la Palestine pour “assurer la Paix” : il y aurait un “Etat arabe“, un “Etat Juif” et une “Zone internationale” à Jérusalem. Un magnifique exemple de faux “plan de paix” à la poudre occidentale, se préoccupant davantage des intérêts des plus puissants et se déchaînant à tracer des frontières partout.

Si le plan est facilement accepté côté sioniste (car il permet de créer un Etat réservé aux juifs, il assoie des liens solides avec les occidentaux pour récupérer Jérusalem, et sa cartographie permet de ne pas exclure de futures expansions territoriales), il est catégoriquement refusé par la partie arabe, qui réfute l’idée d’un partage nationaliste de la Palestine : non seulement celle-ci doit revenir à tout Palestinien, quel que soit son appartenance religieuse ou ethnique et sans ingérence internationale et occidentale, mais aussi car créer deux états identitairement différents reviendrait à expulser les habitante.e.s qualifié.e.s d”arabes” des territoires alloués à l’Etat Juif.

2. La NAKBA

C’est donc suite à l’échec du plan de partage qu’est créé unilatéralementavec l’aide occidentale et par-dessus la résolution de l’ONU (un peu comme l’Irak en 2003…) -, l’Etat d’Israël le 15 mai 1948, dont la nationalité ne revient qu’aux Juifs. Cet événement provoque donc l’expulsion et la fuite de 1 million de Palestiniens non juifs. Cet épisode est appelé la Nakba par les Palestiniens, soit la “catastrophe” en arabe. C’est un véritable nettoyage ethnique qui s’opère. 70 à 80 % des Arabes de Palestine ont ainsi disparu du territoire vers les pays arabes voisins, fuyant les violences ou expulsés.

Certains Palestiniens ont fui devant les massacres (le massacre de Der Yassine par exemple, dont le but était de terroriser les villages palestiniens voisins et d’en faire fuir les habitants), d’autres ont été évacués par les britanniques qui leur assuraient que c’était pour leur sécurité et qu’ils pourraient revenir après les combats. De nombreux Palestiniens sont ainsi partis avec le minimum, imaginant que la période était temporaire mais ignorant la réalité d’une expulsion définitive orchestrée par les britanniques et les sionistes. Beaucoup sont ainsi partis avec la clef de leur maison, celle-ci étant devenue un symbole des “Palestiniens de 48” et du Droit au Retour (voir plus loin). On estime que 80% de la population palestinienne fut expulsée de ses terres.

Des centaines de villages Palestiniens sont rayés de la carte, certaines villes Israéliennes aujourd’hui sont même construites sur les ruines de ces villages.

Au nord de la Palestine, l’opération Hiram des israéliens, consistant aux bombardements massifs des villages palestiniens et libanais (21 tonnes de bombes sont déversées sur 7 villages) est un carnage : des dizaines de morts, des villages réduits en cendres, et l’exode massif des populations palestiniennes.

Dans le désert du Neguev, la population majoritairement bédouine est beaucoup plus dispersée. Ainsi, le nouvel Etat israélien établit décrète que 85% du désert est “terre d’Etat”, rendant de facto tout village Palestinien illégal sur ce territoire et justifiant sa démolition, encore aujourd’hui (voir “Israël, un Etat d’apartheid”).

L’association Juive anticolonialiste ZOCHROT a réalisé une carte et des albums photos retraçant la mémoire de ces villages rasés :

De nombreuses photos d’époque sont visibles en cliquant sur les villages ainsi que les cartes d’époque ici. Une autre source d’archive de ces villages détruits est disponible *ici*, réalisé par des chercheurs israéliens de De-colonizer :

La création de cet Etat avec une nationalité réservée aux seul.e.s habitant.e.es de confession juive a créé une dissociation du peuple Palestinien : les Juifs Palestiniens deviennent de fait des Israéliens par définition – sans qu’on leur demande leur avis – , tandis que les autres restent définis comme Palestiniens et deviennent un peuple dont l’identité est basée sur la colonisation et l’injustice de l’expulsion. Les Juifs arabes voient ainsi leur identité totalement effacée.

Pour bien faire, le 17 septembre 1948, les milices sionistes assassinent le médiateur de l’ONU Folke Bernadotte et le chef des observateurs de l’ONU André Sérot. L’ONU lâchera donc l’affaire en Palestine et le succès de cette manœuvre criminelle fut tel qu’Israël la revendique aujourd’hui dans le musée de Lehi ! (musée entre autre également à la gloire des terroristes de la Hagana et autres milices ayant perpétué de nombreux massacres contre la population palestinienne). Les assassins, eux, ont entrepris une carrière politique en toute impunité, Yitzhak Shamir devenant même premier ministre d’Israël

Aujourd’hui, la Nakba est niée par Israël. Le 15 mai, chaque année, ils commémorent leur “indépendance”, sans que mention soit faite des atrocités commises, de l’expulsion des Palestiniens pour créer leur Etat, ni de ces citoyens “arabes” devenus des citoyens de seconde zone.

3. Guerre “Israélo-Arabe”

Au même moment, le lendemain de la proclamation de l’Etat d’Israël, se déclenche aussi la “Guerre de 1948” : les armées des Etats arabes (Egypte, Transjordanie, Liban, Irak et Syrie) investissent les territoires palestiniens du plan de partage de 1947 pour les protéger de l’expansion sioniste. La “zone internationale” ayant été balayée des négociations, c’est également la course pour le contrôle de Jérusalem.

Les milices sionistes ultra violentes fusionnent le 26 mai 1948 pour former Tsahal, l’armée officielle d’Israël. Largement soutenue par les armées occidentales, Israël remporte rapidement la bataille et annexe Jérusalem-ouest ainsi que 50 % de territoire en plus que ce qui était prévu par le plan de partage de l’ONU en 1947. Les frontières d’Israël sont ainsi dessinées et appelées “ligne verte” le long de la Cisjordanie.

Le projet d’un État “arabe” du plan de partage (donc désormais défini comme “palestinien”) est gravement compromis et l’ONU abandonne les Palestiniens. Il ne reste que la bande de Gaza, qui devient administrée par l’Égypte et la Cisjordanie sous contrôle de la Transjordanie (future Jordanie).

Le Proche et le Moyen-Orient, un foyer de conflits depuis la fin de la  Seconde Guerre mondiale - Sabine Castets Histoire - Géographie - EMC

Il est important de comprendre que c’est la création de l’Etat d’Israël sur une base ethnico-religieuse (le judaïsme : la nationalité israélienne s’acquiert si on est juif.ve, qualité qui se transmet par la mère) qui a créé les identités israéliennes ET palestiniennes. Auparavant, un Palestinien était défini comme un habitant de la Palestine, peu importe sa communauté. Après la création d’Israël, un israélien est un juif, de Palestine ou du reste du monde, tandis qu’un Palestinien est un habitant de Palestine non juif.

La guerre prend fin officiellement avec les accords d’armistice à Rhodes entre Israël et ses voisins arabes. Israël déclare Jérusalem-Ouest comme sa capitale ; Gaza est sous le contrôle de l’Egypte ; la Cisjordanie est annexée par la Jordanie.

4. Migration des communautés juives à travers le monde

A la suite de la création de l’Etat d’Israël et l’expulsion d’un million de Palestiniens, certaines communautés juives à travers le monde ont fait l’objet de menaces, d’attaques, n’étaient plus en sécurité par amalgame avec les actions sionistes en Palestine. A l’instar de l’antisémitisme en Europe ayant conduit à la migration massive des Juifs en Palestine encouragée par les mouvements sionistes, ces derniers ont également profité de ces tensions pour convaincre les communautés juives de différents pays à émigrer vers Israël. Dès 1950, Israël crée la “loi du retour” établissant que tout Juif dans le monde peut immigrer en Israël et y devenir citoyen.

De l’Inde au Yémen, de la Russie au Maroc, de nombreuses communautés juives faisant la richesse culturelle de ces pays ont ainsi drastiquement diminué voir disparues pour s’installer en Israël.

Au Moyen-Orient, les juifs et juives ont façonné l’histoire, où, appelés Mizrahims, ils étaient présents et intégrés un peu partout depuis des siècles. A Médine, en 622, la communauté juive, très importante, avait accueilli le prophète de l’Islam Muhammad.

En 20 ans après 1948, on estime que le monde arabe a perdu 97% de sa communauté juive. Seuls quelques pays comptent des communautés juives permanentes comme le Liban, le Maroc, la Turquie et l’Iran, où se trouve la plus importante communauté juive du Moyen-Orient hors Israël. En Iran, la communauté juive serait une des plus anciennes du monde, présente depuis l’antiquité. Elle est reconnue par l’Etat iranien et la plupart des juifs iraniens se considèrent iraniens avant tout et sont contre l’Etat d’Israël.

“Sachez que vous sionistes, ne représentez pas le judaïsme ni le peuple juif”

Yehuda Gerami, grand rabbin de Téhéran le 26 mai 2020.


5. Effacer la Palestine pour construire Israël.

Suite à l’expulsion d’un million de Palestiniens de leurs terres, le tout nouvel Etat d’Israël va tout faire pour les empêcher de revenir en commençant par raser leurs villages et leur culture, leur présence quoi. Toute trace des palestiniens est effacée, pour prouver que ces terres n’ont toujours appartenu qu’aux juifs.

Pour ce faire, le “Fonds National Juif”, une organisation influente d’extrême droite et pro-colons, se chargera de plusieurs besognes : des forêts entières de pins (qui n’ont d’ailleurs rien à voir avec le climat et la région géographique et entraînent une détérioration de la biodiversité ainsi que des incendies dévastateurs) sont plantées par centaines sur les ruines des villages Palestiniens pour les faire tomber dans l’oubli. Dès 1948, Yosef Weitz, directeur du FNJ et considéré comme le “père de la foresterie en Israël” avait crée et présidé le “Comité du transfert” qui organise et planifie l’expulsion des Palestiniens et vise à empêcher leur retour…

Le projet sioniste a ainsi totalement remodelé le paysage en Israël, visible d’ailleurs par satellite :

Ce qui n’a pas été détruit (comme le port de Jaffa ou la ville historique de Saint Jean d’Acre) sera progressivement colonisé pour y expulser les palestiniens y vivant encore (voir rubrique “Israël, un Etat d’Apartheid” : Palestine 48).

Ainsi, quelques villages palestiniens ont survécu comme le village de Fassuta, à majorité chrétienne, malgré le plan de l’armée israélienne d’expulser la population restante à Fassuta et de cinq autres villages pour créer “une zone sans Arabe de 5 à 10 km le long de la frontière libanaise”. Mais les habitant.e.s ont dû subir le régime de la loi martiale jusqu’en 1966.

Il en sera de même pour certains villages de Cisjordanie lors de l’occupation israélienne en 1967 . Sous les pins du “parc Canada”, parc israélien construit de l’autre côté des frontières de 48, se trouvent les ruines de trois villages palestiniens : Yalou, Imwas et Beit Nouba. Dix mille habitant.e.s en ont été expulsé.e.s par l’armée israélienne en 1967 (cf sur google maps avec le tracé des frontières : 31.838193959681778, 35.00429600308576)

Selon une étude de Noga Kadman, chercheur et guide pour l’association Zochrot, environ 200 villages dépeuplés et démolis en Palestine 48 sont aujourd’hui situés dans des parcs, des forêts ou des réserves naturelles israéliennes. Sur les 68 forêts et parcs qui appartiennent au FNJ, 46 dissimulent au total 89 villages palestiniens. Ces forêts sont donc des piliers de la colonisation et de l’entreprise de “désarabisation” de la Palestine. Malgré tout, quelques villages, devenus villes après l’afflux de réfugié.e.s, ont pu résister (Nazareth, Umm-El-Fahm…), et certaines ruines de villages détruits sont encore visibles.

Les années suivantes, Israël s’efforcera de ne jamais laisser les palestiniens revenir et de faire oublier la Nakba, par le biais de l’éducation, des médias, qui relatent une histoire totalement différente, de sorte qu’aujourd’hui, nombre d’israéliens sont dans le déni.

Israël s’est en outre rapidement doté d’outils pseudo juridiques pour empêcher toute contestation “légale”. Selon l’association Adalah, les villages détruits ont été transformés dans les faits en zones interdites aux citoyens palestiniens par deux lois : la loi de 1950 sur la propriété des “absents” et la loi de 1953 sur l’acquisition de terres. La “Loi des Absents” prévoit que les biens des propriétaires en exode deviennent propriété d’Etat.

Par ailleurs, Benyamin Netanyahou a adopté en 2011 la loi Nakba, qui prive les institutions publiques israéliennes de financements si elles commémorent ou parlent de la Nakba, y compris les écoles, les universités, les bibliothèques… Cette loi vise surtout les institutions arabes israéliennes des Palestiniens de 48 (voir la rubrique “Israël, un Etat d’apartheid”)

Guerres , annexions et intifadas : Chronologie des évènements depuis 1948

1. 1956 : La guerre de Suez

Cette guerre a une importance non négligeable dans la question israélo-palestinienne qui oppose les idées progressistes arabes au nationalisme et impérialisme occidental. Elle oppose l’Egypte à une alliance tripartite : Israël, la France et le Royaume-Uni.

Nasser, alors président de l’Egypte, porte une idéologie laïque et anticolonialiste et s’oppose à Israël et aux ingérences occidentales au Moyen-Orient. Il décide alors, le 26 juillet 1956, de nationaliser le canal de Suez conformément à la résolution de l’ONU qui lui autorisait, afin de contrôler les flux dans ce passage hautement stratégique pour le transport du pétrole entre le Moyen-Orient et l’Europe.

Cette décision entraînera fin octobre une opération de représailles israélienne contre l’Egypte dans le Sinaï suivie d’une intervention franco-britannique à Suez : Israël envahi la bande de Gaza et le Sinaï jusqu’au canal de Suez, la France et la Grande-Bretagne bombardent l’Egypte. Nasser ne cède pas aux intimidations, soutenu par la majorité de son peuple accueillant positivement la nationalisation du canal.

Le conflit prend une autre dimension lorsque l’URSS menace la France, le Royaume-Uni et Israël d’une riposte nucléaire et que les Etats-Unis exigent leur retrait de la zone du canal en attaquant financièrement la monnaie anglaise – la banque d’Angleterre perdra 45 millions de dollars… .

Le 6 novembre 1956, un cessez-le-feu est ainsi conclu sous les pressions conjuguées des États-Unis et de l’Union soviétique. Le 15 novembre 1956 , les premiers “casques bleus” sont déployés pour rétablir “la paix” dans la région puis quelques mois plus tard, l’armée israélienne accepte de quitter le Sinaï en 1957, remplacée par des Casques bleus le long de la frontière israélo-égyptienne.

Nasser sort perdant militairement mais grand vainqueur politiquement.

2. 1967 : La guerre des 6 jours : Basculement des frontières et de la colonisation des Territoires Palestiniens

Peu de temps après la création de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) en mai 1964 (voir la rubrique “résistance palestinienne”), est déclenchée la Guerre dite “des 6 jours”.

Le conflit débute encore entre l’Egypte de Nasser et Israël : L’Egypte bloque les navires israéliens au détroit de Tiran – Seul point de passage des navires Israélien pour atteindre la mer rouge – dans un contexte de tensions grimpantes entre Israël et ses pays voisins. C’est le prétexte qu’attendait Israël pour une nouvelle opération d’invasion d’ampleur. La France de De Gaulle apporte son soutien à Israël en acceptant un embargo des armes françaises pour les pays arabes.

Le 5 juin 1967, l’armée israélienne bombarde l’Egypte, envahit le Sinaï (encore), la Bande de Gaza (encore), puis le plateau du Golan, la Cisjordanie et Jérusalem-est (rien que ça) après avoir bombardé à leur tour la Syrie et la Jordanie. Ces invasions qui deviendront rapidement des annexions, sont accompagnées de déplacements des populations locales Palestiniennes, Egyptiennes et Syriennes, qui sont expulsées des territoires conquis.

Source : Courrier International

La force militaire israélienne, financée par les Etats Unis, est considérable. En quelques jours, les armées arabes sont pulvérisées. Le soir de la première journée de guerre, la moitié de l’aviation des 4 pays était détruite. Les pays arabes comptent plus de 20 000 morts tandis qu’Israël n’en dénombre que 750. Le 8 juin seulement, l’Egypte, défaite, doit accepter un cessez-le-feu. Suivent la Syrie et la Jordanie le 10 juin. Cette “guerre éclair” n’aura duré comme son nom l’indique, que 6 jours .

Cette guerre est une nouvelle fois le témoin des manœuvres des deux superpuissances mondiales en pleine guerre froide : l’URSS, proche de la Syrie, qui soutenait les pays arabes, et les Etats Unis et la France, qui soutenaient Israël. Ces attaques étaient programmées par Israël qui entendait réaliser des « attaques préventives » contre ses voisins arabes et ambitionnait de mettre la main sur leurs territoires.

Cet épisode marque un tournant majeur pour Israël et le Proche-Orient. Ainsi, en moins d’une semaine, l’État hébreu tripla sa superficie : l’Égypte perdit la bande de Gaza et la péninsule du Sinaï, la Syrie fut amputée du plateau du Golan et la Jordanie de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est.

Jérusalem Est et le Golan seront officiellement annexés en 1981. La date est “célébrée” chaque année par les israéliens, tandis qu’elle rappelle de douloureux souvenirs et le début de l’occupation pour les palestiniens qui vivent une “seconde nakba”. En effet, ces occupations et annexions entraînent de nouveaux mouvements de réfugiés et les refugiés de 1948 en Cisjordanie se retrouvent ainsi sous occupation israélienne…


“Si cela ne tenait qu’à nous, nous enverrions tous les Arabes au Brésil”, 

 Levi Eshkol, 1er ministre israélien


Les années suivant ce conflit sont marquées par

  • le sommet de Khartoum le 26 août 1967 (entente panarabe sur la non reconnaissance de l’Etat d’Israël ainsi que la non réconciliation et la non négociation)
  • – le “Plan Rogers“ en 1969, qui est un accord de collaboration entre Israël et la Jordanie et l’Egypte.
  • Septembre Noir : la tentative échouée de prise de pouvoir à Amman par les forces palestiniennes déclenche des combats meurtriers entre palestiniens et l’Etat Jordanien, soutenu par Israël et provoque la fuite de l’OLP au Liban (voir rubrique : guerre civile libanaise, plus détaillée sur le sujet et point de départ des évènements libanais).

3. 1973 : La Guerre du Kippour et la renonciation de l’Egypte

Devant la construction de colonies en Cisjordanie, dans le Golan et dans le Sinaï, Egyptiens et Syriens lancent le 6 Octobre 1973 une offensive pour reconquérir les territoires occupés par Israël. Les Syriens avancent dans le Golan et les Egyptiens dans le Sinaï.

Une fois de plus, la guerre coloniale d’Israël est le théâtre des manigances de l’URSS – qui soutient les pays arabes – et des Etats Unis, qui arment Israël et menacent d’une intervention nucléaire. Bien que les armées arabes aient cette fois ci été puissantes militairement, c’est Israël qui finit par prendre le dessus, réussissant à garder le Sinaï et le Golan.

Le cessez le feu intervient le 22 octobre 1973 après 16 jours de combats. Le président Egyptien, El Saddate n’est pas de la même hargne anticoloniale que Nasser : il n’entend pas poursuivre une guerre militaire qu’il sait impossible contre Israël. Afin d’obtenir le retrait israélien du Sinaï, l’Egypte entreprend un apaisement des relations avec Israël.

Ainsi, les accords de Camp David entre Israël et l’Egypte sont signés le 17 septembre 1978 et le traité de paix en 1979. Les israéliens restituent le Sinaï par étapes successives et les colonies israéliennes dans le Sinaï sont démantelées.

4. 1981 : Annexion de Jérusalem et du Golan

Rappel des évènements : en 1947, Jérusalem est une “zone internationale” ; en 1947, Israël annexe Jérusalem-Ouest ; En 1967, Israël s’empare de Jérusalem-Est.

Dès le 30 juillet 1980 la Knesset proclame Jérusalem capitale unifiée de l’État d’Israël, laissant supposer sa prochaine annexion. La ville est annexée en 1981, unilatéralement, en même temps que le Golan (cf rubrique “Le Golan”). Cette annexion est unanimement condamnée par l’ONU et la communauté internationale, en conséquence aucune ambassade ne s’installe à Jérusalem (les ambassades sont situées à Tel Aviv, seuls les consulats ont été laissés à Jérusalem sauf certains pays récemment, voir plus bas).
L’année suivante, Israël envahit le Liban (voir la rubrique “guerre civile libanaise”)

5. 1987 : 1ère Intifada

Face à l’expansion de la colonisation, plusieurs mouvements de résistances palestiniens mènent des actions de guérillas contre Israël (voir rubrique “résistance Palestinienne”). 52% des terres en Cisjordanie et 11% dans la Bande de Gaza sont contrôlées par Israël en 1987, avec 200 000 colons, et parallèlement Israël emprisonne des milliers d’opposants.

Le 8 décembre 1987, un camion israélien renverse des palestiniens, tuant trois personnes et faisant plusieurs blessés graves. Cet évènement précipite un mouvement de révolte populaire d’ampleur : l’Intifada (le “soulevement”, également appelée la “Révolte des Pierres”).

Les Palestiniens et Palestiniennes se soulèvent en masse contre l’occupant israélien ; les images de la population lançant des pierres sur les tanks israéliens font le tour du monde : hommes, femmes, mais surtout enfants et adolescents : tout.es les palestiniens enragent contre la domination israélienne à coup de pierres.

Prenant source d’abord à Gaza qui voit en même temps naître le mouvement de résistance armée Hamas en décembre 1987, la révolte s’étend à la Cisjordanie.

La répression est atroce. Les maisons palestiniennes sont détruites ; Les cultures, les champs, les arbres palestiniens sont brûlés. L’université Palestinienne de Bir Zeit est fermée pendant 4 ans par l’armée israélienne.

Yitzhak Rabin, alors premier ministre israélien, ordonne aux militaires israéliens de « briser les os » des enfants lanceurs de pierres (celui là même qui obtiendra un prix nobel de la “paix” !). On verra des vidéos insoutenables de soldats israéliens brisant à coups de grosses pierres les mains d’enfants palestiniens. Yehuda Meir, colonel israélien, ordonne à ses hommes de “briser les membres des palestiniens à coup de gourdin”. Plus de 1000 Palestiniens sont tués, dont beaucoup d’enfants (selon le rapport de l’ONU, 22,4% des palestiniens tués avaient moins de 16 ans).

La première Intifada prend officiellement fin lors de la signature des accords d’Oslo, pourvoyeurs d’espoirs pour les palestiniens.

6. Ratifications de traités de paix, mais poursuite de la colonisation

Après des mois de tractations, Israël et l’OLP signent les accords d’Oslo le 13 septembre 1993. Le texte prévoit que chacune des parties doit reconnaitre son existence et sa légitimité. Il ouvre aussi la voie à un régime d’autonomie des palestiniens, concrétisé par l’Autorité Palestinienne dont Yasser Arafat devient président.

Les accords sont signés par Yitzhak Rabin et Yasser Arafat devant Bill Clinton et leur poignée de main face aux photographes du monde entier devient historique. Ils recevront, avec Shimon Peres (ministre des affaires étrangères et futur président) le Prix Nobel de la Paix en 1994.

Mais cet accord de “Paix” n’est qu’un écran de fumée.

En réalité, il s’agit simplement d’une reconnaissance mutuelle et d’accorder un peu d’autonomie aux palestiniens pour faire taire la contestation palestinienne et faire croire aux Palestiniens que les dirigeants Israéliens veulent bien la paix. Il n’en est rien. La colonisation et l’occupation ne sont pas remises en question et la violation des droits des palestiniens se poursuit.

Quelques mois plus tard, la Jordanie normalise ses relations avec Israël en signant un traité de paix. En 1995, Yitzhak Rabin est assassiné par un israélien.

Par ailleurs, l’autorité palestinienne n’est qu’une instance créée pour gérer administrativement les palestiniens, pas pour leur donner des droits. Les villes palestiniennes sont toujours quadrillées par des checkpoints israéliens, la spoliation des terres palestiniennes se poursuit au profit de la colonisation, les habitants arabes de Jérusalem sont poussés à l’exil et les réfugiés palestiniens n’ont toujours pas le droit au retour…

En 1996, Benyamin Netanyahou, du parti d’extrême droite, est élu premier ministre d’Israël et durcit les motivations coloniales et nationalistes.

Les Palestiniens sont en pleine désillusion. Ce sentiment d’injustice perpétuelle et l’amertume de l’hypocrisie des accords d’Oslo vont progressivement mener à un nouveau soulèvement de colère de la population palestinienne.

7. 2000 : 2ème Intifada

La visite du chef du Likoud, Ariel Sharon, sur l’Esplanade des Mosquées (Jérusalem-est) provoque l’indignation des Palestiniens qui déclenchent des émeutes contestataires. En effet, l’esplanade des mosquées, grand espace au cœur de Jérusalem, est convoité par les israéliens qui n’acceptent pas son caractère musulman. Plusieurs organisations israéliennes militent d’ailleurs pour détruire l’espanade des mosquées et en faire un lieu de culte israélite.

Ainsi, le 29 septembre, les Palestiniens, musulmans comme chrétiens, se révoltent contre l’occupant israélien et le nettoyage ethnique de Jérusalem. Une révolte où participe une fois de plus l’ensemble de la population Palestinienne et surtout des jeunes, voir des enfants et des adolescents, lançant des pierres contre les chars israéliens comme 13 ans auparavant.

Le 30 septembre 2000, la mort de Mohammed Al Dura filmée en direct par un journaliste de France 2 (Charles Enderlin) devient le symbole de la barbarie israélienne. Les images de l’enfant de 12 ans tué par les israéliens dans les bras de son père font le tour du monde (à partir de 0’25 – ici – ATTENTION, les images sont choquantes). Aujourd’hui encore, sa mort est salie : certains sont prêts à tout pour ériger Israël en pays modèle, tentant de faire croire que la mort de l’enfant est une mise en scène malgré les preuves accablantes, voir même qu’il est en vie et caché quelque part pour maintenir un “mythe”. Personne n’a été poursuivi ou condamné pour sa mort, ni Israël ni aucun soldat. Le meurtre d’un enfant impuni, devenu connu, mais beaucoup d’autres enfants et adolescents, comme d’autres Palestiniens, ont été massacrés cette période là : les 3 premières semaines, on dénombre au moins 127 Palestiniens tués.

“Il faut beaucoup de courage pour affronter une monstre d’acier de 60 tonnes avec des pierres ; l’impuissance du lanceur de pierres à arrêter le tank ne fait que souligner l’impuissance du tank à faire ce qu’il est censé faire : terroriser la population.”
Gabriel Ash

Si des manifestations “pour la paix” voient le jour en Israël, elles ne seront pas assez puissantes pour arrêter le massacre des palestiniens qui se révoltent cette année là. En 2001, Ariel Sharon, celui là même qui a été à l’origine du déclenchement de l’Intifada, est élu premier ministre d’Israël (Netanyahu, un temps sorti de la politique nationale, devient ministre des affaires étrangères avant de redevenir 1er ministre en 2009)

L’aéroport international Yasser Arafat, financé entre autre par l’union Européenne est détruit par les forces armées israéliennes en 2001. Il ne pourra jamais être reconstruit, balayant dans le même temps les espoirs d’autonomie et de liberté des palestiniens.

Face à la répression atroce d’Israël contre les Palestiniens armés de cailloux, certains palestiniens choisissent des moyens plus radicaux : la deuxième partie du mouvement de révolte palestinien est marquée par des attentats suicides. Des dizaines d’Israéliens perdront la vie*.

En 2002, Israël lance en Cisjordanie l’opération “Rempart” en occupant les “zones A” ainsi que les bâtiments institutionnels de l’Autorité Palestinienne, dont la Mouqata, siège de la présidence de l’Autorité palestinienne qui est assiégée puis sera totalement détruite par les chars et les bulldozers israéliens. L’armée israélienne avec de nombreux blindés lance des incursions dans de nombreuses ville et villages. Des hélicoptères d’assaut israéliens détruisent plusieurs infrastructures palestiniennes.

Comme pour la première Intifada, la répression israélienne est sans pitié.

A Naplouse, fief de la résistance, les blindés de l’armée israélienne entrent dans la vieille ville, détruisant les rues historiques. Aujourd’hui encore, les rues de Naplouse sont marquées par les traces de rafales de balles et des souvenirs des martyrs de cette période.

Le camp de réfugiés de Jénine est également un marqueur de cette période. Lorsque l’armée israélienne rentre dans le camp dans le but d’écraser la résistance palestinienne, c’est un véritable carnage. Pendant huit jours, l’armée israélienne bombarde des pans entiers du camp de réfugiés. L’accès y est totalement interdit aux journalistes et aux organisations humanitaires. Des dizaines de Palestiniens sont tués, des centaines d’autres blessés. Puis quasiment l’intégralité du camp a été rasée par les israéliens.

Camp de réfugiés de Jénine après l’attaque israélienne. Photo Luc Delahaye

Les ONG décrivent un crime de guerre. Un énième de la part d’Israël, en toute impunité. Des soldats israéliens témoigneront :

« On nous a dit d’une façon claire : “Cassez-les !” A partir de ce moment-là, nous avons craché des munitions de toutes les armes que l’armée possède, sauf l’artillerie. Nous avons tiré des dizaines de missiles à l’intérieur des maisons et utilisé les mitraillettes lourdes contre chaque fenêtre »
(« Jénine, enquête sur un crime de guerre », Le Monde diplomatique, mai 2002, p. 16-17)

Après la folie meurtrière israélienne, le camps de Jénine est un champ de désolation : des maisons aplaties par les bulldozers, d’autres détruites par des missiles. Les Palestiniens ont reconstruit leurs maisons, et pour les marquer, les ont peintes en jaune pâle. Ainsi toutes les maisons reconstruites sont jaunes pâles, c’est à dire quasiment tout le camp (cf. “les réfugiés Palestiniens”).

A Bethléem, des Palestiniens se réfugient dans l’Eglise de la Nativité. Celle ci est assiégée par les israéliens qui finissent par donner l’assaut pour éliminer tout ce qui reste de la résistance Palestinienne. L’Eglise porte aujourd’hui encore les traces de cet assaut, bien que la majeure partie ait été rénovée.

Il n’y a pas vraiment de fin ou de cessez le feu durable permettant de définir la durée de la seconde Intifada. USA, Union Européenne, ONU, Russie (le “Quartet”) établissent des conditions au rétablissement de la “paix” caractérisant l’ingérence internationale et le déni du caractère colonial d’Israël. La “paix” se focalise sur une “solution” à deux Etats, ni viable ni pertinente (explications dernier paragraphe de la rubrique “La Palestine, un espace fragmenté”). De toute façon, Israël ne laisse même pas la place à un éventuel micro Etat Palestinien et les exactions israéliennes se poursuivent.

En 2003, alors qu’un buldozzer travaillait à détruire les habitations palestiniennes à Gaza, une jeune américaine, Rachel Corrie, se poste sur une butte de terre, face au soldat conducteur, et lui supplie au haut parleur de ne pas détruire la maison derrière elle, celle d’un pharmacien gazaoui. Le buldozzer avancera quand même. Rachel Corrie meurt écrasée sous les chenilles du bulldozer israélien.
Elle avait 23 ans.
Personne ne sera poursuivit pour lui avoir ôté la vie, Israël rejettera la plainte de ses parents.

8. Période récente

Après le retrait humiliant d’Israël du Sud-Liban qu’ils avaient conquis (voir rubrique “la guerre du Liban”) le début des années 2000 voit aussi la décolonisation de la bande de Gaza en 2005 : Les quelques colonies implantées au nord du territoire sont évacuées. Il ne s’agit en rien d’un “cadeau” d’Israël aux palestiniens. Stratégiquement, la situation n’était pas tenable pour Israël : des centaines de militaires déployés pour des colonies de quelques dizaines d’habitants au milieu d’une population d’un million et demi de Palestiniens (Gaza est un des territoires les plus denses du monde) n’avait plus un rapport colonisateur favorable pour Israël.
En 2005, Mahmoud Abbas, le candidat du Fatah est élu à la présidence de l’Autorité Palestinienne, mais c’est le Hamas en 2006 qui remporte les élections législatives palestiniennes.

L’année 2006 est marquée par 3 conflits d’importance :
D’une part, des combattants palestiniens enlèvent un soldat israélien (Gilad Shalit) alors que l’armée israélienne attaquait la bande de Gaza. En représailles, Israël lance l’opération “Pluie d’été” dans la bande de Gaza, une véritable campagne de terreur et de punition collective par bombardements massifs (Les israéliens détruisant notamment les ponts, la centrale électrique…).
D’autre part, au nord, le Hezbollah enlève deux soldats israéliens à la frontière israélo-libanaise, déclenchant des combats entre Israël et le Liban. Les opérations israéliennes de bombardement tueront 1300 libanais.
Enfin, des affrontements armés se déclenchent entre palestiniens, entre partisans du Fatah et partisans du Hamas.

Pour faire plier le Hamas, Israël impose cette même année un blocus autour du petit territoire : toute frontière est fermée, terrestre comme maritime. Les Egyptiens, qui possèdent quelques kilomètres de frontières communs avec Gaza, soutiennent Israël et imposent eux aussi un barrage très strict.

Le 27 novembre 2007 ont lieu des pourparlers israélo-palestiniens à Annapolis, aux Etats-Unis, sous l’égide du Quartet (ONU, USA, UE, Russie), afin de parvenir à la signature d’un accord de paix incluant la création d’un Etat palestinien “d’ici fin 2008”. Qui ne verra évidemment jamais le jour.

Régulièrement, Israël bombarde Gaza et les villes palestiniennes limitrophes, “en représailles” occasionnant des milliers de morts : 2006, 2008-2009, 2012, 2014. Pour Israël, l’arrivée du Hamas au pouvoir de ce territoire (même légalement, par des élections !) est un prétexte au “danger islamiste” permettant de légitimer le bombardement de villes entières (dont les écoles, les hôpitaux, les camps de réfugiés, les lieux de cultes, les jardins d’enfants… et même les cimetières !) et de sa population (voir le paragraphe “Gaza” dans la rubrique suivante). En 2014, les bombardements étaient tellement intenses que le feu des bombes était visible depuis l’espace. Des familles entières ont été décimées. Des vrais crimes de guerre et crimes contre l’humanité restant impunis.

L’université de Gaza, détruite par Israël.
A gauche : Un cratère s’est formé là où se tenait la maison de la famille Al-Dalu. Les douze membres de la famille ont tous été tués dans un bombardement Israélien en 2012 (source)
A droite : Tout ce qui reste des deux petites maisons de fortune en taule où dormait la famille Al-Sawarka. 8 membres de la famille sont tués sur le coup lors d’une frappe israélienne le 14 novembre 2019, un neuvième décèdera plus tard de ses blessures.

Une page du quotidien d’Al Ayam (« Le jour ») le 11 août 2014, montrant le cimetière chrétien orthodoxe de Gaza, anéanti par les bombardements israéliens. Outre les écoles, les hôpitaux, les camps de réfugiés et les lieux de cultes, les cimetières ont eux aussi été délibérément visés.
Des Palestiniens ont été tués dans les cimetières alors même qu’ils enterraient leur proches victimes des bombardements
Israël a recours aux bombardements au phosphore blanc, comme sur cette image, prise en 2009 : une école de l’UNWRA à Beit Lahia, où s’étaient réfugiés les secours, est bombardée au phosphore blanc. Cette attaque a tué deux enfants, mutilé leur mère et blessé des dizaines de personnes, sans compter tous ceux qui ont respiré la fumée blanche chargée de particules toxiques.
D’autres écoles ont été bombardées, comme bâtiments cible prioritaire, comme l’école Fakhura le 6 janvier 2009 (plus de 40 morts), deux école de l’ONU en 2014 tuant respectivement 15 et 16 personnes dont plusieurs enfants et blessant plus de 200 autres civils.

En 2015, les médias internationaux s’emparent d’un nouveau soulèvement qu’ils intitulent l’Intifada dite “des couteaux”. Il s’agit en fait d’un terme repris à la manœuvre de désinformation massive israélienne. Faisant croire à une organisation palestiniene voulant attaquer chaque israélien avec un couteau, elle a justifié les atrocités.

Mais c’est l’arrivée de Trump à la présidence américaine en 2016 qui fait franchir un nouveau pas dans l’avancée de la colonisation de la Palestine. Ce dernier, est évidement en faveur de la colonisation, davantage que ses prédécesseurs. Israël jouit ainsi d’un soutien militaire et financier important. En 2017, il affirme reconnaître Jérusalem comme “capitale” d’Israël, ce qui représente un soutien majeur à la colonisation israélienne, la communauté internationale ayant toujours refusé ce titre de capitale en signe de contestation de l’annexion de la ville (cf. plus haut). Plus tard, il entreprendra de faire déménager l’ambassade américaine à Jérusalem, ce qu’aucun autre pays avait fait avant.

Mais Trump va encore plus loin : il fait supprimer les aides américaines allouées aux organisations humanitaires palestiniennes et apporte son feu vert à un projet d’annexion de la Cisjordanie. Depuis, la colonisation n’a jamais été aussi intense, Israël multipliant les expulsions et les destructions de maisons Palestiniennes, dans un silence international assourdissant. Israël poursuit sa politique de déplacements forcés systématiques avec la vague de démolitions d’habitations. En 2020, avec la crise du COVID19, celles ci atteignaient des sommets, comme le rapportait l’ONU, mentionnant parmi les structures ciblées également les sources d’eau, les équipements d’hygiène ou d’assainissement, et les structures utilisées pour l’agriculture, entre autres, ce qui a compromis l’accès de nombreuses personnes aux moyens de subsistance et aux services.

9. 2021 : vers une annexion totale ?

Si vous avez tout suivi des 8 précédents paragraphes, vous aurez compris que le projet d’annexion est un projet d’origine. Le 1er juillet 2020, Benyamin Netanyahu, 1er ministre israélien, annonce une future annexion de la Cisjordanie (lire notre article).


* A ce sujet, un film a été réalisé par Juliano Mer Khamis, retraçant la vie des enfants Palestiniens du camps de réfugiés Palestiniens de Jénine pendant l’Intifada de 1987 et qui deviennent des Kamikazes en 2000. Le film s’appelle les Enfants d’Arna, du nom de Arna, la mère du réalisateur, cette israélienne qui avait monté un théâtre pour les enfants du camps de réfugiés après qu’ils aient tout perdu pendant la 1ere Intifada. Mais la violence de la colonisation et de l’occupation Israélienne rattrapera ces enfants à l’âge adulte. Arna meurt d’un cancer avant la deuxième Intifada. Juliano est tué à Gaza en 2011.

La Palestine aujourd’hui : un espace fragmenté

1. La Cisjordanie

Officiellement “Territoire Palestinien” en 1948, la Cisjordanie est envahie puis occupée par Israël depuis 1967, qui a entrepris d’y construire des colonies de peuplement. Elle compte 2,6 millions de Palestiniens dont 750 000 réfugiés dans 19 camps et 500 000 colons israéliens. Expulsions, destruction de maisons, checkpoint et colonisation sont le quotidien des habitants palestiniens de Cisjordanie.

Un dessin pertinent de Cécile Bertrand qui se passe de commentaires

Sous entreprise coloniale, le territoire a été découpé en 3 zones administratives :

  • Les zones A, “territoires autonomes palestiniens” qui représentent moins de 20% de la Cisjordanie. Ce sont les principales zones urbaines Palestiniennes, dont la gestion administrative revient à l’Autorité Palestinienne. Attention, il ne s’agit que d’une gestion administrative : l’armée israélienne rentre comme elle veut dans ces zones pour réprimer la population.
  • Les zones B : le contrôle admnistratif est “partagé entre israéliens et Autorité Palestinienne. En gros, ce sont des zones sous contrôle israélien mais où des Palestiniens habitent : Israël a donc bien besoin d’une coopération avec les représentants administratifs palestiniens pour gérer ces gens !
  • Les zones C : elles représentent la plus grande partie de la Cisjordanie. Elles sont entièrement sous contrôle israélien et sont stratégiques : elles englobent les colonies, séparent toutes les zones A et B entre elles et contrôlent la vallée du Jourdain (à l’est) pour disposer des ressources aquifères palestiniennes. De sorte que les zones palestiniennes n’ont ainsi aucune continuité spatiale entre elle et peuvent être facilement isolées si besoin..
  • Ainsi, pour passer d’une zone A à l’autre ou d’une zone A à B et inversement, il faut toujours passer par des checkpoints israéliens.

autrement dit, la situation géographique de la Cisjordanie est comparable à un archipel :

 Une colonie sioniste en terre palestinienne
Aperçu d’une colonie israélienne en Cisjordanie.
On remarque que ce sont des constructions sur un modèle typiquement occidental (les toits en tuiles pentus, qui ne servent à rien dans ces régions utilisant les toits plats en terrasse, les maisons identiques en lotissement…)
CARTE. Comment la colonisation israélienne en Cisjordanie a progressé en  cinquante ans
Les colonies en 2017, au nombre de 269. (source France Info)

Les colonies israéliennes ont commencé à s’implanter en Cisjordanie en 1967, lorsqu’Israël a envahi le territoire après la Guerre des 6 jours. Ce sont des colonies de peuplement, de type Européennes, destinées à prendre le contrôle populationnel de la Cisjordanie. Elles sont toutes construites sur le même modèle : de manière stratégiques à la façon des châteaux forts, défensive, en arc de cercle et sur des collines, contrairement aux villages Palestiniens historiquement installés dans les vallées. Certaines colonies, au fil des années, sont devenues de véritables villes, avec des centres commerciaux, des universités…

Ici la colonie israélienne de Homat Shemuel, qui fait face à la ville Palestinienne de Bethléem. Elle a été construite en rasant la forêt qui s’y trouvait auparavant.
Homat Shemuel en haut de l’image, Bethléem, en bas. Entre les deux, ont aperçoit distinctement le mur de séparation israélien. [source : Google Maps]
Le village palestinien de Kfar Kadum. et la colonie israélienne de Givat Shalem

Il est interdit aux Palestiniens de se rendre dans les colonies (sauf dérogation exceptionnelle pour travailler car des Palestiniens sont parfois employés par des colonies où ils sont payés au lance-pierre). La plupart des routes sont contrôlées par l’armée israélienne de sorte que les déplacements des Palestiniens sont limités. Certaines routes ne sont réservées qu’aux Israéliens, notamment celles qui mènent en Israël, où les Palestiniens de Cisjordanie n’ont pas le droit de se rendre. Il est facile pour l’armée israélienne de repérer les véhicules Palestiniens puisque ceux-ci sont immatriculés par l’Autorité Palestinienne tandis que les colons sont immatriculés “Israël”.

Tout est réalisé pour obtenir une exclusion des Palestiniens de leur propre territoire. L’expansion des routes réservées aux colons qui défigurent la Palestine est finalement un outil colonial de plus pour transformer «l’occupation temporaire» d’Israël en une réalité permanente pour annexer la Cisjordanie.

Pour faciliter la colonisation, l’Etat israélien incite financièrement les israéliens à s’installer : des cadeaux fiscaux aux subventions pour le logement, en passant par des prêts à faible taux d’intérêt. Les colons sont alors de plus en plus nombreux et participent à la ségrégation et la destruction économique et territoriale de la Palestine.

La colonie de Maale Adumim. Tout est fait pour inciter n’importe quel israélien à venir habiter dans les colonies : elles offrent tous les besoins et le confort possibles, les loyers y sont moins chers, les colons reçoivent plus d’aides sociales que d’autres israéliens et des routes neuves leurs sont réservées pour se rendre à Jérusalem et Tel Aviv en un minimum de temps.

Au contraire, d’autres colonies sont beaucoup plus sommaires : quelques dizaines d’habitants dans de sobres mobilhomes, comme ci-dessous la colonie de Kfar Eldad, en Cisjordanie.

Dans ces colonies, les colons ne sont pas attirés par la promotion d’une vie idéale de l’Etat israélien : ils s’installent purement en Cisjordanie pour s’approprier la terre palestinienne, par idéologie coloniale affirmée et déterminée.

L’Etat israélien offre l’eau, la télécommunication et l’électricité ainsi qu’une protection de l’armée pour toute colonie de plus de 50 habitants qui se créée.

Evidemment, dans ce type de colonie, tous les colons sont armés et ce sont eux qui sont responsables des attaques contre les Palestiniens (cf rubrique “Israël, un Etat d’apartheid”.).

2. Focus sur la vallée du Jourdain

La vallée du Jourdain est la région de Cisjordanie se trouvant à l’ouest du Jourdain. Celui ci prend sa source dans le plateau du Golan au nord pour se jeter dans la mer rouge et constitue en lui même la frontière entre Israël et la Jordanie.

Ce territoire Palestinien a une importance majeure pour l’agriculture et le contrôle des ressources aquifères. C’est pourquoi, la vallée du Jourdain est sous total contrôle israélien (« zone C »). Seuls quelques villages palestiniens y subsistent, mais ils font régulièrement l’objet de destructions et d’expulsions.

Par contre, les israéliens peuvent construire tout ce qu’ils veulent et investissent toute la région pour notamment y produire de nombreuses cultures (datt, etc.) destinées à l’exportation, grossissant ainsi le PIB israélien à partir des ressources palestiniennes.

Les cultures intensives israéliennes, ici à droite sur cette capture d’écran Google Maps, ont saccagé la vallée du Jourdain. En bas à gauche, la colonie de Tomer, peuplée des principaux exploitants des champs de palmiers à côté.
En haut à gauche, le village Palestinien de Fasa’il, qui manque cruellement d’eau.

Dans une autre configuration, la colonie de Tomer au centre, Fasa’il au centre gauche et un village Palestinien détruit signalé par le carré rouge. (l’ancien village de Fasa’il, que les Palestiniens ont reconstruit après sa destruction par Israël)
coordonnées google Maps : 32.025906, 35.441560

Ainsi, comme Israël a pris possession de la totalité des reserves en eau de la vallée du Jourdain, les colonies peuvent assécher les cultures palestiniennes et villages voisins au profit de leur agriculture intensive. Beaucoup de Palestiniens se sont ainsi exilés vers les villes pour trouver de l’eau. Quelques villages résistent encore mais ils n’ont pas accès à leur propre eau et sont contraints de faire venir des citernes d’autres villes de Cisjordanie (des “zones A”), pendant que les colonies irriguent en abondance leurs cultures

Au cœur de la vallée du Jourdain, ce promontoire surmonté d’un fusil d’assaut de 15 mètres. Symbole de la détermination d’Israël à coloniser ce territoire…

Les Palestiniens qui vivent dans la zone C (principalement des communautés de bédouins) sont régulièrement expulsés, leurs habitations détruites. Alors que l’administration israélienne a statué que 70% de la Zone C (soit 44% de la Cisjordanie) était destiné aux colonies israéliennes et à l’utilisation militaire, la population palestinienne n’est autorisée à construire que sur 1% de la Zone C. L’objectif était assumé, il s’agissait de vider ces zones des “arabes”. Cette politique a pour conséquence une continuelle augmentation des démolitions et des déplacements des populations palestiniennes les plus vulnérables, et ce depuis des années, où l’armée israélienne empêche les organisations humanitaires de leur venir en aide. Selon l’agence humanitaire de l’ONU, ce type de destruction a augmenté en 2020 par rapport aux précédentes années.


3. Le mur, un outil de contrôle colonial

La construction du mur a débuté en 2002 avec la réquisition des terres palestiniennes par l’armée israélienne pour le construire. Déclaré contraire au droit international par l’ONU et illégal par la Cour internationale de justice de La Haye, il est toujours en perpétuelle construction depuis, en toute impunité, malgré des appels à son démantèlement restés dans le vent. Il est appelé “barrière de sécurité” par Israël, pour justifier de sa construction, en faisant croire à la dangerosité des Palestiniens qui seraient empêchés de venir en Palestine 48/Israël pour perpétrer des attaques.

Initialement, le mur devait suivre le tracé de la “ligne verte”, “frontière” tracée par l’ONU en 1949 (il est en fait illogique de parler de frontière puisque d’un côté comme de l’autre, c’est Israël qui contrôle les territoires depuis 1967 !). En réalité, le mur ne suit la ligne verte que sur 20% de son tracé. Pour le reste, il rentre dans les terres de la Cisjordanie afin d’intégrer le maximum de territoire côté israélien. C’est un véritable outil d’annexion.

Sur sa majeur partie du tracé, le mur est en réalité une route militaire, barbelée, électrifiée, et sillonnée par des jeep miliaires israéliennes.

Carte interactive : cliquez sur la carte ci-dessous, pour visualiser les détails du mur et de la colonisation :

À Beit Jala, proche de Jérusalem, le mur prive les paysans Palestiniens de leur terre. Les habitant.es chrétien.nes avaient même mobilisé le pape François II pour empêcher la construction du mur, sans succès. Une commission spéciale avait statué, commission se nommant… “Commission spéciale d’appel israélienne pour la confiscation de terres.”

À Abu Dis, jouxtant Jérusalem, le mur passe en plein milieu de la ville, incorporant une partie des terres du côté israélien

À Qalqilya, la ville est totalement encerclée par le mur, privant les habitant.es de toutes les terres auparavant cultivables qui existaient autour de la ville. Qalqilya était une ville très agricole mais, avec le mur, ces terres sont désormais propriété israélienne et les habitant.es de Qalqilya n’ont qu’une porte de sortie de la ville, à l’Est, contrôlée par un checkpoint. Iels sont donc totalement enfermé.es.

À Bethléem, le mur trace une enclave surréaliste de quelques m2 pour incorporer un lieu saint du côté israélien. On remarque une fois de plus, que le mur colle au plus près la ville pour garder le maximum de terres côté israélien.

À Bil’in, le mur fait face au village, protégeant la colonie de Modi’in Illit, en pénétrant plusieurs kilomètres au delà de la “ligne verte”. Le village est devenu un symbole de la contestation des palestinien.nes contre le mur de l’apartheid, en organisant des manifestations chaque vendredi au pied du mur. (voir ici). Plusieurs Palestinien.nes ont été tué.es ou blessé.es par la répression israélienne lors de ces manifestations.

À Tulkarem, la ville est également isolée par le mur et se retrouve privée de ses terres agricoles. Des milliers de palestinien.nes se sont retrouvé.es au chômage. Israël, en manque de main d’œuvre, a construit une zone industrielle polluante (Nitzanei Shalom, signifiant sans grande ironie “Bourgeon de paix”) pour faire travailler les palestinien.nes sous régime jordanien de façon très surveillée, ainsi qu’une zone de passage pour aller travailler dans leurs anciens champs…. au profit des israéliens.

Depuis sa construction, le mur est devenu un symbole de l’apartheid et de nombreuses personnes, palestinienne ou non, artistes ou non, recouvrent le mur de différents graffitis et dessins.

L’ONG Médecins du monde a réalisé un très beau reportage photo sur l’occupation israélienne, consultable ici : PALESTINE : VIVRE SOUS OCCUPATION

4. Les Checkpoints

Ils font partie des violences quotidiennes subies par les palestinien.nes.

Prétextant une questions de “sécurité” comme le reste, les checkpoints sont, comme le mur, en réalité des outils de contrôle colonial. Ils sont situés autour des zones A et peuvent être fermés par l’armée palestinienne quand elle veut. (par exemple, après une manifestation…etc). Lorsque l’armée ferme les checkpoints, les palestiniens sont enfermés dans les zones A. Le reste de l’espace de la Cisjordanie est alors praticable uniquement par les colons….

En dehors des checkpoints, l’armée israélienne peut arrêter n’importe qui, y compris des ambulances, comme *ici*.

En Cisjordanie, il existe plusieurs types de routes : Celles réservées aux colons ; celles des zones A, palestiniennes, dont l’accès est décrété “dangereux” pour les israéliens par l’armée israélienne (voir : “Israël, un Etat d’apartheid” ) et les routes “mixtes”, pratiquées indifféremment par les colons et les palestiniens, lorsque les checkpoints sont ouverts.

Checkpoint de Qalandia :

5. La bande de Gaza

Depuis 1948, la bande de Gaza est totalement isolée du reste des territoires Palestiniens. C’est une bande de terre qui mesure 40km de long sur seulement 6km de large et compte actuellement plus de 2 millions d’habitants, répartis dans quelques villes (Gaza, Rafah, Khan Younes…).Ce qui en fait un des territoires les plus densément peuplés au monde (plus de 5400 habitants au km carré !). La population y est pauvre et très jeune, souffrant du blocus israélien. Dans ces conditions, peu d’espace est disponible pour pratiquer de l’agriculture et les gazaoui survivent surtout de ‘l’activité de pêche.

En 2006, les israéliens font connaître leur opposition aux élections palestiniennes à leur manière : ils imposent un blocus total sur le petit territoire, de la frontière terrestre à la frontière maritime, en s’accordant même facilement avec l’Egypte pour que ce dernier impose également le blocus sur son petit bout de frontière avec Gaza. Le territoire Palestinien devient ainsi une véritable prison à ciel ouvert. Les frontières terrestres sont barbelées et quiconque s’y approche est la cible de tir de sniper. Régulièrement, l’armée israélienne ouvre le feu sur des fermiers qui tentent de cultiver leurs champs à proximité avec Israël. Idem sur la mer : tout pêcheur dépassant les 9000 nautiques risque d’être abattu par les navires de guerres israélien.

Même les navires humanitaires ne peuvent s’approcher : en 2011, l’attaque par les israéliens de la Flotille pour Gaza s’approchant des côtes gazaoui fit 11 morts parmi les humanitaires.

Les conséquences du blocus sont catastrophiques pour les habitants de Gaza : effondrement économique, explosion du chômage, accès aux soins limité (des milliers de patients nécessitent des traitements spécialisés ou des opérations chirurgicales en dehors de Gaza)…

La vie est rythmée par les tirs à la frontière et les bombardements. Les campagnes de bombardements d’Israël sur le petit territoire font régulièrement l’actualité internationale mais peu s’en émeuvent. Et rien ne change. De très nombreux Palestiniens et Palestiniennes, dont une grande partie d’enfants, sont mutilés par les bombes. En 2014, la communauté internationale s’était furtivement indignée de la mort de 4 enfants, tués alors qu’ils jouaient sur une plage. Indignés car filmé par des journalistes internationaux qui ont failli être tués également. Depuis, rien n’a changé. Personne n’a jamais été poursuivi pour tous ces meurtres et ces crimes contre l’humanité. Israël déclare mener régulièrement des enquêtes, contre sa propre armée, mais celles ci n’aboutissent évidemment pas.

Vidéo iTélé
ATTENTION LES IMAGES PEUVENT CHOQUER
Ils s’appelaient Ahed Atef Baker (10 ans), Zacharia Ahed Baker, (10 ans), Mohamed Ramez Baker, (9 ans), et Ismaïl Mohamed Baker, (11 ans).

Le blocus israélien affame, opprime la population Palestinienne, et ponctue leur vie de raids meurtriers. L’économie est en chute libre, et le système de santé est quasiment anéanti. Un blocus illégal qui permet de coloniser et occuper les territoires avec moins de résistance. Le quotidien des Gazaoui se résume à survivre, entre deux raids israéliens.


Ce qui serait inimaginable ailleurs est devenu la norme à Gaza

Médecins Sans Frontières.

(https://www.msf.fr/actualites/4-morts-et-64-blesses-un-vendredi-ordinaire-a-gaza)


Gaza filmé par un drone en 2015 (Source)

Pendant ce temps, des israéliens proches de la bande de Gaza observent avec délectation les bombes s’abattant sur les Palestiniens, criant de joie et applaudissant à chaque explosion. Ce sont devenu des vraies séances de cinéma, décrites par le journaliste danois Allan Sørensen, où les gens amènent chaises et canapés. Interviewés, un israélien explique apprécier le “fun” et “l’excitation” de ce spectacle, une autre déclare “1300 morts, ce n’est pas suffisant”. Choquante deshumanisation

Les dirigeants, eux, se réjouissaient publiquement d’avoir “renvoyé Gaza à l’âge de pierre” ou justifiaient «Le but de cette opération est de renvoyer Gaza au Moyen Age “. Abject.


A Gaza, des manifestations ont lieu tous les vendredis depuis le 30 mars 2018. Cette journée est le symbole de la “Journée de la Terre” depuis 1976 en Palestine, date à laquelle Israël avait annoncé confisquer des milliers d’hectares aux palestiniens entrainant un fort mouvement de contestation. Depuis, les palestiniens ont baptisé ces manifestations les marches du retour. Cette dénomination fait en effet référence aux 1,2 millions de Gazaoui qui sont en réalités des réfugiés de villages palestiniens en Israël, la plupart détruits (voir rubrique “Les réfugiés Palestiniens”).

L’écho de ces manifestations arrive parfois en occident car de nombreux Palestiniens et Palestiniennes y sont tués, souvent par les sniper israéliens. On peut citer parmi eux, Razan, 21 ans, infirmière tuée en Juin 2019, ou Nasser, 12 ans, tués le 28 septembre 2018. En 1 an, entre mars 2018 et mars 2019, l’UNICEF recensait 40 enfants tués à Gaza par les israéliens.

Israël mène également une guerre économique grâce au blocus : Le taux de chômage, à plus de 40%, est l’un des plus élevés au monde. Privé d’électricité, d’eau et d’assainissement, Gaza est sous la menace d’une crise humanitaire dans les années qui viennent.  Israël réduit l’électricité aux Palestiniens de Gaza : ils n’auront plus que deux heures par jour. Particulièrement touchés, les hôpitaux qui tentent de combler par générateurs mais le fioul est lui même restreint par le blocus et les réserves d’urgence se vident, occasionnant de graves conséquences.

En étouffant l’économie, et imposant un blocus, Israël s’assure d’une survie tout juste limite du territoire : c’est l’état israélien qui fournit l’essentiel des denrées de gaza, en les limitant drastiquement et en les faisant payer très cher. Ainsi, après avoir détruit les immeubles et infrastructures gazaouies, Israël fait payer le béton pour les reconstruire...

6. La “Palestine 48”

[cette section est en cours de rédaction. Pour avoir un aperçu, voir la rubrique “Israël, un Etat d’apartheid : Palestine 48”]

7. Jérusalem

Successivement Palestinienne puis “zone internationale”, puis séparée en deux, la ville a été entièrement annexée au profit d’Israël en 1981 après sa conquête en 1967. Dès son occupation, la vieille ville a subi un remodelage au profit de la puissance occupante, à commencer par le quartier maghrébin, historique, rasé pour laisser place à une grande esplanade. En 1980, juste avant son annexion officielle, est proclamée la Loi de Jérusalem, qui assure tous pouvoirs aux israéliens pour contrôler la ville et la construction de “zones de peuplement juif”, ce qui fera l’objet d’une x-ième condamnation de l’ONU . Depuis, la vie des Palestiniens est rythmée par les expulsions administratives, les destructions de leurs maisons et l’expansion des colonies sur les villages palestiniens de la périphérie.

La destruction du quartier maghrébin de Jérusalem, en 1967.
Le quartier maghrébin de Jérusalem avant sa destruction.

Si la partie Est de la ville et ses villages adjacents ont été rapidement annexés en 1981, Israël s’est bien gardé “d’annexer” les habitants qui allaient avec : autochtones non juifs, ceux-ci n’ont aucun droit, ni même celui d’habiter chez eux. Seul un “permis de résider” (ce sont des résidents et non des citoyens) les y autorisent, celui ci devant être régulièrement renouvelé au bon grès des autorités israélienne qui finissent par ne plus le renouveler : elles nettoient ainsi administrativement la ville de sa population palestinienne au profit des colonies. Ainsi, les Palestiniens de Jérusalem ne relèvent pas de l’Autorité palestinienne, et citoyens de seconde zone, ils n’ont aucun droit en Israel ; les services municipaux de la ville, notamment, ne les concernent pas.

L’image contient peut-être : 2 personnes
Cette photo prise à Jérusalem le 19 juillet 2017, résume à elle seule la situation.

La ville est organisée comme ailleurs en discrimination institutionnalisée : par exemple les quartiers Palestiniens de la vieille ville sont délaissés et étouffés par les administrations israéliennes, tandis que les quartiers juifs jouissent de toute la rénovation et les services nécessaires. (cf. rubrique “Israël, un Etat d’Apartheid”)

La reconnaissance par Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël et le transfert de l’ambassade américaine (le tout pendant le massacre de 50 personnes à Gaza dans l’indifférence) a empiré les choses, déjà tragiques, Israël se sentant encore plus protégé dans son emprise à poursuivre la colonisation (aucun État n’ayant reconnu l’annexion de la ville, il n’y avait pas encore d’ambassade). Israël fêtait à Jérusalem le déménagement de l’ambassade américaine à coup de champagne, symbole d’une colonisation qui a réussit à avancer à grand coup de complicité occidentale, malgré les “condamnations” hypocrites.

Ainsi, chaque année, le gouvernement donne le feu vert à la construction de centaines de nouveaux logements pour les colons, signifiant la destruction des habitations Palestiniennes ou l’expulsion des habitants palestiniens pour investir leurs habitations. De nombreuses familles sont ainsi délogées et expropriées, par l’armée ou des colons eux même, qui n’ont qu’à revendiquer purement et simplement leur maison, un tribunal de complaisance se chargera de valider. (cf. rubrique “Israël, un Etat d’Apartheid”). Les colons sont organisés en associations œuvrant pour la colonisation, largement subventionnées par l’Etat.

Silwan, ville de Jérusalem Est, en est particulièrement victime : les colons prennent souvent les habitations palestiniennes par surprise à plusieurs ou lorsque la famille palestinienne est sortie, où demandent d’eux même des procédures pour expulser les habitants Palestiniens. Pas une rue désormais sans grillages, caméras et drapeaux israéliens, qui marquent les maisons des colons, toujours plus nombreuses, et qui grignotent, peu à peu, la ville de Silwan.

En outre, tout est fait pour décourager les Palestiniens de vivre dans la ville où ils n’ont le droit à aucun service Israélien. Mais s’ils oublient de payer leurs impôts à Israël, ils sont expropriés… C’est un combat de tous les jours de rester vivre à Jérusalem-Est.

Jérusalem Est est littéralement confisquée aux Palestiniens. Les destructions de maisons familiales et infrastructures palestiniennes se multiplient et se comptent par centaine chaque année, régulièrement dénoncées par les observateurs de l’ONU.

Sur cette carte, l’expansion des colonies est encore plus flagrante.  De plus, Israël mène une politique de restriction d’accès et d’isolement des palestiniens de Jérusalem-Est avec la séparation physique, politique, économique, sociale et culturelle de Jérusalem-Est, comme le rapportait l’ONU. 

L’annexion et la colonisation de Jérusalem Est est également un outil de contrôle de la Cisjordanie et un pas vers son annexion. En effet, on remarque que Jérusalem est déjà comme une enclave Israélienne en Cisjordanie, héritée des frontières de 1949 après la Nakba (voir rubrique “Nakba”). S’emparer de Jérusalem Est permet de prendre le contrôle encore plus loin dans les terres du territoire occupé. Enfin, la construction des colonies s’est justement concentrée sur les zones proches de Jérusalem et les terres qui séparent la Ville Sainte de la frontière Jordanienne, comme Maale Adumim, véritable enclave israélienne située à seulement 15 km de la Jordanie. Ainsi, la Cisjordanie est littéralement coupée en deux par les colonies et un contrôle total israélien et les zones israéliennes jouxtent Bethléem.

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8. Pourquoi la création d’un Etat Palestinien n’a pas de sens

En guise de conclusion à cette rubrique, et rejoignant les idées développées par les autres, il nous apparaît important ici d’expliquer pourquoi un Etat Palestinien n’est pas souhaitable et pourquoi la “solution” à “deux Etats” n’est pas une solution.

D’abord, soyons pragmatiques : on vient de voir que les Palestiniens sont parqués et éparpillés sur des territoires morcelés. Il apparaît irréalisable de tracer les contours géographiques d’un Etat. Mais ce n’est pas une raison ni suffisante ni satisfaisante.

La principale raison, c’est que créer un état Palestinien revient à créer une fois de plus des frontières. Les frontières, ça tue. Ça définit des Etats-nations et ça marginalise des communautés.

Ensuite, que signifierait un Etat Palestinien ? Que seuls des palestiniens y vivraient ? C’est tomber dans les mêmes travers que ce que le sionisme a déclenché au Proche-Orient. Et que faire des colons israéliens ? Les expulser des territoires n’est pas forcément la solution car en outre de nombreux israéliens sont désormais nés dans ces colonies. A l’inverse, un Etat Palestinien c’est aussi s’attendre à ce que les Palestiniens de 48 vivant en Israël, c’est à dire les populations autochtones, soient toutes expulsées vers le futur Etat Palestinien…

Et que faire du Golan ? De Jérusalem ? …

Enfin, et surtout, créer un Etat Palestinien, c’est accepter l’Etat d’Israël. C’est accepter les manœuvres de colonisation qui l’ont fondé. C’est accepter l’idée qu’on peut créer des Etats sur des idéologies identitaires comme on veut. C’est accepter que les Palestiniens ont été chassés de cette terre, accepter l’oubli des destructions des 500 villages qui la peuplaient.
C’est accepter l’impérialisme, et normaliser le colonialisme.

Le Golan

Territoire syrien stratégique, annexé en 1981

Le Golan est une région géographique située au nord de la Palestine. C’est un territoire Syrien qui ne fait pas partie géographiquement de la Palestine mais que nous choisissons de développer dans cette rubrique.

Le Golan, peuplé de Syriens, a été annexé unilatéralement par Israël en même temps que Jérusalem en 1981 après sa conquête en 1967. Une petite partie de quelques km du territoire a été “rendue” en 1974 après des combats et est désormais une zone démilitarisée avec présence de l’ONU.

Le Golan est une région stratégique, un plateau de 500 à 1000m d’altitude, surplombant le Liban, le nord de la Palestine, le nord de la Jordanie et le sud de la Syrie. Par temps dégagé, il est même possible d’apercevoir Damas depuis le Golan, située à seulement 50 km. Il en fait donc une place militaire de choix.

Par ailleurs, c’est également au Golan que le Jourdain prend sa source pour se jeter plusieurs kilomètres en aval dans la mer rouge en traversant le lac de Tibériade et la mer morte. Israël a ainsi le contrôle des ressources aquifères. En effet, le fleuve est un enjeu politique majeur. Dès 1949, le pays occupe les zones proches du Jourdain. C’est ainsi que le “plan de partage” de la Palestine de l’ONU offre 300 kilomètres de fleuve aux israéliens contre moins de 100 km aux Palestiniens, alors que ces derniers subsistent dans la partie Est de la région. En 1967, la guerre des Six Jours permet à Israël de s’emparer de la totalité du Jourdain : à la fois de sa source en occupant le Golan mais aussi du reste de son cours aval en envahissant la Cisjordanie, et faisant de la vallée du Jourdain sa priorité coloniale (voir plus haut).

Destruction de la quasi totalité des villages syriens : un véritable nettoyage ethnique.

Source : Al-Marsad, Organisation Syrienne pour les Droits de l’Homme au Golan

30 000 Syriens ont fui le Golan pendant la Guerre des Six Jours et Israël en expulse 90 000 autres, qui n’auront jamais de droit au retour, malgré la résolution 237 de l’ONU. Avant 1967, on comptait environ 130 000 Syriens. Après cette date, ils sont à peine 6000.

En 1981, le territoire est officiellement et unilatéralement annexé, au son des condamnations internationales qui ne resterons que de vaines paroles. Désormais, des dizaines de colonies remplacent les villages syriens, construites parfois sur les ruines même des villages comme la colonie de Nimrod, construite sur le village de Shayda. Cet entreprise de colonisation était programmée, la première colonie (Merom Hagolan) ayant été établie en juillet 1967, soit moins d’un mois après la guerre des 6 jours. Les colonies sont là pour prendre possession de la terre et de ses ressources, elles ont une fonction militaro-économique et participent à entraver la politique de développement urbain des municipalités syriennes.

En rose des colonies israéliennes ; en jaune le périmètre d’une ancienne ville syrienne dont les tracés sont encore visibles.
coordonnées : 33.18616840796844, 35.745085091931436

La ville d’Alkuneitra, est détruite par Israël avant de passer dans la zone démilitarisée en 1974. Les israéliens n’avaient pas encore deblayé la ville. Les syriens l’ont donc laissée en état, pour garder une trace des destructions et crimes israéliens. Depuis, la ville est toujours une ville de ruines fantômes, à la frontière du Golan.

Les réfugiés Syriens du Golan

Les milliers d’habitants expulsés de chez eux réclament toujours le droit au retour. Ils sont réfugiés en Syrie, de l’autre côté de la frontière et viennent régulièrement manifester devant la frontière en face de Madj-El-Shams.

Un épisode marquant des manifestations pour le retour était le 15 mai 2011 : ce jour là, jour anniversaire de la Nakba, Syriens et palestiniens ont réussi à traverser la frontière, qui n’était pas aussi sécurisée qu’actuellement, en face de la ville Druze de Majd El Shams . L’armée israélienne a tiré sur les manifestants, faisant 4 morts. Le 5 juin 2011, lors d’une nouvelle manifestation, l’armée israélienne positionne des tireurs d’élite et tire directement sur les manifestants : 20 morts et plus de 200 blessés.

Cette zone a depuis été ultra sécurisée par les israéliens, prêts à tout pour consolider leur domination du Golan, et fait partie des frontières les plus dangereuses au monde :

un premier grillage électrifié et “connecté” (si quelqu’un le touche, les militaires israéliens sont prévenus et une jeep militaire israélienne arrive instantanément) sur la route située à côté longeant la frontière.

une route militaire où circule des véhicules de l’armée israélienne, à l’instar du “mur” en Palestine. Ce qui permet de voir très bien la frontière sur les images sattelites.

un deuxième grillage électrifié

des mines

un troisième grillage électrifié, beaucoup plus grand, ainsi que des monticules de barbelés tournés vers la Syrie

Une tranchées de mines israéliennes télécommandées, situées totalement côté syrien.

Plus d’un millions de mines antipersonnel posées par Israël

Pour empêcher toute tentative syrienne de reprendre le Golan et dissuader les réfugiés de revenir, Israël y a fait poser des mines. Plus d’1 millions de mines anti personnel jonchent le sol de ce petit territoire. Ces armes sont responsables de dizaines de morts et de mutilations au sein de la population syrienne, majoritairement des enfants, les mines étant principalement disséminées autour de leur village et au niveau des anciens villages détruits.

Certains champs de mines sont si proches des habitations qu’elles explosent dans les jardins, comme au niveau de cette maison, qui a du construire un mur pour empêcher les mines de dévaler la colline et exploser au pied de leur maison.

Par ailleurs, selon l’ONU, l’armée israélienne a laissé derrière elle quelque 400 000 mines antipersonnel dans le sud du Liban qu’elle a occupé jusqu’en 2000. Elle en a également disposé au niveaux des frontières en Cisjordanie et dans le Naqab, estimées à 250 000.

Entre deux colonies au milieu des champs de mines, le paysage du Golan est une désolation : de nombreux restes des villages syriens sont encore visibles, plus ou moins bien rasés. Parfois, certaines ruines servent de terrain pour l’entrainement militaire de l’armée israélienne. Comme ici, avec cette ancienne mosquée.

Les habitants du Golan : “Nationalité Indéfinie”.

Comme détaillé plus haut, 5 villes ont résisté aux destructions israéliennes et plusieurs milliers d’habitants ont réussi à rester au Golan. Seulement, ils sont syriens et refusent d’être intégré à Israël. Israël par ailleurs, ne leur offre pas la nationalité, les habitants étant Druzes (voir plus haut). Les habitants syriens du Golan détiennent donc une carte avec le statut de “résident permanent” qui peut être révoqué à tout moment par Israël (par exemple, pour un simple voyage dans un pays étranger désapprouvé).

“place of birth : ISRAEL”
“Nationality : UNDEFINED”

Ce statut signifie que les Syriens n’ont droit qu’à un ‘Laissez-Passer’ israélien, qui ne reconnaît pas leur légitimité à habiter le territoire. Ils n’ont pas de réel passeport : il s’agit d’un “Travel Document” délivré par Israël sur lequel on peut d’ailleurs remarquer qu’ils n’ont pas la nationalité israélienne : Etant nés dans le Golan, il est inscrit “né en Israël” mais pas israélien donc “Nationality Undefined” : nationalité indéfinie.

Considérés comme indésirables sur leurs propres terres, ils ne jouissent pas des mêmes droits que les colons israéliens, dans une situation relativement semblable aux palestiniens de Cisjordanie. Par exemple, alors que les colons ont un accès illimité à l’eau, les syriens sont rationnés. On retrouve aussi dans le Golan les mêmes mécanismes de ségrégation spatiales et économiques, et de colonisation territoriale que vus précédemment en Palestine.

Ainsi, les Syriens n’ont plus le droit de disposer des ressources d’eau des lacs qui appartiennent aux colons. En 1984, en réponse, les Syriens ont construits 650 réservoirs pour récupérer l’eau de pluie, mais en 1986, la Knesset fait passer une loi obligeant les Syriens à obtenir 5 permissions provenant de 5 autorités différentes (militaire, planification, archéologie, environnement, eau) pour pouvoir construire un tank à eau. Car selon la loi israélienne toute l’eau, même l’eau de pluie, appartient à l’Etat.

Certains des 650 tanks à eau ont été détruits par l’armée israélienne et les syriens ont même dû payer une amende pour les avoir construits, tandis que les colonies israéliennes du Golan ont le droit de construire leur propre infrastructure de récupération d’eau et ne sont pas rationnés par les autorités, ce qui leur permet d’avoir de très bonnes productions agricoles.

Israël : un Etat d’apartheid

La discrimination israélienne se fonde sur la nationalité et non sur la citoyenneté. On peut donc être Israélien et être discriminé comme non-juif. En 2021, Israël continuait d’imposer une discrimination institutionnalisée aux Palestiniens et Palestiniennes vivant sous son autorité en Israël et dans les territoires palestiniens occupés, tout en poursuivant sa politique de déplacements forcés systématiques avec la vague de démolitions d’habitations palestiniennes.

En Cisjordanie, les symptômes de l’apartheid

7 octobre 2003
Le général Ilan Paz, commandant l’Administration civile en Cisjordanie rend publique des directives qui font obligation aux quelques 5.000 Palestiniens résidant dans les “zones militaires fermées” des régions de Jénine, Tulkarem et Qalqilya, de demander à l’armée des “permis verts” pour continuer à y vivre. Les permis sont valables un an.

En Cisjordanie, les palestiniens subissent aussi harcèlement et répression coloniale : les maisons des familles de prisonniers palestiniens sont dynamitées. Les villages sont aspergés d’eau nauséabonde, qui sent l’animal mort et les excréments humains, une punition collective comme Israël sait faire, à “l’eau de putois”, qui imprègnent maisons et vêtements pendant plusieurs jours. En 2014, Israël avait aspergé quotidiennement les maisons palestiniennes de Jérusalem-Est et sur les manifestants opposés à l’intervention à Gaza, rendant certains quartiers irrespirables.

Hébron, forteresse coloniale

Hébron est une ville du sud de la Cisjordanie. Historiquement, la ville abrite le tombeau des patriarches, où reposeraient Abraham & Sarah, Isaac & Rebecca, Jacob & Lea, et Adam & Eve, ce qui en fait un grand lieu saint pour les trois principales religions monothéistes.

A la fin des années 1970, une colonie israélienne s’y est implantée, faisant d’Hébron la seule ville de Cisjordanie colonisée « de l’intérieur ».

En 1997, Hébron est séparée en 2 au profit d’Israël, qui investit la ville autour du tombeau des patriarches : c’est la zone H2. Des centaines de commerces et d’appartements Palestiniens sont ainsi expulsés et fermés. Des bâtiments palestiniens sont dynamités pour sécuriser la colonie israélienne. La vieille ville d’Hébron ressemble à une ville fantôme, hormis quelques colons qui ont pris possession des logements expulsés. La grande artère qui traverse la zone H2 est la plus célèbre : Shuhada Street qui a donné le nom à la campagne “open shuhada street“.

Toute la vieille ville est bunkerisée par une vingtaine checkpoints permanents protégeant la colonie et régissant la vie des Palestiniens au gré des couvre-feux et des bouclages aléatoires. Par ailleurs, si la zone H2 est cadenassée par les israéliens, plusieurs centaines de Palestiniens y vivent encore. Tous les jours, ils doivent franchir les checkpoints et se soumettre aux stricts contrôles de l’armée israélienne pour sortir : faire les courses, aller prier… même les enfants sont contrôlés par des soldats armés pour aller à l’école (et ne peuvent pas y aller quand le checkpoint ferme).

 La ségrégation est bien visible et la vie des palestiniens est rythmée par les tensions, violences et humiliations.

Pendant ce temps, les colons israéliens bénéficient d’un régime ultraprotecteur. Ils peuvent traverser les checkpoints sans problèmes et déambuler où bon leur semble. Les colonies qui bordent la zone H1 lancent leur détritus sur les rues palestiniennes ; de ce fait, tout un ensemble de rues commerçantes de Hébron a du se grillager… Le racisme et la segregation sont devenus banals.

Les colons de Hébron sont parmi les plus violents et les plus armés de Cisjordanie. Ils attaquent régulièrement les habitations palestiniennes à proximité et organisent même des raids dans les rues commerçantes, protégés par l’armée israélienne. Certains français participent à ces attaques notamment des membres de la LDJ (voir plus bas). Ils ne sont jamais inquiétés.

Depuis 1997, il existe une présence d’observateurs internationaux à Hébron (le TIPH : Temporary International Presence in Hebron, issue de 6 pays : Norvège, Turquie, Suisse, Danemark, Italie, Suède.). Ils ont rapporté plus de 40 000 incidents majeurs contre l’Etat d’Israël mais aucun n’a pu faire l’objet de poursuites… En 2019, Netanyahu refuse de leur renouveler leur permis de présence et ils sont obligés de quitter la ville. L’apartheid s’effectue depuis en huis clos dans l’indifférence

La violence des colons

Comme vu plus haut, les colons en Cisjordanie et au Golan pour la plupart le sont dans des colonies de “peuplement”, grâce à des avantages financiers notamment employés par Israël pour encourager la colonisation. Bien que beaucoup d’Israéliens approuvent la colonisation en affirmant que la terre de Palestine leur revient pour des questions théologiques, ils ne sont pas tous violents ou hostiles aux palestiniens, contrairement à une frange nationaliste très présente parmi les colons déterminés à expulser les Palestiniens par la violence.

Les actes de violence des colons contre les Palestiniens sont très fréquents en Cisjordanie. Il s’agit de champs d’oliviers brulés jusqu’aux raids ultra violents et aux meurtres de familles entières. Nombreuses associations internationales proposent par exemple d’aller cueillir des olives avec les Palestiniens : non pas pour servir de main d’œuvre, mais parce que la présence d’internationaux interdit aux colons de tirer sur les Palestiniens…

Des centaines d’oliviers brûlés près de Naplouse, le 19 juillet 2020.
Les colons lancent des pierres sur les maisons palestiniennes à Hébron. L’armée israélienne (à gauche) laisse faire. (source)

Selon le bureau des affaires humanitaires de l’ONU, en 2019, les colons israéliens ont :

  • – brûlé 1133 oliviers
  • – saccagé ou endommagé plus de 4000 commerces
  • – rasé au moins 40 hectares de terres agricoles.

Les colons ne sont pas ou peu poursuivis lorsqu’ils commettent des attaques contre les Palestiniens. Mais si c’est le cas, ils sont jugés par un tribunal civil complaisant (tandis que les Palestiniens, sous régime d’occupation, sont systématiquement jugés par un tribunal militaire impitoyable). Et les attaques sont louées et félicitées, par une partie de l’opinion public et par le gouvernement israélien lui même ! Et que dire du traitement médiatique en France et en Europe… les colons violents sont caractérisés “d’extrémistes juifs” tandis qu’un Palestinien, qu’il jette une pierre ou lance une roquette est cité comme… “un palestinien”.

Une idée de la connivence des autorités :

Par exemple, le 25 février 1994, Baruch Goldstein, un colon israélien, entre dans le tombeau des patriarches de Hébron et tire sur des Palestiniens musulmans en pleine prière faisant 29 morts, avant d’être neutralisé et tué. Aujourd’hui, sa tombe est un haut lieu d’hommage : symbole du mépris des colons aux vies palestiniennes.

En France, le régime d’apartheid d’Israël, les colons et ces méthodes fascistes sont soutenus par la LDJ (Ligue de Défense Juive), un groupe d’extrême droite ultra violent. Ils ne cachent pas leur volonté de violence et ont été plusieurs fois à l’origine d’agressions contre des militants de solidarité avec la Palestine. Ils sont protégés par Israël et jouissent d’une impunité et d’une mansuétude ahurissante des institutions françaises. En 2012, deux membres reconnus coupables d’un attentat à la bombe contre Jonathan Moadab (un journaliste qui avait critiqué la politique israélienne sur son blog), ont été condamnés à…quelques mois de prison seulement !

Mainte fois demandée par les ONG, la dissolution de la LDJ n’a jamais été acceptée par l’Etat français …

A Jérusalem, l’effacement de l’existence palestinienne

Depuis l’occupation de la ville en 1967, les Palestinien-ne-s de Jérusalem n’ont qu’un “droit de résidence” dans la ville contrairement aux israéliens qui s’y installent et qui sont considérés directement comme des habitants. Ce “droit” de résidence leur est régulièrement retiré, dans le but de modifier la démographie de la ville en y expulsant administrativement la population Palestinienne.

La “loi d’Entrée” en Israël permet à Israël de justifier une fois de plus par voie pseudo-juridique, de résilier ce statut de résident permanent sur la base des critères suivants :

– vivre à l’étranger pendant plus de sept ans –
– obtenir une nationalité étrangère ou un permis de résidence permanent à l’étranger –
– ne pouvoir prouver un « centre de vie » en Israël –
– et « rompre l’allégeance » à Israël. –

Rien que ça.

L’aménagement urbain est également conçu de manière à être discriminatoire, limitant la croissance de la population palestinienne, tandis que le droit israélien rend difficile aux Palestiniens de rester dans la ville ou de s’y installer (voir rubrique “Palestine, un espace fragmenté : Jérusalem”)

Pour réduire la présence palestinienne à Jérusalem, les autorités israéliennes n’accordent également que très peu de permis de construire aux palestiniens. Leurs maisons sont détruites au motif qu’elles sont souvent illégales. L’injustice atteint son comble lorsque Israël demande aux palestiniens de payer la destruction de leur maison ! Les Palestiniens préfèrent donc la détruire eux même … (voir le reportage de VICE à ce propos)

Ainsi, Richard Falk, rapporteur de l’ONU, avait alerté sur le nettoyage ethnique à Jérusalem, dénonçant l’expulsion de 11 000 Palestiniens de la ville en 15 ans et le recours excessif à la force.

Quand ce n’est pas l’armée israélienne, ce sont les colons, armés ou sous protection de l’armée, qui viennent expulser et exproprier directement les Palestiniens pour prendre leur maison : ils s’emparent des maisons palestiniennes de Jérusalem pour y créer des colonies et sont soutenus par l’Etat.

L’objectif colonial de remplacement de la population est clairement assumé. Toute trace de ce qui est arabe ou Palestinien doit être éliminé. Ainsi à Jérusalem et dans le reste d’Israël, il est ainsi interdit d’afficher un drapeau Palestinien. Le risque est d’être arrêté, comme cet adolescent :

Les panneaux des rues de Jerusalem sont systématiquement dégradés pour effacer le nom de la rue en arabe. Simple autocollant sioniste ou carrément faïence cassée au marteau. Depuis 2018 et la loi “Etat Nation” définissant Israël comme pays du peuple juif seulement, l’arabe a été supprimé des langues officielles du pays.

Maison après maison, les quartiers arabes de la ville sont occupés et les palestiniens expulsés. Il est clairement affiché les motivations d’occupation de ces maisons et de colonisation du quartier.

Sur les toîts de chaque nouvelle colonie au sein de la vieille ville, un poste de gardes armés…

Les palestiniens n’ont pas le droit d’agrandir leur maison. Pour détourner l’interdiction, ils utilisent donc des grilles en guise de sol pour leur maison

Jérusalem est une ville qui a connu de nombreuses civilisations (cf 1ere rubrique) qui se sont souvent construites les unes sur les autres. C’est ce qui fait de cette ville une des plus riches culturellement. Il n’est donc pas rare retrouver des vestiges des anciennes civilisations comme ces ruines. Elles sont d’origine Ommeyyade et Byzantines (environ 7e siècle), c’est à dire absolument sans intérêt pour Israël qui cherche à prouver que seul le Royaume d’Israël a eu une existence légitime sur Jérusalem et que cette ville lui appartient. Ces ruines sont donc vouée au bétonnage pour en faire un parking.

Les prisonniers palestiniens : justice militaire, machine de répression.

Les Palestiniens et Palestiniennes sont arrêtés en masse par l’occupation israélienne, une mesure de répression intense. Ils sont détenus dans des prisons israéliennes, loin de Gaza et de la Cisjordanie et privés des visites régulières de leur famille. Chaque famille palestinienne a déjà eu un membre enfermé dans les geôles israéliennes. En 2020, on comptait 4500 détenus dont 170 enfants. Les Palestiniens sont arrêtés le plus souvent sans aucun motif et en pleine nuit, lors de raids nocturnes volontairement traumatisants de l’armée israélienne dans les villages palestiniens. Les palestiniens sont aussi arrêtés avec les yeux bandés. Régulièrement, les prisonniers palestiniens entament des grèves de la faim, auxquelles Israël reste sourd.

Détention “administrative”

C’est une procédure permettant d’emprisonner sans que l’Etat n’engage de procédure pénale utilisée par les autorités israéliennes pour jeter en prisons des personnes sans inculpation ni procès pour une durée indéterminée, en invoquant des « détenus de sécurité ». Parmi eux, de nombreux mineurs.

Cette pratique contre les Palestiniens est utilisée par Israël depuis des décennies en parallèle au système judiciaire et vise surtout les militants et militantes palestiniennes : une forme d’emprisonnement permettant de détenir arbitrairement des prisonniers politiques.


Ci-dessus la prison d’Ofer, où sont enfermés des centaines de personnes en “détention administrative”. En 2016, Georges Fenech, député, étudiait la procédure de détention administrative dont Les Républicains prônent l’adoption par la France, revendiquant l’application de la détention administrative en France comme un “Guantanamo à la française”.

“Tribunal” militaire

Les Palestiniens sous occupation sont jugés par un tribunal militaire israélien (les colons, eux relèvent du tribunal civil israélien…). On vous laisse apprécier la qualité de la “Justice” dans un tel contexte. Israël est pourtant fier d’affirmer que les tribunaux militaires ont un taux de condamnation de 99,7%. Ce sont des tribunaux fantoches surtout utilisés comme un outil de domination et d’extension de la souveraineté israélienne dans les territoires palestiniens occupés. Le tribunal militaire prévoit même des condamnations à perpétuité pour les enfants.

Torture

La torture, maintes fois dénoncé par les ONG, est une réalité dans les prisons israéliennes (lire les témoignages recueillis par Amnesty international). Elles concernent tous les prisonniers palestiniens, enfants comme adultes. Elle est quasi légalisée par Israël qui justifie régulièrement avoir autorisé le Shin Bet à recourir à des « mesures extraordinaires », prévues par la loi…

La multiplication des Etats de Stress Post-Traumatique parmi les Palestiniens a mené à la création d’un réseau de psychologues et de psychiatres et un centre de réhabilitation à la torture en Cisjordanie.

Wael Dawabsheh, psychologue, décrivait : Les types de torture utilisés par les Israéliens sont à la fois physiques et psychologiques. La principale méthode de torture utilisée actuellement par les Israéliens est l’isolement des prisonniers dans une petite pièce sombre et sale pendant plusieurs jours ou semaines avec les soldats qui leur crient continuellement des insultes. Ils leur attachent les mains et se couvrent le visage avec des sacs sales ou des bandeaux. Une autre méthode de torture est d’attacher les prisonniers avec leurs mains derrière le dos et de les mettre sur une très petite chaise – s’ils bougent du tout dans n’importe quelle direction, ils tomberont. Ils mettent les gens dans cette position pendant de nombreuses heures. Ou ils maintiennent le prisonnier debout pendant longtemps au soleil ou sous la pluie. D’autre violations des droits humains sont pratiqués par les israéliens : ils n’autorisent pas les prisonniers à voir leurs avocats ou leurs familles pendant plusieurs semaines ou mois voir des années. La nourriture est sale et mauvaise. Les prisonniers n’ont pas non plus de salle de bain, ils doivent utiliser un seau à la place. Ils ne leur permettent pas non plus de se laver plusieurs jours et même lorsqu’ils le font, ce n’est que pour quelques minutes, sans intimité.

“Soit tu partiras paralysée, soit tu iras à l’hôpital psychiatrique”. Mays Abu Ghosh, étudiante Palestinienne en journalisme, de 22 ans, a été emprisonnée par Israël sans inculpation ni procès pendants 15 mois (détention administrative). Elle militait pour faire connaître les luttes des prisonniers politiques palestiniens et des réfugiés. Libérée en novembre 2020, elle raconte les tortures psychologiques et physiques dans les prisons israéliennes.

Rétention des corps, destructions de maisons : punitions collectives

Lorsqu’un prisonnier palestinien meurt dans les geôles israéliennes, il est coutume pour Israël de ne rendre le corps à sa famille qu’une fois qu’il a “terminé” la durée de sa peine fixée par la pseudo justice militaire israélienne. Donc parfois après des années… Cette pratique est utilisée par Israël depuis les années 1960. Les endroits où sont retenus les corps par Israël sont appelés « cimetières des nombres », car ils sont désignés sous un numéro et servent parfois de “monnaie d’échange”.  

Khaled al-Bahar, 15 ans, a été abattu par des soldats israéliens en 2016 après qu’il leur eu lancé des cailloux. Son corps n’a été rendu à la famille que plusieurs mois plus tard, après que celle ci ait mobilisé les ONG.

En septembre 2020, Israël annonce que les corps des Palestiniens tués ne seront plus rendus à leur famille. Une manœuvre cruelle qui punit toute une famille et prend en otage tout un peuple.

Parmi les punitions collectives, lorsque des Palestiniens suspects de violence envers des Israéliens, l’armée israélienne s’emploie à détruire systématiquement la maison familiale à coup de bulldozer. Israël justifie ces destructions visant à “frapper les esprits” des familles, au mépris de leur innocence et de la présence d’enfants.

Bien évidemment, cette politique ne s’applique qu’aux palestiniens, pas aux israéliens et indique qu’il est légitime de faire souffrir des innocents pour décourager les palestiniens. Israël n’est pas en guerre contre des palestiniens qui commettraient des attaques, comme nous le présentent les médias : mais contre la société palestinienne dans son ensemble.

Les enfants : cibles majeures de la répression

Les enfants ne sont pas épargnés par les atrocités de l’occupation militaire et la répression israélienne. De janvier à octobre 2020, les autorités d’occupation israéliennes ont arrêté plus de 400 enfants, et environ 7 000 depuis 2015. En moyenne,  environ 700 enfants et jeunes palestiniens sont détenus dans les prisons israéliennes chaque année. Ils sont arrêtés et emprisonnés parfois pour avoir lancé des cailloux contre des blindés israéliens mais aussi par pure répression, pour faire pression sur leur famille…

Ahed Tamimi a contribué malgré elle a médiatiser en occident la situation des enfants et adolescents prisonniers palestiniens, lorsqu’elle a été arrêtée en décembre 2017, en pleine nuit chez elle, pour avoir bousculé un soldat Israélien, quelques heures après que son cousin ait été gravement blessé à la tête par un tir israélien. Elle restera enfermée 7 mois. Elle manifestait régulièrement avec ses parents contre la confiscation des terres au profit de l’expansion illégale des colonies et contre l’exploitation des ressources naturelles pour ces colonies, notamment le puits de son village de Nabi Saleh. Son visage juvénile mais serein devant la cour militaire est également devenu un symbole de résistance ancré dans tous palestiniens, des enfants aux personnes âgées. Comme tous les Palestiniens qui sont “jugés” par cette cour militaire, elle a plaidé coupable car il est impossible de se défendre conformément aux normes du droit, et le “tribunal” entérine cette pratique, très commode.

En 2013, l’UNICEF rapportait les mauvais traitements « institutionnalisés » sur les mineurs par la “justice” militaire israélienne et l’ONG israélienne B’Tselem souligne la continuité de ces abus depuis que cette justice des mineurs est apparue en 2009 : arrestations de nuit, isolement, menaces, abus verbaux et parfois physiques… Il est même prévu par la justice militaire israélienne, la peine à perpétuité pour les enfants. Et il n’y a pas de limite d’âge : sur cette vidéo par exemple, des soldats viennent arrêter un enfant de 10 ans dans son école et frappent le directeur. Sur cette autre vidéo, un soldat tire sur des enfants à travers les barreaux de la fenêtre d’une école… (cf le rapport du bilan 2020 des abus contre les enfants par l’ONG Défense The Children)

L’UNICEF dénonce également la mort des enfants en Palestine tués par Israël, ainsi que les nombreux blessés et l’usage de la force par l’armée israélienne en territoire occupé. Elle dénonce également “le fait qu’aucune poursuite n’ait été engagée après le meurtre d’enfants”. L’UNICEF cite notamment l’exemple d’une adolescente de 17 ans emmenée par des soldats israéliens pour une fouille à un checkpoint près de Hébron, dans le sud de la Cisjordanie avant d’être abattue d’au moins cinq balles.


Selon l’ONG Defense for Children International Palestine, Israël tue un enfant Palestinien tous les 3 jours, dans l’indifférence générale

En Palestine 48

La ségrégation a commencé dès le mandat Britannique (voir rubrique “aux origines du conflit”). Elle se poursuit actuellement par le gouvernement israélien par des politiques discriminatoires que ce soit dans les domaines de l’immobilier, de l’éducation, de l’économie ou de la reconnaissance légale. Ces politiques racistes sont banalisées et institutionnalisées en Israël et clairement assumées. 

Les Palestiniens vivent dans les villes arabes en Israël (Nazareth, Umm-El-Fahm…), ou les villes dites “mixtes” (Haïfa, Jaffa, Saint jean d’Acre…). Logiquement, ils sont principalement répartis dans les centres et les vieilles villes de ces localités, reprises par les Israéliens.

La population palestinienne dans les frontières d’Israël représente aujourd’hui environ 20% de la population. Ils sont issus des habitants d’origine des localités où ils vivent (Nazareth…etc), ou bien ce sont des “réfugiés de l’intérieur” (cf rubrique “Les réfugiés Palestiniens”). Par définition, ils appartiennent à toute autre communauté juive : Chrétiens, Musulmans, Bédouins, Druzes, Bahaï…  60 % de ces familles arabes vivent au-dessous du seuil de pauvreté.

En 2018, le parlement israélien fait voter la “Loi Etat-Nation” : cette loi ne reconnaît le droit à l’autodétermination qu’aux juifs, pour raisons “historiques et religieuses”, légalisant la discrimination envers les non juifs. Elle officialise le statut des Palestiniens comme citoyens de seconde zone en Israël. Elle retire par ailleurs l’arabe des langues officielles et garantit la construction de nouveaux quartiers basés sur la religion et la nationalité, c’est-à-dire exclusivement juifs. Légalement, les villes israéliennes peuvent donc refuser des appartements à des non-juifs, refuser les permis de construire (poussant les Palestiniens à construire sans déclaration au risque de voir leur maison détruite) et même interdire l’accès aux écoles pour les enfants palestiniens

La communauté palestinienne devenue minoritaire en Israël est ainsi invisibilisée, et son identité effacée, à l’instar de la langue arabe qu’Israël veut faire disparaître.

La loi affirme aussi que “L’Etat considère le développement d’implantations juives comme une valeur nationale et fera en sorte de l’encourager et de le promouvoir. » : Nous sommes dans une vraie législation de la colonisation, assumée et légitimée.

En bref, la démocratie en Israël n’existe que pour les citoyens Juifs.

A Jaffa par exemple : La ville est l’ancien grand port de commerce entre l’orient et l’occident qui faisait rayonner la Palestine. La Nakba a conduit, comme ailleurs, à un exode massif de la population : estimée alors à 70 000 personnes, la population arabe de la ville à Jaffa est réduite à 3 800, confinée dans le « ghetto » d’Ajami (quartier historique principalement chrétien) puis les émissaires du premier gouvernement israélien s’emparent des maisons abandonnées en vertu de la “loi des Absents” (voir rubrique “Nakba”). Depuis, la ville subit une véritable gentrification ethnique : dès les années 70, Shlomo Lahat, maire de la ville, proclamait ouvertement qu’il voulait “judaïser Jaffa“. Il fait raser plusieurs milliers d’habitations pour reconstruire des neuves accessibles qu’aux familles juives.

Ainsi la famille Shaya, qui vit à Ajami s’est vue être redevable à l’Etat de 40% de sa maison car Israël a considéré que 3 membre de la famille sur 7 étaient réfugiés au Liban et donc… absents.

La “justice” israélienne va même jusqu’à empêcher les enfants Palestiniens d’aller à l’école pour “préserver le caractère Juif des villes israéliennes”, comme à Carmiel « une ville juive créée pour renforcer la présence juive en Galilée ». Israël joue aussi sur le fait que la population “arabe” représente un danger pour la sécurité : ainsi, dans un sondage en 2015, 58% des Juifs approuvent ainsi la décision du maire de la grande ville d’Ashkelon d’interdire aux citoyens arabes d’Israël de travailler à proximité de jeunes enfants…

Même dans les hôpitaux, milieu relativement épargné par les discriminations, certains réclament une ségrégation franche entre israéliens et palestiniens comme le député Betzalel Smotrich, appartenant à la coalition gouvernementale, qui disait “Il est tout à fait naturel que ma femme ne veuille pas partager la chambre de quelqu’un dont le fils pourrait avoir envie de tuer son fils dans vingt ans

A Saint Jean d’Acre, très vieille ville palestinienne multiconfessionnelle, c’est le même cauchemar pour les Palestiniens, qui représentent aujourd’hui 28% des habitants. Des arrêtés municipaux, comme dans d’autres villes, interdisent la vente de logements à des non-juifs. Le maire voyage plusieurs fois par an à l’étranger pour aller convaincre des familles juives de s’établir à Saint-Jean d’Acre et la municipalité est financièrement aidée par l’Etat (via le ministère de l’Aliyah et de l’intégration qui annonce fièrement à la diaspora juive vouloir encourager son “retour en Israël”). Les agents immobiliers vantent les belles demeures «ottomanes», sans préciser qu’elles ont appartenu à des palestiniens…

Le cas de “Nazareth Illit” : cette ville a été fondée en 1956 par David Ben Gourion lui même pour endiguer le développement de Nazareth et étouffer la ville, afin de faire de Nazareth Illit la nouvelle capitale de la Galilée. Nazareth illit a ainsi été établie sur des terrains appartenant à des propriétaires arabes expropriés dans le but d’accueillir des immigrants Juifs (cf. rubrique “Nakba”), notamment russes, et de développer le peuplement juif de la Galilée. Aujourd’hui, elle compte près de 50 000 habitants, pompe toujours les ressources de Nazareth pour appauvrir la ville arabe et…est honteusement jumelée avec Saint Etienne.

Les bédouins du Néguev : dès 1948, le tout nouvel État d’Israël déclare que 85% du désert est désormais “terre d’État”. À partir de ce moment, toutes les habitations et l’agriculture palestinienne, majoritairement bédouine sur ces terres sont rétroactivement considérées comme illégales et les habitants sont expulsés surtout vers le nord, aux confins de la Cisjordanie. Mais les bédouins, organisés en société rurale, ne s’étaient jamais enregistrés auprès de l’autorité coloniale britannique avant 48 : Israël se sert de ce prétexte pour affirmer qu’ils n’ont aucun droit en Palestine et justifier les démolitions successives des villages bédouins, dans une cruelle entreprise de dépossession. Ce sont des “villages non reconnus”, qui n’ont droit d’accéder à aucun service (eau, électricité…).

Le village d’Al Araqib est un village de bédouins sédentarisés, autour d’un puit foré en 1913. Le cimetière date de 1914. Mais Israël le considère comme illégal et procède à la démolition régulière des petites habitations. Le chef du village, qui s’est opposé, a été emprisonné.
Un homme assis sur les ruines de sa maison dans le village bédouin non reconnu de Wadi Al Na’am quelques heures après sa démolition par les autorités israéliennes. Wadi Al-Na’am est le le plus grand village non reconnu d’Israël, avec environ 13 000 habitants, dont la plupart sont des réfugiés de l’intérieur en provenance d’ailleurs en Israël/Palestine 48. (source 972mag)

Il en va de même pour celles et ceux qui osent avoir des mariages mixtes (“Juif.ve” avec “Arabe”). Ces liaisons sont considérées comme impures et les israéliens (et israéliennes surtout) sont dénigré.es. Les mariages “mixte” entre israélien.nes et palestinien.nes sont ainsi rare et font régulièrement l’objet d’un mépris hors norme dans la société israélienne. Plusieurs histoires d’amour ont choqué ce pays raciste comme celui de Lucy et Tsahi (cf ci-dessous), Ilana et Muhi, ou encore Mahmoud et Morel contre lesquels des israéliens ont même manifesté devant la réception en criant “mort aux arabes”, le tout validé par les médias et la politique nationaliste.

Le mariage de Lucy et Tsahi a été dénoncé jusque dans les hautes sphères politiques. Lucy, journaliste dans une télévision israélienne, a été virée de son travail plus tard.

De la maternelle à la faculté, une ségrégation raciale

Dans le sillage de la loi Etat nation et de la politique discriminatoire en Israël, les écoles et les universités sont séparées… : les Juifs vont dans les écoles juives et les Palestiniens, dans des écoles Palestiniennes. Les établissements “mixtes” et bilingues se comptent sur les doigts d’une main… Le système éducatif israélien est immanquablement inégal. Peu financées, les écoles palestiniennes ont du mal à fournir et beaucoup d’élèves finissent par abandonner, pérennisant comme prévu la précarité de la population palestinienne en Israël.

Dans les livres scolaires, l’histoire est réécrite. Israël est présenté comme un Etat dont les terres de Palestine lui ont toujours appartenu car elles reviennent au seul peuple juif (cf deuxième rubrique), et les palestiniens en sont le danger. On leur explique même que s’ils ne veulent pas que le peuple juif subisse à nouveau la Shoah, c’est une question de survie que d’expulser et combattre les Palestiniens qui sont “sur nos terres”. Les jeunes israéliens acceptent donc d’autant plus facilement d’être inclus dans le service militaire plus tard pour “défendre la nation”… Par ailleurs, l’enseignement de la Nakba est interdit depuis la loi de 2011, sous peine de sanctions, interdisant également  les commémorations liées à cette journée.
L’occupation et la colonisation, lorsqu’elles sont enseignées, sont présentées comme légitimes. Tout manuel d’histoire ou de géographie doit recevoir l’approbation du ministère de l’Éducation, et le point de vue palestinien y est toujours censuré. La Cisjordanie est nommée “Judée et Samarie” en références aux termes Bibliques du Royaume d’Israël et les cartes d’Israël incluent le Golan et ne montrent pas la ligne verte. Il n’est dit nulle part que le pouvoir israélien contrôle la vie de plusieurs millions de Palestiniens ni qu’ils n’ont pas les mêmes droits que les israéliens… etc.

Ainsi, les initiatives de paix entre les communautés – comme Neve Shalom, village où vivent harmonieusement Palestiniens et Israéliens – sont à encourager mais ne résolvent pas la problématique de base : la question n’est pas de pouvoir habiter dans un même endroit, mais d’avoir les mêmes droits.

Discriminations parmi les israéliens

Le racisme israélien ne s’arrête pas là : au sein de la communauté juive, ce sont principalement les Ashkenazes (originaires d’Europe, blancs) qui sont les plus privilégiés. Les autres communautés juives sont reléguées au second plan. Ainsi, les Juifs Séfarades (du Maghreb), ont par exemple été discriminés dès leur immigration en Israël, contrôlées par Ben Gourion, forcés à aller peupler le désert du Neguev, dans l’intérêt unique des Ashkénazes.

Les juifs Falasha (originaires d’Afrique de l’Est), noirs, sont les plus discriminés. Reconnus seulement comme Juif.ves en 1975 par les “autorités religieuses”, leur immigration en Israël est plus récente et ils sont régulièrement rejetés. En 2013, Israël a dû avouer que les femmes Falasha avaient subi des contraceptions forcées dans les camps de transit pour avoir le droit d’immigrer en Israël.  

Actuellement ils sont environ 152 000, parmi les plus pauvres de la population israélienne et subissent toujours quotidiennement le racisme de la société israélienne : enfants refusés dans les écoles parce que noirs, don du sang refusé parce que noirs, logement refusé parce que noirs, violences policières, travail mal payé…etc.

En témoigne cette affiche, qui propose des femmes de ménage dont le prix varie en fonction… de leur origine.

Cette affiche annonce 49 shekels par heure (11 euros) pour une employée juive d’origine africaine, 52 shekels (12 euros) pour une employée blanche non juive, et enfin 69 shekels par heure (16 euros) pour une employée ashkénaze (blanche et juive).

L’exploit d’allier sexisme, misogynie et racisme décomplexé.

Le service militaire, embrigadement des jeunes pour développer la haine “anti arabe”.

Comme toute la société israélienne, l’obligation du service militaire est basée sur l’appartenance communautaire ethnique et religieuse : le service militaire est obligatoire pour tous juifs à 18 ans, – mais pas les ultra-orthodoxes – et les Druzes, 2 ans pour les filles, 3 ans pour les garçons. Israël est une société militaire.

A 18 ans, l’Etat hébreu apprend ainsi à sa jeune population à manier des fusils d’assaut, à obéir et à protéger les colons, à gérer les checkpoints, mais aussi à mourir pour sa patrie, comme le rappelle le cas Gilad Shalit, ce jeune israélien enlevé par les combattants palestiniens en 2006 : à sa libération en 2011, après avoir été accueilli en héros, il est accusé de s’être fait laisser capturer sans résistance. Lors de sa capture, il avait seulement 19 ans, ses deux coéquipiers venaient d’être abattus en sortant du tank, Gilad Shalit a naturellement préservé sa vie dans une situation où il n’y avait pas d’issue victorieuse pour lui : il sera honni pour ce comportement par la société israélienne. Une société où il est plus grave de sauver sa vie plutôt que d’en ôter d’autres.

Il arrive régulièrement aux soldats Israéliens de cometre des exactions ou des actes de torture, comme tirer gratuitement sur les palestiniens (par exemple ici, ici, ou encore ATTENTION images choquantes), renverser des personnes handicapées ou prendre des photos tout sourire devant les prisonniers palestiniens ou des cadavres, comme des trophées de chasse (ici ATTENTION images choquantes).  Une attitude qui est devenue une norme dans l’armée israélienne, consistant à traiter les Palestiniens comme des objets et non des êtres humains. La fierté de les humilier n’est même pas remise en cause, tellement c’est accepté, les jeunes israéliens ne comprennent même pas ce qu’ils font de mal.

Yehuda Shaoul, président de l’ONG “Breaking the Silence“, est un ancien soldat de l’armée israélienne et dénonce ces comportements. “C’est la norme dans l’armée israélienne et une conséquence directe du fait de se trouver à un endroit où vous contrôlez des civils au quotidien” ; “Jouer avec des prisonniers est un phénomène dont nous avons des dizaines de photos. C’est la réalité, c’est la nature de l’occupation”.

Exécutions, agressions, pillages, racisme et vandalisme, les témoignages sont nombreux concernant les crimes de l’armée israélienne :

“Dans nos règles d’engagement, il est dit que le meneur de la manifestation, on peut tirer dessus (…) Personne ne remet ça en cause, ce sont les instructions de l’armée.”

 (“Gaza, une jeunesse blessée” dans Envoyé spécial le 11 octobre 2018)

“les règles d’engagement dispensées aux soldats sur le terrain consistaient à ouvrir le feu, ouvrir le feu partout”

“Deux femmes marchant dans un verger avaient été repérées puis tuées simplement parce qu’elles étaient trop près des lignes israéliennes” “Elles ont quand même été listées comme terroristes. On leur avait tiré dessus, alors évidemment elles devaient être des terroristes”

(Source)


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Des jeunes israéliens en service militaire effectuant une “sortie” à Jérusalem, devant le mur des lamentations, fier.es d’arborer leur M16.

Certains jeunes israéliens ont le courage de refuser de “servir” dans l’armée. Mais ils sont systématiquement intimidés, réprimés, marginalisés, leurs famille menacés et surtout emprisonnés.

Plusieurs ont été emprisonnés, à 18 ans, 19 ans, pour simplement avoir refusé d’entrer dans l’armée israélienne. C’est le cas des jeunes israéliennes comme Maya Brand-Feigenbaum, Tamar Alon, (emprisonnée 5 fois) Tamar Ze’evi (emprisonnée 5 fois), Tair Kaminer, Atalia Ben Abba, Omer Goldman, Omri Baranes, Hallel Rabin (emprisonnée 4 fois)… et beaucoup d’autres. Ils sont appelés les Refuzniks.

Refuser la société martiale dans laquelle ils et elles vivent, pour les israéliens, c’est s’exposer à être marginalisé de cette société, à être considérés comme des traîtres.

Par ailleurs, notons la possibilité pour les français juifs d’intégrer l’armée israélienne, même sans avoir la citoyenneté israélienne ! En droit français, cela s’appelle du mercenariat et c’est illégal (loi du 14 avril 2003). Pourtant l’Etat français ferme consciemment les yeux sur ces citoyens français partant combattre pour une armée étrangère, pour le gouvernement israélien.

Lire le reportage de StreetPress sur les français partant en vacances dans l’armée israélienne : un séjour “entre tourisme et sionisme, habile moyen de propagande”.


Société militaire et apologie de la guerre institutionnalisée

Israël est une société militaire où tout le monde est armé. Dès le plus jeune âge, les israéliens sont éduqués à devoir défendre la nation contre l’ennemi arabe. La société militarisée, le passage obligatoire par l’armée est considéré comme normal désormais par la population car tout est fait pour alimenter la peur du “Palestinien”, de “l’arabe”.

Régulièrement, l’armée israélienne par le biais des jeunes en service militaire organise des rencontres avec la population, en Israël ou dans les colonies de Cisjordanie.

Un israélien à une gare routière. En Israël on voit tout les jours des gens se balader avec leur fusil d’assaut.

Régulièrement, des fêtes à la gloire de l’armée israélienne sont organisées, dans les villes israéliennes ou les colonies. Ces fêtes ont une importance dans la société israélienne car elles permettent d’unir les israéliens, ce sont des vraies fêtes populaires. Evidemment, les Palestiniens de 48 (“arabes israéliens”) ne sont que rarement partie prenante de ces évènements, mais il existe une augmentation de la fréquentation par les Palestiniens, rapportée par l’association Baladna. En effet, les jeunes palestiniens souffrent d’être exclus et marginalisés de cette société où ils sont pourtant nés, où ils ont grandi et où ils vivent. Participer aux festivités célébrant des bombardement sur Gaza est une manière pour certains de réaliser des “efforts d’intégration“, quitte à s’assoir sur les principes idéologiques et leur communauté. Baladna parle d’une “sionisation” des Palestiniens de 48.

La résistance Palestinienne

[cette section est en cours de rédaction]

La résistance politique

La résistance Palestinienne a commencé déjà lors de la Palestine mandataire, sous occupation britannique. Entre 1936 et 1939, la population palestinienne entre en rébellion contre les Britanniques et les sionistes.

En 1957, Yasser Arafat fonde le Fatah, qui se veut un mouvement politique laïc de Libération de la Palestine et se déclare “politiquement neutre”. C’est le début d’une structuration politique et armée pour contrer l’invasion israélienne. En 1964 est ensuite créé l’OLP, l’Organisation de Libération de la Palestine.

L’OLP, regroupant divers factions palestiniennes mais surtout le Fatah, est initialement axée sur la lutte armée avec volonté de  libérer tout le territoire palestinien de l’entité sioniste. Mais après les défaites militaires et l’occupation de 1967 le Fatah et l’OLP revoient leur politique pour préférer se consacrer à la reconnaissance internationale de la cause palestinienne. L’OLP fait ainsi son entrée sur la scène politique internationale comme interlocuteur palestinien, est accepté en 1974 à l’ONU (mais en simple statut d’observateur, il faudrait pas abuser non plus), et entame des discussions avec Israël.

Malgré tout, l’OLP reste un ennemi à éliminer pour Israël, qui, sous la présidence de Shimon Peres, commet un attentat contre le siège de l’OLP en Tunisie en 1985 (50 Palestiniens et 18 Tunisiens sont tués). Bien que les Fedayyins de l’OLP poursuivent la lutte armée en parallèle des manœuvres politiques, d’autres mouvements palestiniens se créent pour combattre Israël, principalement :

  • • le FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine) en 1967, laïc, marxiste, anti impérialiste, fondé par Georges Habache. 
  • • le FDLP (Front Démocratique de Libération de la Palestine) en 1969 par scission du FPLP, laïc, orienté maoïste
  • • le MJIP (Mouvement du Jihad islamique Palestinien) en 1980, islamiste, s’inspirant de la révolution iranienne de 1979.
  • • le Hamas en 1987, islamiste

Ces partis ont une branche politique et une branche armée, comme le Fatah.

Les idéologies nationales de ces partis palestiniens diffèrent principalement sur l’objectif à long terme : certains prônent la “destruction” de l’Etat d’Israël pour retrouver la Palestine (Hamas, MJIP), d’autre la création de deux Etat nationaux distincts (Fatah), d’autre enfin, l’établissement d’un seul Etat sur l’actuel Palestine/Israël, laïc avec des citoyens égaux en droits (FDLP, FPLP : voir notre analyse en fin de rubrique “Palestine un espace fragmenté”)

En 1993, les négociations secrètes entre Israël et l’OLP aboutissent à un accord de reconnaissance mutuelle, ainsi qu’à une déclaration ouvrant la voie à la future Autorité palestinienne, dont le Fatah par l’intermédiaire de l’OLP prendra le contrôle.

La trahison des accords d’Oslo (voir rubrique “de 1948 à nos jours”, accord auquel le FPLP, le FDLP, le Hamas et le MJIP se sont positionnés contre), le renoncement public à la lutte armée du Fatah, la seconde Intifada et la mort de Yasser Arafat, mettent en avant les échecs politiques et l’avenir compromis de l’OLP et du Fatah. Lors des élections législatives de 2006, c’est donc le Hamas, prônant une résistance non négociable, qui remporte une majorité de sièges, alors que Mahmoud Abbas (Fatah) est président de l’Autorité Palestinienne depuis l’année précédente. Israël et la communauté internationale n’entendent pas valider les élections palestiniennes : les aides financières internationales pour la Palestine sont suspendues et Israël soutiendra le Fatah dans une guerre fratricide entre les deux camps au début des années 2000. En somme : les palestiniens peuvent voter, mais que pour des mouvements qui nous arrangent.

Depuis, le Fatah a conservé le pouvoir en Cisjordanie, par le biais de l’Autorité Palestinienne, devenue un sous-ministère israélien, tandis que Hamas garde l’autorité dans la bande de Gaza. Mahmoud Abbas, dont le mandat a expiré en 2009, est toujours président de l’autorité palestinienne. En janvier 2021, il affirme qu’un accord avec le Hamas a été conclu pour organiser des élections présidentielles et parlementaires.

La résistance armée

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C’est la plus médiatisée en occident et la plus exploitée par Israël pour justifier ses crimes contre l’humanité. La lutte armée fait toujours débat sur sa pertinence et son bien fondé, mais sa légitimité ne fait pas débat. En effet, lorsqu’une situation est au comble de l’injustice et de l’atrocité, les populations se défendent en prenant les armes. Ce n’est qu’une réaction logique face aux oppressions subies. Dénoncer le recours à la lutte armée sans voir la réalité de la domination et de la barbarie israélienne qui a mené les palestiniens à la violence n’a donc aucun sens (cf. introduction).

 « Si l’objectif des Israéliens est de détruire le Hamas, je peux dire qu’il n’y a pas une seule voix contre le Hamas dans tout Gaza et qu’au contraire les bombardements, les victimes et les blessés qu’ils ont causé poussent de plus en plus de jeunes à rejoindre le mouvement et prendre les armes ».

Père Musallam, curé de Gaza, en 2014.

S’il est ainsi facile de condamner les attentats terroristes palestiniens sur les civils israéliens, il est moins aisé pour l’opinion publique d’en connaître les origines idéologiques. Les médias occidentaux vont parler d'”attentat” sans s’étendre, suivi de “représailles” israéliennes qui seront perçues comme légitimes, dans un cercle vicieux asymétrique. Sans les cautionner, il est pourtant clair de percevoir que les attaques contre les civils israéliens sont le fruit d’une tentative désespérée d’établir un rapport de force et de terreur équivalent.

La résistance armée a commencé avant 1948, pour contrer la domination britannique et les spoliations sionistes. Elle prend la forme d’une révolte générale en 1936 puis s’organise progressivement avec la formation de groupes armés structurés.

Depuis 1948, la résistance armée a pris plusieurs formes : guérilla contre l’armée israélienne, détournements d’avions, actions à l’étranger, attaques sur le territoire israélien, prises d’otages…

Parmi les évènements les plus retentissants, on peut retenir :

• En 1965, al-Assifa (branche armée du Fatah) déclenche la lutte armée contre l’État israélien en lançant des opérations de sabotage et de guérilla

• 1968 : bataille de Karameh : Les fedayins résistent pendant une journée à une offensive de blindés israéliens contre le camp palestinien de Karameh, situé en Jordanie

• septembre 1970, le régime jordanien du roi Hussein ordonne l’attaque des camps de réfugiés palestiniens où se basent les combattants palestiniens : c’est l’évènement “septembre noir”qui fera entre 3 000 et 10 000 victimes. La résistance armée palestinienne fuit au Liban.

• 5 septembre 1972 : un groupe de combattant palestiniens et alliés “septembre noir” prend en otage 11 athlètes de l’équipe d’Israël aux jeux olympiques de Munich. La tentative de sauvetage des autorités allemandes est un carnage : les 11 israéliens 5 des palestiniens sont tués. Par la suite, Israël bombarde des sites libanais et syriens soupçonnés d’héberger l’OLP, tuant 200 personnes et s’emploie à trouver des membres de l’organisation Septembre Noir, réels ou supposés, pour les assassiner un par un.

• En 1969, Leila Khaled détourne un avion américain reliant Tel Aviv à Los Angeles

• Ahmed Saadat, député palestinien et leader du FPLP est détenu dans une prison palestinienne de Jericho pour avoir été suspecté de mener une attaque contre un ministre israélien. Après un siège de 10 heures, Israël lance un assaut sanglant et surréaliste contre la prison pour enlever Saadat : le 14 mars 2006 les troupes israéliennes encerclent les lieux avec pas moins de trois chars, deux hélicoptères et 50 jeeps. Puis un bulldozer est dépêché pour défoncer l’entrée principale, ouvrant le passage aux blindés israéliens. Deux policiers palestiniens qui se tenaient près de l’entrée est tué ainsi qu’un détenu. Face à l’assaut meurtrier, des dizaines de détenus fuient le bâtiment assiégé, les policiers palestiniens sortent les mains en l’air. Les israéliens repartent en ayant capturé Saadat et 6 autres palestiniens, laissant derrière eux 3 morts et plus de 20 blessés.

Contre la résistance, les exécutions extra judiciaires

L’Etat israélien est un habitué des assassinats extra judiciaires, généralement réalisés par le Mossad. Et la plupart des israéliens n’y ont rien à redire, vivant dans une société ultra militarisée, raciale, où le Palestinien est l’ennemi et sa vie n’a peu de valeur. Peu importe les droits de l’Homme. Peu importe le droit international tourné en dérision par Israël qui s’assoit quotidiennement dessus. Israël autoproclamé “seule démocratie du Proche-Orient” n’hésite pas à déroger aux valeurs d’une société démocratique.

De nombreuses figures de la résistance politique ou armée palestinienne ont trouvé la mort assassinées par le Mossad, sans avoir pu se défendre. Ces opérations de surcroit, coûtent de nombreuses vies “collatérales”. Parmi eux, on peut citer :

Ali Hassan Salameh
Salameh est tué en 1979 dans une voiture piégée par le Mossad. Une précédente tentative d’assassinat a conduit à la mort de Ahmed Bouchikhi, frère du guitariste français Chico Bouchiki, que le Mossad a confondu avec sa cible et abattu.

Khalil al-Wazir
Réfugié Palestinien qui a du fuir adolescent sa ville natale de Ramleh, Khalil Al Wazir est tué le 16 avril 1988 à Tunis. Un commando israélien du Mossad, utilisant les pièces d’identité d’un pêcheur libanais qui avait été préalablement enlevé, pénètre dans sa maison en pleine nuit et le mitraillent devant sa femme et ses enfants.

Yehia Ayache
Membre du Hamas de 29 ans, il est assassiné en 1996 par le le Shin Beth qui fait exploser une mini bombe placée dans son téléphone portable alors qu’il répondait à son père.

Salah Shehadeh
Le 22 juillet 2002 un F16 israélien largue une bombe d’une tonne dans un quatier de la ville de Gaza. 14 personnes sont tuées dont Salah Shehadeh et 10 enfants, 150 personnes blessées dont 70 grièvement et plusieurs habitations sont rasée par l’explosion. Malgré les protestations internationales aucun dirigeant israélien ne sera inquiété.

Ahmed Yassine
Le 22 mars 2004, le fondateur et chef spirituel du Hamas, tétraplégique, est assassiné par 3 missiles israéliens en sortant de la mosquée. 11 autres personnes perdent la vie dans l’attaque. Un an auparavant, il avait échappé à une tentative d’assassinat par un F16 israélien qui avait lâché une bombe sur une maison où il se trouvait.

Abdel Azziz Al Rantissi
Chef général du Hamas, il est tué le 17 avril 2004 lorsqu’un hélicoptère israélien tire deux roquettes sur sa voiture. Son fils et un passager sont également tués et plusieurs autres civils sont blessés.

Mahmoud al-Mabhouh 
Le 19 janvier 2010, il est assassiné par le Mossad dans sa chambre d’hôtel de Dubaï. L’affaire a eu un retentissement international car les agents israéliens avaient utilisé de faux passeports occidentaux. Dans un élan de courage, stupéfiant, certains pays ont temporairement expulsé un diplomate.

Depuis, ce retentissement international il y a peu d’assassinats ciblés rapportés à l’étranger. En territoire palestinien cependant, les missiles continuent de viser leur cible au milieu des civiles et les israéliens vont même jusqu’à assassiner des palestiniens dans les hôpitaux.

La lutte économique

[cette section est en cours de rédaction]

Face aux échecs armés et pacifistes des luttes “traditionnelles”, les palestiniens lancent une campagne de pression économique à travers le Boycott. En 2005, se créé ainsi le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), qui visent à inciter les citoyens et les entreprises à ne pas acheter israélien. Les appels au Boycott sont élargis auprès des entreprises internationales qui investissent sciemment dans les colonies, préférant leurs profit aux doits humains. (Retrouver la liste des marques à Boycotter ici).

La lutte Paye : Israël a manifestement peur des conséquences qui se font sentir en quelques années. La commission Européenne de Justice fait un grands pas en obligeant l’étiquetage des produits issus des colonies en tant que telle.

Le gouvernement Netanyahu n’hésite pas alors à influencer les politiques internationales et trouve rapidement des alliés en France : les militants partisans du Boycott des produits israéliens sont poursuivis en Justice !

La résistance culturelle

.[cette section est en cours de rédaction]

La résistance “passive”

La résistance la plus symbolique est importante : le fait de ne pas partir. En réalité, cela n’a rien de passif, que de rester à subir l’humiliation quotidienne israélienne, à survivre malgré les checkpoints.

mathilde vermer : exist

Les Palestiniens et Palestiniennes sont unis dans la résistance, quelle que soit sa forme. Même les autorités religieuses de Palestine, chrétienne ou musulmane soutiennent la résistance.

Les réfugiés Palestiniens

En 2018, on comptait environ 7,5 millions de réfugiés palestiniens dans le monde, dont…en Palestine.

Suites aux différentes invasions et annexions Israéliennes, il y a eu deux principales “vagues” de réfugiés Palestiniens :

  • Les réfugiés de 48 ” lors de la Nakba : 1 millions de Palestiniens fuient ou sont expulsés, et leurs villages rasés. Ils se réfugient dans les pays voisins (Liban, Jordanie, Syrie, Egypte) et dans les territoires alloués aux Palestiniens suite au plan de partage de l’ONU (Cisjordanie, Gaza.) Ainsi, à Gaza, environ deux tiers de la population est réfugiée, principalement des villes de Jaffa. Quelque 750 000 Palestiniens ont été contraints à l’exil et dépossédés de leur patrie, alors qu’un État juif autoproclamé était construit sur les ruines.
  • Les réfugiés de 67” lors de la guerre des six jours : la bande de Gaza et la Cisjordanie sont envahis par Israël, les palestiniens se réfugient dans les villes Palestiniennes ou en Jordanie.
  • – 6, 71 millions de réfugiés de 48
  • – 1,23 millions de réfugiés de 67
  • – 750 000 réfugiés entre 1948 et aujourd’hui (suite aux différentes exactions israéliennes depuis le début de la colonisation).

La majorité des réfugiés vivent à moins de 100 km de leur maison d’origine.

Les enfants de réfugiés sont réfugiés, même en Cisjordanie ou a Gaza. La poluation de réfugiés depuis 1948 a donc inévitablement augmenté.

Les réfugiés Palestiniens ont un statut particulier : alors que tous les autres réfugiés dans le monde sont suivis par le HCR (Haut Commissariat aux Refugiés de l’ONU), les réfugiés palestiniens ont une instance propre : l’UNRWA, créée en 1949.

Il y a officiellement 58 camps de l’UNRWA répartis en Cisjordanie, au Liban, en Syrie, à Gaza et en Jordanie. Les terrains des camps de réfugiés font tous environ 1 km carré. Ils ont été loués par L’ONU en 1948 pour… 99 ans. On comprend donc que dès 1948, la volonté de chasser les palestiniens pour le long terme était déjà un fait. Les camps de réfugiés qui devaient être temporaires sont devenus durables et les palestiniens déplacés ont remplacé les tentes par des maisons en dur. Dans certains villages, notamment au nord de la Palestine, les britanniques ont évacué les Palestiniens sans aucune violence, leur faisant croire que c’est pour leur sécurité et qu’ils reviendront dès que la guerre serait finie. Evidemment, ça n’a jamais été le cas…

Le1Facts : Nakba, 6 millions de palestiniens toujours loin de leur ...
réfugiés Palestiniens en Jordanie en 1948

Les réfugiés de Cisjordanie

Ce sont des réfugiés de 48. A l’époque, ils se sont réfugiés dans ce qui étaient des territoires indemnes de l’occupation israélienne… jusqu’en 1967. (cf. rubrique “1948 à nos jours”.)

Les camps de réugiés sont très concentrés et denses en population. Les maisons en dur ont remplacé les tentes, et se construisent les unes sur les autres. Les rues sont tellement étroites qu’il est possible pour des voisins de se serrer la main à travers leurs fenêtres respectives.

En rouge le camp de Balata, en Jaune le camp d’Askar, en bleu le “nouveau” camp d’Askar, construit car le camp d’Askar de l’UNRWA était trop petit. (32.206463763087676, 35.286780621309255)

Les maisons des camps de réfugiés ne sont souvent pas finalisées au niveau des toits : il reste toujours les armatures pour anticiper un étage supplémentaire…

Les réfugiés de la bande de Gaza

Comme en Cisjordanie, ce sont des réfugiés de 48 et sont principalement originaires des villes de la côte méditerranéenne notamment Jaffa.

Les réfugiés de l’intérieur :

Il s’agit des Palestiniens contraints de fuir leurs terres en 48 mais qui se sont réfugiés dans des villes à l’intérieur de ce qui est devenu l’Etat d’Israël. Par exemple, de nombreux Palestiniens expulsés de leurs villages au nord de la Palestine, se sont réfugiés à Nazareth. La ville a vu sa population doubler presque du jour au lendemain.  Près d’un quart de la minorité palestinienne d’Israël est constituée de réfugiés de l’intérieur et de leurs descendants.

Ils n’ont pas le statut de réfugiés. Et Israël ne leur accorde pas non plus à eux de retrouver leur maison et leurs terres. Privés de tout droit de récupérer leurs propriétés ou leur terrain, ils sont, comme les autres Palestiniens d’Israël, également des “citoyen de seconde zone” en plus d’être réfugiés (Cf. Israël, un Etat d’Apartheid”). Ils habitent parfois à quelques kilomètres seulement de leur ancien village, peuvent se rendre dans la foret de pin (cf. rubrique “Nakba”) ou la colonie construites sur les ruines de leur village…

Les réfugiés au Liban, en Syrie et en Jordanie

[ cette section est en cours de rédaction]

Conflit secondaire : la guerre du Liban 1975-1990

Nous choisissons de présenter ici un évènement de l’histoire du proche Orient dont le déclenchement est lié à la création de l’Etat d’Israël 27 ans auparavant et ses conséquences.

La guerre civile du Liban, qui a eu lieu de 1975 jusqu’au accords de Taëf en 1989 a causé la mort de plus de 200 000 personnes, et profondément meurtri et traumatisé la société libanaise. De fait qu’actuellement toujours, la politique du pays est axée sur une vigilance constante visant à conserver l’équilibre précaire de la paix existante. 

La guerre civile Libanaise est souvent qualifiée de “guerre confessionnelle” ou “religieuse”.  Pourtant, il s’agit d’une guerre politique au sein d’un pays au poids communautaire fort, dont les appartenances religieuses ont créé des amalgames confessionnels. Plus clairement, les partis impliqués ne se sont pas combattus pour leur appartenance religieuse, mais pour les positions politiques des dirigeants de leur communauté religieuse. 

C’est un conflit manipulant les communautés religieuses et en réalité animé par des idéologies bien politiques, liées à la question Palestinienne, entre ceux qui étaient pour l’autogestion des peuples et le soutien à la résistance contre Israël et ceux qui étaient contre. Réduire ces 15 ans de guerre à des motivations confessionnelles pures c’est nier les processus politiques aux motivations identitaires et nationalistes face aux positions progressistes, qui ont composé ce conflit et nous allons le développer dans les paragraphes qui suivent dans un récit chronologique qui se veut un minimum synthétique.

1. Bases historiques du Liban.

Comme la Palestine, le Liban est une région antique reconnue et prisée de nombreux empires ou royaumes, ayant eu pour nom la Phénicie, ou la Galilée dans la Bible pour le Sud Liban. La région s’est transformée au gré des troubles religieux, l’Hégire, les croisades et le Schisme d’Orient, en particulier dans la région du “Mont Liban”, de la montagne du même nom(*), mais aussi suivant les conquêtes et les invasions qui ont façonné la région, créant mixité et diversité culturelle et religieuse.(**) 

La région est finalement, au XVIe siècle, intégrée à l’empire ottoman pendant 4 siècles, à l’instar de la Palestine. Puis à la suite des décisions politiques coloniales de l’occident à San Remo (cf. 2ème rubrique) elle devient “le Grand Liban”, sous administration française. C’est à dire une bonne vraie colonie. On vous laisse d’ailleurs admirer le drapeau libanais de l’époque :

En 1944, le Liban, ainsi que la Syrie, obtiennent leur indépendance officielle vis à vis de la France.

2. De 1948 à 1975 : tensions régionales et début des divergences libanaises

En 1948, le Liban entre en guerre devant la création de l’Etat d’Israël sur les terres Palestiniennes. La ligne de cessez-le-feu devient l’actuelle frontière entre Israël et le Liban et plus de 140 000 palestiniens expulsés de leurs terres par Israël se réfugient dans le pays, répartis dans différents camps de réfugiés de l’ONU (***)

Mais au fil des années, les pays voisins d’Israël/Palestine, accueillant de nombreux réfugiés palestiniens, deviennent des lieux d’organisation de la résistance. Ainsi, lorsque le FPLP (cf 6ème rubrique) attaque un avion de la compagnie israélienne El-Al à Athène le 26 décembre 1968, l’opération est revendiquée à partir du Liban. Dans ses capacités probablement maximales de discernement, Israël ne trouve rien de mieux que de détruire 2 jours plus tard les 13 avions de ligne sur le tarmac de Beyrouth. [il faut noter que suite à ce geste le Général De Gaulle décida de ne pas livrer les armes françaises à destination d’Israël y compris les 50 mirages qu’ils avaient déjà payé. Si loin de nous l’idée de soutenir les politiques gaullistes, remarquons que de telles décisions pour condamner Israël ne sont plus envisageables de la part des politiciens d’aujourd’hui].

Le Liban réalisant qu’il devient une base arrière de la résistance Palestinienne conclut en 1969 un accord avec l’OLP pour garantir la souveraineté du Liban contre la reconnaissance et des droits pour les Feddayin palestiniens : ce sont les accords du Caire.

Mais ce sont les événements en Jordanie et le “septembre noir” qui vont faire rebasculer les considérations politiques libanaises. En effet, au même moment en 1969, la Jordanie accepte le “Plan Rogers“, qui est un accord de collaboration avec Israël (ce plan concerne aussi l’Egypte). Les Fedayyins palestiniens (qui avaient également établi des réseaux et des bases dans ce pays pour combattre l’occupation israélienne) se sentent ainsi trahis et en danger. Le 1er septembre 1970, le roi Hussein de Jordanie échappe à un attentat commis par des Palestiniens, et le 6 septembre, 3 avions détournés par le FPLP atterrissent en Jordanie. Ces événements et les conflits en conséquence entre armée Jordanienne et Feddayin de l’OLP, finissent de décider la Jordanie à bombarder massivement les camps de réfugiés et à perpétrer des massacres de nombreux palestiniens. Plus de 150 000 palestiniens se réfugient ainsi au Liban, ainsi que l’OLP avec Yasser Arafat.

Les réfugiés palestiniens s’installent donc durablement au Liban et les répercussions liées à leur présence sont nombreuses pour le Liban, attisant les tensions. Par ailleurs d’autres circonstances sont sources de tensions : d’une part, en 1970, le pays fait face à une crise économique qui participe à la déstabilisation des équilibres communautaires et les politiques d’inégalités sociales alimentent les tensions confessionnelles. D’autre part, la Syrie, qui use depuis des années de son ingérence pour prendre la mainmise sur le Liban, a aidé les Palestiniens à combattre contre la Jordanie.

Ainsi dans les années 70 pendant que les tensions montent, deux coalitions politiques se forment (pour plus de clarté dans la suite de ce récit chronologiques, nous utiliserons des codes couleurs) :

Le Mouvement National, dont la principale figure est Walid Jumblatt. C’est une coalition d’idéologie progressiste, arabiste et anti colonialiste, soutenant les Palestiniens. On trouve donc parmi cette coalition :

  • le PCL (Parti Communiste Libanais)
  • l’OLP et les Fedayyins
  • l’ALP (Armée de libération de la Palestine)
  • le PSP (Parti Socialiste Progressiste)
  • Al Mourabitoun (d’idéologie Nassérienne)
  • le PSNS (Parti Socialiste National Syrien)
  • le BAAS (Parti socialiste pour la résurrection arabe)

Le Front Libanais, d’idéologie nationaliste libanaise s’opposant à une coalition de pays arabe de solidarité aux Palestiniens. Les principaux dirigeants de ce mouvement sont Camile Chamoun et Bachir Gemayel respectivement représentants de :

  • Le PNL (Parti National Libanais)
  • Les Forces Libanaises

Ce dernier mouvement est exclusivement chrétien à ses débuts, favorisant une dichotomie religieuse et un fossé qui finira par se creuser entre les libanais.

3. Début des combats

Le 13 avril 1975, un bus transportant des Fedayyins Palestiniens à Beyrouth est mitraillé par des membres des Forces Libanaises, faisant 26 morts : c’est l’évènement qui met le feu aux poudres. S’ensuivent de nombreux combats armés et l’enchaînement de massacres de “représailles” : le 6 décembre 1975 intitulé “samedi noir“, des dizaines de civils musulmans Libanais et Palestiniens sont massacrés et ce n’est que le premier d’une triste longue liste (massacre de Karantina, de Damour, de Tel Al Zaatar …). Beyrouth devient divisée en deux avec l’est chrétien et l’ouest musulman. C’est dans ce contexte que se créent les Kataëb, les milices Phalangistes chrétiennes dirigées par Bachir Gémayel et Michel Aoun.

4. Invasions Syriennes et israéliennes

La Syrie voisine de Hafez Al Hassad, comme cité plus haut, ne cache pas son désir d’invasion et d’expansion pour créer la “Grande Syrie”. Par ailleurs, elle craint un débordement de la situation libanaise sur son territoire. En effet, les syriens redoutent d’une part que les mouvements de résistance palestinienne basés en Syrie tentent de prendre le contrôle du pays ; et d’autre part, surtout, qu’Israël profite de la situation. Israël ayant créé des alliances avec les Phalangistes contre les Palestiniens, le pays hébreu menace d’envahir directement le Liban en profitant de sa faiblesse (ce qui ne tardera pas à se démontrer), puis de là, la Syrie. Sur ces arguments, la Syrie décide donc en juin 1976 d’envahir elle même le Liban.

Si les combats se calment paradoxalement avec l’invasion syrienne, ils ne disparaissent pas. Kamal Joumblatt (PSP, père de Walid Joumblatt) est assassiné le 16 mars 1977. Des combats se déclenchent aussi entre l’armée syrienne et les Forces Libanaises en rapport avec l’alliance de ces dernières avec Israël. Le Mossad, pour propulser Bachir Gemayel au pouvoir, mène une attaque meurtrière avec les Phalangistes à Ehden : près de 40 personnes sont tuées, dont Tony Frangieh, sa femme et sa fille de 3 ans.

Enfin, en mars 78, profitant comme prévu de la situation, Israël envahit la partie sud du Liban. Un nouveau mouvement de réfugiés palestiniens intervient inéluctablement : 200 000 d’entre eux, répartis dans les camps du sud du pays, affluent vers les villes plus au nord de Saïda et Beyrouth. L’occupation israélienne du Sud-Liban est favorisée par l’Armée du Liban Sud, une milice fasciste alliée aux israéliens et dirigée par Saad Haddad puis Antoine Lahd.(****)

Des libanais créent ainsi une organisation armée anti impérialiste et antifasciste : la Fraction Armée Révolutionnaire Libanaise, dont la figure la plus connue est George Ibrahim Abdallah.

5. Expansion israélienne, Hezbollah et exil de l’OLP.

Les années suivantes sont rythmées par la poursuite des combats entre :

  • Kataëb et forces pro palestiniennes
  • entre phalangistes dont des division internes apparaissent
  • • entre les israéliens et les forces pro palestiniennes ;
  • • et entre l’armée syrienne et le Front Libanais.

Le 24 juillet 1981, un cessez-le-feu entre Syriens, Libanais, Palestiniens et Israéliens, sous médiation américaine est décidé mais il est de courte durée : le 6 juin 1982, Israël déclenche l’opération “Paix en Galilée”(*****), envahissant le Liban jusqu’à Beyrouth afin d’éliminer la résistance palestinienne du Liban. Cette opération s’est effectuée avec la complicité des Forces libanaises qui se sont engagées à signer un traité de paix avec Israël s’ils accèdent au pouvoir…

Lors de cette invasion, Beyrouth est bombardée, l’armée syrienne est repoussée et les Palestiniens sont attaqués sur tous les fronts. Yasser Arafat et l’OLP, assiégés, réussissent à fuir en Tunisie (d’où ils seront toujours traqués par Israël : en 1985, les israéliens bombardent une zone de la ville d’Hammam Chott en Tunisie avec la complicité des Américains : 50 Palestiniens et 18 Tunisiens sont tués.)

En réaction à l’invasion israélienne, se créent le Hezbollah , parti chiite dont l’objectif défini est la résistance contre Israël, et le FNRL (Front National de Resistance Libanaise, ou Jammoul, créé par des factions communistes libanaises, le Parti d’action socialiste arabe, le FDLP et le FPLP – cf 6ème rubrique)

6. Massacre de Sabra et Shatila, ingérence de l’Occident et recul des Forces Libanaises.

Bachir Gemayel entreprend des avancées dans l’accès au pouvoir, contrôle l’armée libanaise et solidifie ses alliances avec Israël (notamment Ariel Sharon alors ministre de la défense israélien). Il est assassiné dans un attentat avec 26 membres des Forces Libanaises à Beyrouth.

Les représailles ne se font pas attendre : la nuit du 17 au 18 septembre 1982 se déroulent les massacres de Sabra et Shatila, deux camps de réfugiés palestiniens à Beyrouth. Une véritable expédition punitive organisée par les Phalangistes, qui causa la mort de 3500 civils, hommes, femmes, enfants, froidement exécutés. Ce massacre coïncide avec l’entrée des Israéliens à Beyrouth-Ouest et il a été établi après enquêtes internationales, qu’Israël a délibérément encouragé et laissé les phalangistes entrer dans les camps. Les massacres ont donc eu lieu sous les yeux de l’armée israélienne qui a sciemment laissé faire.

Malgré un traité le 17 mai 1983 censé garantir le retrait israélien du Liban, Israël n’entreprend pas de désoccuper le pays. Ainsi, la résistance armée contre Israël se poursuit, par les Feddayins Palestiniens, le Hezbollah et le mouvement chiite Amal, allié des syriens. Parallèlement, les Palestiniens, continuent de s’opposer militairement aux Forces Libanaises qui veulent prendre le contrôle des montagnes du Chouf, peuplée surtout de Druzes, engageant de nouvelles alliances communautaires. Les Forces Libanaises sont soutenues par les occidentaux, c’est donc dans ce contexte que survient “l’attentat du Drakkar” contre les Français et les Américains.

Peu à peu, le Mouvement National associé à Amal regagne du terrain : les Forces Libanaises et l’armée libanaise sont chassés de Beyrouth. Les occidentaux quittent le Liban. Amine Gemayel, qui a pris la succession de son frère, est acculé.
Sentant le vent tourner en sa défaveur, perdant ses alliés, les Israéliens reculent jusqu’à la frontière et gardent quelques dizaines de kilomètres qu’ils peuvent encore occuper avec l’appui de la milice locale d‘Antoine Lahd (Armée du Liban Sud, voir plus haut).

7. Batailles des camps Palestiniens

Si la guerre semblait s’éloigner grâce aux jeux des alliances entre chiites libanais, sunnites libanais progressistes, partis communistes pluriconfessionnels et Palestiniens, des dissensions interviennent entre les deux mouvements chiites autrefois alliés : Hezbollah et Amal, les premiers solidaires des Palestiniens envisageant de continuer à combattre Israël, les deuxièmes refusant une poursuite des combats. Israël vaincu et revenant sur sa volonté de mettre fin à la résistance palestinienne pour ne pas la voir arriver sur son territoire, la Syrie (et leurs alliés chiites d’Amal) retournent leur veste et se lancent à l’assaut des camps palestiniens. Le Mouvement National et ses alliés interviennent aux côté des Palestiniens pour défendre les camps de réfugiés.

C’est dans ce contexte libanais chaotique qu’éclate la première Intifada en Palestine en 1988, rencentrant l’attention et les “priorités combatives”.

Le 22 octobre 1989 sont ainsi signé les accords de Taëf, définissant une répartition égale des sièges parlementaires entre chrétiens et musulmans (64 chacun), qui est aujourd’hui encore d’actualité.

8. Conclusion

Comme expliqué en introduction, cette rubrique voulait mettre en évidence que la Guerre civile Libanaise est politique, plus que religieuse, et intimement liée au conflit israélo-palestinien. Dire que c’est un conflit confessionnel c’est effacer la plus grande partie de l’histoire, les milices des différentes communautés s’étant combattues sur la base d’idéologies politiques, et en particulier sur le positionnement pro-Israël ou pro-palestiniens, sous les ingérences occidentales et syriennes.

Par ailleurs, si le déroulé de ces événements semble montrer le soutien des chrétiens maronites à Israël, il n’est – et n’a été – question que des dirigeants manipulant leur communauté, et des milices à l’idéologie extrême. Les palestiniens chrétiens sont nombreux et comme le reste des palestiniens, ils ont subi les mêmes drames et les mêmes injustices. Logiquement, de nombreux chrétiens libanais ont ainsi soutenu les Palestiniens dans leur légitime lutte pour retrouver leur terres, et les chrétiens palestiniens ont une importance majeure dans la résistance.

On cite notablement la chrétienne maronite libanaise Souha Bechara du FNRL, ou Habib Tanios Chartouni chrétien maronite libanais au sein du PSNS, qui ont tous deux marqué l’histoire de la résistance libanaise ainsi que George Ibrahim Abdallah. Ces derniers terminent de démontrer que la guerre civile libanaise, comme le conflit israélo Palestinien et d’autres conflits présentés comme “confessionnels” sont en fait la conséquence de motivations politiques.


(*) une etymologie évoquée du Liban proviendrait de cette montagne aux neiges éternelles : ainsi couvert, le sommet ressemblait à la couleur du lait, dont la traduction en arabe est < Laban’ >

(**) Actuellement, 18 communautés religieuses sont officiellement reconnues au Liban  : 12 chrétiennes (maronite, grec-orthodoxe, grec-catholique (ou melkite), arménienne apostolique, arménienne catholique, syrienne-orthodoxe, syrienne-catholique, assyrienne, chaldéenne, copte orthodoxe, latine et protestant) 5 musulmanes (chiite, sunnite, druze, ismaélienne et alaouite), 1 juive.

(***) On compte également de nombreuses familles juives habitant le nord de la Palestine, fuyant les combats se réfugiant au Liban, trouvant dans le pays une mosaïque religieuse et communautaire sécurisante (et d’autre réfugiés s’y etaient aussi installés préalablement, comme les Kurdes et les Arméniens). Ainsi, le Liban est le seul pays arabe qui a vu sa population juive augmenter après 48.

(****) l’ALS s’effondre en mai 2000, lorsqu’Israël libère le sud du Liban alors que Antoine Lahd vit avec sa famille à Paris. Devenant politiquement lourd à assumer, la France l’expulse. N’ayant plus qu’Israël comme allié, il y demande asile et s’y refugie. Il a l’arrogance d’ouvrir un restaurant libanais à Tel-Aviv, devenant une caution “antiraciste” et “pacifique” pour Israël.

(*****) Les israéliens ont toujours donné à leurs opérations militaires des noms grotesques et ridicules, souvent à reférence biblique. On ne saisit pas bien notamment en quoi l’invasion du Liban est une opération de “Paix”.  Pour le plaisir, on vous renvoit sur Wikipédia ici qui a fait une liste de 22 opérations militaires spécifiques que le pays a réalisé en mois de 70 ans. 

Aujourd’hui, les deux Etats sont toujours en guerre.

Trajet d’un avion de ligne libanais entre Beyrouth et Amman. Alors que seuls 220km séparent les deux capitales à vol d’oiseau, les voyageurs doivent parcourir plus de 1000 km en avion, Israël interdisant le survol de son territoire aux avions arabes, y compris les territoires maritimes. (Et le survol de la Syrie est trop dangereux). Photo prise d’un écran à l’intérieur d’un vol ; trajet à retrouver aussi en suivant un avion sur www.flightradar24.com

La culture palestinienne

La culture Palestinienne est un mix entre une identité issue de l’histoire ancienne de la région depuis des millénaires et la période récente, le statut de peuple colonisé ayant façonné une partie de l’identité palestinienne. Ce que nous présentons ici n’est pas exhaustif, il n’est entre autre pas fait mention des nombreuses personnalités, poètes et résistants ancrés dans l’identité palestinienne. En effet, la colonisation a malgré elle développé une culture palestinienne revendicative, comme une forme de résistance contre l’occupant israélien. Car pour construire Israël, il fallait effacer la Palestine : Ben Gourion disait “Les vieux mourront, les jeunes oublieront“.

Mais personne n’a oublié et la culture palestinienne est aussi là pour nous le rappeler.

“leurs armes ne peuvent pas tuer nos racines”. Camps de réfugiés d’Askar, Naplouse.

1. Le Keffieh

Mondialement connu, le keffieh traditionnel est noir et blanc ou rouge et blanc. Il est originaire du Proche Orient, auparavant coiffe traditionnelle des paysans arabes et des Bédouins. Sa couleur permettait un temps de distinguer les citadins des ruraux puis les différents combattants palestiniens (noir et blanc pour le Fatah, rouge et blanc pour le FPLP…). Déjà porté par les résistants à l’époque de l’occupation britannique, puis lors de la Nakba et des Intifada, il est par la suite popularisé par Yasser Arafat (qui le portait d’une manière à dessiner une carte de Palestine) et est devenu symbole d’identité et de résistance palestinienne, également porté par les soutiens à la cause.

Actuellement, il ne reste plus qu’une seule usine de keffieh en Palestine ayant résisté à la pression économique mondiale et l’occupation israélienne (les check-points de l’armée israélienne entravent les livraisons) : l’usine Hirbawi, à Hébron (dont les keffieh sont commandables en ligne *ici*). Tout les autres keffieh, qui ne portent pas la fameuse étiquette “made in Palestine”, sont généralement produits en Chine… Aujourd’hui décliné sous toutes les formes et toutes les couleurs pour devenir un accessoire de mode, le vrai keffieh a en réalité un maillage et des motifs bien précis.

Bien évidemment, Israël, adepte de la spoliation, tente d’en faire une récupération, dans un double intérêt : briser le symbole de l’identité palestinienne et l’appropriation culturelle à but économique. L’Etat israélien encourage ainsi à se réapproprier cette image du keffieh, en produisant même un “keffieh israélien”, afin d’effacer l’identité palestinienne de ce tissu traditionnel.

D’autre tissus, vêtements et textiles sont traditionnels de la Palestine et ses environs mais nous n’en ferons pas une liste exhaustive. Nous mentionnons seulement la broderie Palestinienne, très reconnue, souvent de couleur rouge sur fond noir ou blanc, que l’ont retrouve sur les tenues traditionnelles.

2. La Dabkeh

La Dabkeh est la danse traditionnelle des populations du Proche-Orient, quelle que soit la communauté. C’est une danse qui se danse à plusieurs et ressemble aux danses folkloriques turques mais aussi bretonnes.

En Palestine, la danse est devenue un symbole de l’identité palestinienne, comme tout le patrimoine immatériel dont l’occupant israélien ne peut pas s’emparer..

130 Palestiniens et Palestiniennes de Bethléem, Jénine, Gaza, Jérusalem et Ramallah dansent la Dabkeh sur le titre “Jerusalema” de Master KG. Novembre 2020.

3. Gastronomie

La cuisine Palestinienne est très riche. Certaines de ces spécialités se retrouvent aussi dans les pays voisins. On retrouve des plats à base de riz (Mansaf, Maqloube…), de viande (Sfiha, Manakish…) et de légumes (Moutabbal, fattouche…) qui sont servis en “Mezze”. A Gaza, qui possède 40 km de côtes, beaucoup de spécialités sont à base de poisson.

L’huile d’olive est un des produits principaux de la cuisine Palestinienne et a également une place importante dans l’économie palestinienne malgré les obstacles de l’occupation et les champs d’oliviers brûlés par les colons. L’olivier, arbre centenaire et son huile sont ainsi devenus un symbole de la Palestine et de sa capacité de résistance. On peut en trouver *ici*.

Le Knafeh est une pâtisserie très sucrée de Palestine, en forme de gâteau, faite à base de beure, de fromage et de sirop sucré.

Le Zaatar est un mélange d’épices typique du proche Orient dont la composition varie légèrement selon les régions. En Palestine, même si le territoire est petit, le patrimoine culturel est très variable d’une ville à une autre. La ville de Naplouse est ainsi réputée pour le Knafeh.

Le houmous, est la star de la gastronomie Libano-Palestinienne. Comme les keffieh, Israël en fait de l’appropriation culturelle : ceci dans le but d’affirmer qu’Israël est un Etat construit légitimement, car la culture est présente depuis des siècles. On voit ainsi des “restaurants israéliens” en Europe, servant du houmous et des plats principalement palestiniens… Pour donner une idée, ce serait un peu l’équivalent d’ouvrir un restaurant en Espagne en 1950 servant du couscous en appelant ça un “restaurant français”.

Enfin, en boisson, on peut boire du café arabia (très concentré), du thé à la sauge, du jus de citron à la menthe, du jus de datte, mais aussi de la bière et du vin palestinien.

4. La céramique

Cette pratique est très ancienne et on retrouve certains motifs sur les poteries dans des sites archéologiques. Aujourd’hui, cette pratique ancestrale est reproduite, toujours à la main. Elles sont surtout fabriquées à Hébron. (plus de détails *ici*)

5. Quelques symboles Palestiniens

Comme mentionné plus haut, la culture palestinienne s’est aussi developpée face à la coloniastion et certains attributs culturels sont directement issus de la “culture de la resistance” palestinienne.

Handala : C’est un petit personnage dessiné par Naji Al-Ali, caricaturiste engagé. Il représente une personnification du peuple palestinien : c’est un enfant avec des vêtements raccommodés qui tourne le dos. Selon son auteur, il se retournera lorsque le peuple palestinien sera libéré. Naji Al Ali est assassiné en 1987, sans que ses assassins soient identifiés. Le Handala est ainsi devenu une icône de la résistance palestinienne.

La clef du retour : lorsque les palestiniens ont été expulsés de chez eux en 1948 (voir 2e rubrique : Nakba), ils sont partis en pensant revenir peu de temps après “à la fin de la guerre”. Mais les sionistes ont créé l’Etat d’Israël et ont entrepris d’effacer l’existence préalable des “arabes”. Aujourd’hui encore, les palestiniens réfugiés se battent pour le droit au retour. Les familles de réfugiés se transmettent les clefs de leur ancienne maison de génération en génération. Les entrées des camps de réfugiés sont souvent surmontés d’une clef géante. /

Les cactus Sabr : il donne les fameuses figues de Barbarie. Autrefois, les habitants de Palestine s’en servaient pour délimiter leurs champs et faire des haies, principalement vers le nord de la Palestine. Aujourd’hui, les villages palestiniens du nord de la Palestine ont été détruits. Seuls restent les villes Palestiniennes de Nazareth, Haïfa, Saint Jean D’Acre et… des rangées de figuiers de barbarie témoignant en silence du passé palestinien et de la Nakba.

L’arbre : généralement un arbre standard mais il est souvent sous-entendu un olivier. Le plus vieil olivier de Palestine a 5000 ans. Les oliviers sont des arbres robustes vivant longtemps et sont signes pour les palestiniens de la persévérance du peuple palestinien à rester sur ses terres malgré l’occupation. Les oliviers, présents par millions en Palestine, sont à l’avant-garde de la politique militaire expansionniste et colonialiste d’Israël et sont ainsi régulièrement la cible des colons, qui s’attaquent à la fois à un symbole et à un gagne-pain (voir “Israël un état d’apartheid”).

Sources / Pour aller plus loin

• Témoignage fort d’un Nantais, en projet avec une association Palestinienne en 2013, sur son vécu lorsqu’il s’est vu soumettre à un interrogatoire de l’armée puis expulsé et interdit d’entrée en Palestine par les Israéliens : https://international.cemea-pdll.org/spip.php?article147

• article détaillé du Monde sur la conférence de San Rémo et le partage du Proche-Orient : https://www.lemonde.fr/blog/filiu/2020/04/26/il-y-a-cent-ans-la-france-et-la-grande-bretagne-se-partageaient-le-moyen-orient/

Rapport du rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des droits de l’Homme dans les territoires Palestiniens occupés depuis 1967, par Richard Falk.

Hébron, la ville qui illustre le conflit israélo-Palestinien, article de Slate 2019 assez éloquent.

Le parcours du combattant des écoliers de Cisjordanie, reportage vidéo à Hebron

• Histoire des Hébreux et peuples de Palestine, par Médiapart : https://blogs.mediapart.fr/nihile/blog/070511/hebreu-hebreux-origines-par-la-geographie-et-la-linguistique

• La Nakba, détaillée par France culture : https://www.franceculture.fr/geopolitique/la-nakba-la-grande-catastrophe-du-peuple-palestinien

• La guerre du Liban résumée en carte : http://www.lesclesdumoyenorient.com/Chronologie-illustree-du-conflit.html

• “Au mépris du droit : une impunité qui perdure” : les résolutions de l’ONU non respectées par Israël (2009)

Le rapport de la CIMADE sur l’oppression des Palestiniens : “l’avenir muré par l’occupation

Associations et médias à suivre :

Palestiniens

Badil : association palestinienne de ressource sur les réfugiés palestiniens.

Addameer : association Palestinienne de soutien des prisonniers politiques palestiniens

Adalah : (en anglais) Association palestinienne de défense des droits des palestiniens en Israël/Palestine 49. (Adalah = “Justice” en arabe)

Jordan Valley Solidarity : (en français) : association palestinienne de solidarité avec les habitants de la vallée du Jourdain

Youth aigainst Settlement : association de jeunes basés à Hébron contre la colonisation

Baladna : (en anglais) association de jeunes Palestiniens vivant en Israel.

972 mag, média indépendant palestino-israélien (en anglais)

Alternative Information Center : ONG d’information à but politique

www.palestineremembered.com : un site assez complet qui aborde beaucoup de sujets, rubrique de cartes et de vues satellites, qui répertorie aussi les camps de refugiés… etc.

Israéliens

www.de-colonizer.org (en anglais et certaines pages en français) : ressources et cartes sur l’histoire palestinienne et la sociologie israélienne réalisé par des chercheurs israéliens.

Breaking the silence : (en anglais) une ONG d’anciens soldats de l’armée israélienne, dénonçant les abus et les exactions israéliens. L’ONG israélienne initialement établie à Jerusalem a dû déménager son siège en Espagne après avoir été visée par l’Etat.

B’Tselem : (en anglais) (“l’image” en hébreu) association israélienne des droits de l’Homme

Zochrot (“elles se souviennent” en hébeu) (en anglais) : association israélienne de mémoire de la Nakba.

Internationaux

BDS

Boycott from within

Jews For Justice For Palestinians : collectif de Juifs britanniques pour la Justice en Palestine

Obliterated Families (“familles décimées”) (En français, et d’autres langues) : témoignages et archives de familles décimées par les opérations israéliennes à Gaza.

UNRWA : agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens, répertorie le nombre de réfugiés, statistiques sur les camps… etc.

Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU, Palestine : section de l’ONU de recherche et de collecte de donnée humanitaires en Palestine. De nombreuses cartes y sont développées, très précises et régulièrement actualisées sur la colonisation, les démolitions de maison…etc. notamment un bilan des expulsions tout les mois.

Defense For Children Palestine : ONG de défense des droits de l’enfant en Palestine

Christian Peacemaker Team

Lawyers for Palestinian Human rights

Amnesty International

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